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Grand Orly Seine Bièvre (GOSB). En quoi l’économie circulaire participe-t-elle au développement économique d’un territoire ?

L’Établissement public territorial Grand-Orly Seine Bièvre a organisé le 7 novembre 2019 ses 3e Assises du développement économique au Centre de conférences de l’Aéroport d’Orly (1).  Au programme : bilan de l’année, remise de prix, nouvelles signatures du Manifeste pour un territoire industriel et productif. Trois ateliers se sont déroulés dans le but de « préparer l’année à venir ». Ils ont porté sur :

  • les implantations industrielles de demain,
  • l’attractivité à l’international,
  • l’économie circulaire.

Ces trois notions sont à la fois des concepts théoriques, des notions opérationnelles générales et des domaines d’actions locales concrètes. Quels rapports entretiennent-elles entre elles ? La collectivité territoriale du Grand Orly Seine Bièvre s’étend sur 24 communes, 124 kilomètres carrés, et compte 700 000 habitants, 307 000 logements, 285 000 emplois. Dans ce cadre, comment peut être pensée une l’économie circulaire qui participe au développement de ce territoire ?

Régis LACOTE, directeur de l’aéroport d’Orly/Groupe ADP, et Michel LEPRETRE, président de l’Établissement public territorial Grand Orly Seine Bièvre (GOSB), lors des 3e Assises du développement économique, Centre de conférences de l’Aérogare d’Orly, 7 novembre 2019. © Photographie Bernard Mérigot pour PEE.


Le développement économique d’un territoire est une donnée directement compréhensible. Tout du moins en apparence. Mais savons-nous, d’une façon critique et prospective, ce qu’est vraiment le développement économique ?

Le niveau de développement économique et social d’un territoire est tout simplement l’état des évolutions positives ou négatives (démographie, emploi, logement, niveau de vie, éducation, santé…) qui affectent une population localisée. Constaté à un moment donné, il évolue dans le temps : tous les territoires connaissent des « cycles de vie » qui comportent des phases d’expansion, de stagnation, de déclin. Nous savons tous qu’un développement positif et continu, sans limite, d’un territoire, de l’illusion, de la prétention ou de la propagande. Voire, des trois.

Au niveau international, la première utilisation au XXe siècle du mot « développement », avec sa signification actuelle, semble être due à Harry TRUMAN (1884-1972), président des États-Unis de 1945 à 1953, lors de son discours d’investiture de 1949. On doit se demander aujourd’hui si le « développement économique », pris entre les programmes électoraux et la réalité vécue, est constitué par un ensemble de pratiques qui accroissent les égalités, ou bien qui renforcent les inégalités territoriales. Est-il inclusif ou bien exclusif ? Et surtout, produit-il des richesses durables ? Ces interrogations se posent dans tous les territoires, grands ou petits.

En pratique, on doit observer et retenir trois caractéristiques du développement, en tant que concept international, que l’on rencontre toujours à l’état de mélange :

  • des bonnes volontés de certains états industrialisés et d’initiatives privées,
  • des actions effectives de la communauté internationale (comme l’ONU, de divers organismes, d’ONG),
  • des résultats de conflits entre pays (guerre froide, tiers-monde, décolonisation).

Il convient d’ajouter à ces trois composantes, des idées et des concepts opérationnels qui ont marqués les opinions et les politiques publiques et privées, comme la décolonisation (1960), la conscience des limites de la croissance (Club de Rome, 1970), le développement durable (1980), le néolibéralisme (1990), l’altermondialisme (1990), le réchauffement climatique (2000), la transition énergétique (2010), l’écologie intégrale (2015), ou les fractures sociales et territoriales (Gilets jaunes, 2018, pour la France) …

Aucun développement territorial n’est « hors du temps ». Ce qui a marché en 1990 ne marche plus vingt ans après en 2000. Et on ne peut plus refaire en 2020 ce que l’on faisait en 2000.

Au niveau local en France, on retrouve ces différentes composantes. Elles sont en jeu au sein des politiques conduites par l’Europe (Programme FEDER, par exemple), par l’État (aménagement du territoire), par les régions, par les départements et par les établissements publics territoriaux (EPT) depuis que le législateur leur ont confié la compétence économique…
Le développement économique effectif d’un territoire est la résultante de ces différentes composantes, et de leurs différentes interactions, en sachant qu’en cette matière il y a rarement des surprises : le plus fort avance, le plus faible recule.


Les grands projets et les sites économiques de l’établissement public territorial Grand Orly Seine Bièvre (GOSB). Extrait de la carte distribuée le 7 novembre 2019 lors des 3e Assises du développement économique au Centre de conférence de l’Aéroport d’Orly. (Coll. Portes de l’Essonne Environnement).

On remarquera sur la carte figurant ci-dessus que certaines communes ne comportent aucun site économique. Pourquoi ?

Pour Michel LEPRÊTRE, président de Grand Orly Seine Bièvre, avec ces 3e Assises du développement économique, il s’agit de « poursuivre la dynamique enclenchée depuis 2017 : faire le point sur la mise en œuvre de la feuille de route du développement économique et tracer les perspectives de travail pour 2020 ».

Revenons à la question de la raison de l’implantation géographique d’une activité : pourquoi ici et pas ailleurs ? L’interrogation est d’actualité puisqu’on peut la lire dans le Bulletin officiel de l’Éducation nationale.

« La géographie vise à comprendre comment les individus et les sociétés organisent leur espace, s’y développent, le transforment. La géographie répond à des questions telles que « Où ? Quels acteurs ? Comment ? Pourquoi ici et pas ailleurs ? » pour décrire et expliquer le fonctionnement des territoires à différentes échelles. Elle met en évidence les interactions entre les sociétés et leurs environnements. » (3)

Cette réflexion figure dans le « Programme d’histoire-géographie de seconde générale et technologique » publié en 2019. Il concerne donc des élèves âgés d’une quinzaine d’années.

« Pourquoi ici et pas ailleurs ? » est une question dont on ne saurait mettre en doute la pertinence. Elle ouvre une interrogation sur la causalité. Pourquoi un fait se produit-il dans un lieu et pas dans un autre ? Quelle rationalité explique son existence et quelle raison justifie son inexistence ? Encore faudrait-il savoir ce qu’est un fait. Qu’est-ce qu’un fait géographique ? Qu’est-ce qu’un fait historique ? Qu’est-ce qu’un fait économique ? Qu’est-ce qu’un fait sociologique ? Qu’est-ce qu’un fait anthropologique ? … etc.

Et qu’est-ce qu’un fait politique ? C’est-à-dire un fait qui relève de la décision exécutive prise par un pouvoir qui possède la compétence juridique de la prendre, quelque soit le cadre des jeux d’opinions et d’influences, où interviennent une pluralité d’acteurs, et dont le citoyen, l’habitant, et le travailleur sont très souvent exclus, réduits au rôle d’approbateurs perpétuels de décisions déjà prises par les administrations et les élus. C’est le « consentement citoyen supposé acquit », le CCSA.

La question du « Pourquoi ici et pas ailleurs ? » vient tout naturellement lorsque l’on étudie l’implantation des sites économiques d’un territoire. Surtout lorsqu’on la pare des vertus d’un nouveau système complexe comme celui de l’ « Économie circulaire ».

Schéma de l’économie circulaire. « Les boucles de l’économie circulaire », extrait du site de la Métropole du Grand Paris (MGP) http://grandpariscirculaire.org./ Document Institut de l’Économie circulaire / Fondation Ellen Mac Arthur / Kledge Business Scholl. https://www.grandpariscirculaire.org/static/presentation_economie_circulaire.html


« L’homme tient par des liens étroits au sol sur lequel il vit » note Émile DURKHEIM dans le compte rendu qu’il fait du livre Anthropogéographie de Friedrich RATZEL publié en 1899. Ce « lien étroit », cette dépendance entre les hommes, les femmes, les ménages, les enfants… et un territoire, défini et limité, présente  selon Émile DURKHEIM deux caractéristiques :

  • une mobilité : « Les emplacements qu’occupent les sociétés sont en devenir perpétuel »,
  • une système complexe de frontières, des frontières visibles et des frontières invisibles, qui ont pour fonction de contenir les populations. « Par-dessus leurs frontières visibles, et qui sont douées d’une fixité relative, elles se mêlent de toutes les manières, pénètrent chez leurs voisines ou sont pénétrées par elles, se grossissent d’immigrants ou en envoient ». (4)

On observera l’étonnante actualité que prend ce propos sur les migrations humaines, toujours à la recherche d’une habitation et d’un travail. Si ce n’est pas à côté, ce sera plus loin, voire beaucoup plus loin …  Les frontières nous trompent, elles ne sont pas celles que l’on voit, elles ne sont pas celles que l’on croit voir. Alors, comment caractériser la réalité qu’elles enserrent, fondée sur une réalité sociale qui fait que l’on ne voit que ce que l’on veut voir, ce que l’on peut voir, ce que l’on veut bien que l’on voit ?

Les frontières sont à la fois visibles/invisibles, fermées/ouvertes, impénétrables/pénétrables, pénétrantes/inter-pénétrantes, autonomes/dépendantes, uniques/superposables, franchies à l’entrée/à la sortie, temporaires/définitives… En fait, personne ne sait très bien ni où elles se trouvent, ni quand elles sont franchies. Elles constituent un des problèmes majeurs des temps : elles doivent être appréciées localement ou globalement, dans différentes échelles (jours, semaines, mois, années, vie, générations…).

  • Pour les frontières qui sont visibles – et dont on est conscient – elles prennent les noms les plus divers : migrations pendulaires, migrations touristiques, migrations économiques, migrations climatiques. Le boulevard périphérique est une frontière, tout comme la Francilenne, cette voie rapide qui vient déplacer les bouchons routiers au-delà du périphérique. Une frontière est un agent de dissémination : elle retient chaque jour de nouveaux objets. Contre leur gré.
  • Pour les frontières qui sont invisibles – dont on est inconscients – elles sont porteuses d’un statut identitaire qui rend nécessaire chaque jour de nouvelles légitimations sociales.

Conclusion

Où habite-t-on ? Ou travaille-t-on ? Les 24 communes du  territoire du Grand Orly Seine Bièvre, et ses 700 000 habitants, comptent presque autant de logements (307 000) que d’emplois (285 000). L’un des problème de notre temps globalisé, est qu’un nombre réduit d’habitants travaillent à proximité du lieu où ils habitent.

Ces deux questions sont une même question qui en comporte deux autres, imbriquées dans leur épaisseur temporelle : Où a-t-on habité et où a-t-on travaillé hier Où habitera-t-on et où travaillerons t-on demain ? En ayant à l’esprit qu’ « habiter » signifie en même temps « être sans domicile », et que « travailler » signifie aussi « être sans emploi, être au chômage ». Tout comme la question « comment maigrir ? » signifie pour beaucoup, d’une façon essentielle,  « comment avoir de quoi manger », c’est-à-dire tout simplement « comment subsister ? »

Un  territoire peut être grand, petit ou imbriqué dans un autre. Comme le note Émile DURKHEIM, « le mouvement des populations ne s’arrête jamais, et ne commence jamais ». La clé de tout développement économique territorial réside dans cette circularité permanente. Et sur la façon dont le pouvoir citoyen pèse sur son évolution.

On marche sur le GOSB et pourtant on ne pose le pied sur rien. Projection depuis le Centre de conférences de l’Aéroport d’Orly (4e niveau) sur le sol du 3e niveau du logo de Grand Orly Seine Bièvre le jeudi 7 novembre 2019. © Photographie Bernard Mérigot pour PEE.


DOCUMENT

L’ÉCONOMIE CIRCULAIRE
3 domaines, 7 piliers

  • Domaine n° 1. GESTION DES DÉCHETS
    • Pilier n° 1. Recyclage (Tri, Collecte, Traitement)
  • Domaine n° 2. OFFRE DES ACTEURS ÉCONOMIQUES
    • Pilier n° 2. Approvisionnement durable
    • Pilier n° 3. Éco-conception
    • Pilier n° 4. Écologie industrielle du territoire
    • Pilier n° 5. Économie de la fonctionnalité
  • Domaine n° 3. DEMANDES ET COMPORTEMENT DES CONSOMMATEURS
    • Pilier n° 6. Consommation responsable
    • Pilier n° 7. Allongement de la durée d’usage

CONCEPTS DE L’ÉCONOMIE CICULAIRE

  • Le recyclage vise à utiliser les matières premières issues de déchets. (Tri, Collecte Traitement).
  • L’approvisionnement durable (extraction/exploitation et achats durables) concerne le mode d’exploitation/extraction des ressources visant une utilisant efficace des ressources en limitant les rebuts et leur impact sur l’environnement, notamment dans l’exploitation des matières énergétiques et minérales (mines et carrières) ou dans l’exploitation agricole et forestière tant pour les matières/énergie renouvelables que non renouvelables . Il comprend les achats privés et publics (entreprises, collectivités…).
  • L’écoconception d’un bien ou d’un service vise à prendre en compte l’ensemble de son cycle de vie en minimisant tous ses impacts environnementaux
  • L’écologie industrielle et territoriale (dénommée aussi « symbiose industrielle »), constitue un mode d’organisation interentreprises pour échanger le flux ou la mutualisation des besoins. Elle vise à optimiser les ressources sur un territoire (énergies, eau, matières, déchets, équipements expertises…) par une approche systémique s’inspirant du fonctionnement des écosystèmes naturels.
  • L’économie de la fonctionnalité recommande de remplacer l’usage à la possession et tend à vendre des services liés aux produits plutôt que les produits eux-mêmes. On n’achète plus, on loue ou on échange.
  • La consommation responsable conduit l’acheteur, qu’il soit acteur économique (privé ou public) ou citoyen consommateur, à effectuer son choix en prenant en compte les impacts environnementaux à toutes les étapes du cycle de vie des produits (biens ou services).
  • L’allongement de la durée d’usage par le consommateur conduit au recours à la réparation, à la revente ou au don de biens d’occasion, ou bien à l’achat d’occasion (réemploi ou réutilisation). ADEME, « Économie circulaire », https://www.ademe.fr/expertises/economie-circulaire.

DOCUMENT

3e ASSISES DU DÉVELOPPEMENT ÉCONOMIQUE
de l’Établissement public territorial Grand Orly seine Bièvre (GOSB)
Jeudi 7 novembre 2019

Centre de conférences de l’Aéroport d’Orly 4

  • Accueil
    Régis Lacote, directeur de l’aéroport Paris-Orly – Groupe ADP
  • Ouverture des 3e assises du développement économique
    Michel Leprêtre, président du Grand-Orly Seine Bièvre
  • La feuille de route du développement économique : où en sommes-nous ?
  • Ils ont fait l’actualité en 2019. Les lauréats de l’appel à projets innovants d’Économie Sociale et Solidaire (ESS)

ATELIERS DE TRAVAIL THÉMATIQUES

Atelier 1. Quelle industrie pour demain ?
François Dubos, chef de projets développement économique – Grand Paris Aménagement

  • Patrice Diguet, vice-président délégué à l’immobilier d’entreprise et aux activités productives, Grand-Orly Seine Bièvre
  • Gilles Crague, directeur de recherches, Laboratoire Centre International de Recherche sur l’Environnement et le Développement, École des Ponts ParisTech
  • Rémy Marchand, président directeur général, STAE
  • Jean-Pierre Corniou, président de l’enjeu Industrie & Services, Systematic
  • Aurélien Gomez, directeur affaires territoriales, Air France Industries

Atelier 2. Grand-Orly Seine Bièvre, un territoire attractif à l’international ?
Nicolas Da Silva, Business development manager, IT Sales, Choose Paris Region

  • Richard Dell’ Agnola, vice-président délégué à la stratégie économique, Grand-Orly Seine Bièvre
  • José-Michel Garcia, président COCEF, Chambre officielle de commerce d’Espagne en France
  • Gildas Dussauze, director of growth Creative Valley
  • Hubert Fontanel, directeur immobilier adjoint Groupe ADP
  • Robert De Marchi, directeur général adjoint GSE
  • Jean-Marc Tissot, consultant sénior Perelis

Atelier 3. Économie circulaire, un levier au service du développement et des transitions territoriales ?
Samuel Sauvage, chef de projet économie /environnement, Auxilia Conseil

  • Nathalie Lallier, vice-présidente déléguée à l’économie sociale et solidaire, Grand-Orly Seine Bièvre
  • Stéphanie Daumin, vice-présidente déléguée à la transition énergétique, à la gestion et à la valorisation des déchets ainsi qu’aux enjeux aéroportuaires, Grand-Orly Seine Bièvre
  • Pierre Olivier Viac, responsable des projets transition énergétique et développement durable, CCI Essonne
  • Benoît Varin, président RCube et co-fondateur Re-commerce Solutions
  • Paul Dedieu, La Ressourcerie du Spectacle
  • Sandy Messaoui, directeur de projets, Grand Paris Aménagement
  • Emmanuel Cazeneuve, fondateur et dirigeant, Hesus
  • Marine Girault, chargée de projets Maison pour Rebondir Val-de-Marne (Groupe Suez)

PLÉNIÈRE DE CLÔTURE

Quelles perspectives de développement et quelles actions prioritaires en 2020 ?
Intervention. Agnès Pannier-Runacher, Secrétaire d’État auprès du Ministre de l’Économie et des Finances

TABLE RONDE animée par Alain Gazo, directeur de rédaction Conquérir, magazine économique des PME

  • Gilles Crague, directeur de recherches, Laboratoire Centre International de Recherche sur l’Environnement et le Développement – École des Ponts ParisTech
  • Alexandre Missoffe, directeur général, Paris Ile-de-France Capitale Économique
  • Samuel Sauvage, chef de projet économie /environnement, Auxilia Conseil
  • Vincent Jeanbrun, vice-président chargé de l’emploi, de la formation professionnelle et de l’apprentissage, Conseil régional d’Ile-de-France
  • Raymond Le Deun, préfet du Val-de-Marne
  • Michel Leprêtre, président, Grand-Orly Seine Bièvre

Conclusion. Les priorités pour 2020
Michel Leprêtre, président Grand-Orly Seine Bièvre

Nouvelles signatures du Manifeste pour un territoire industriel et productif

GRAND ORLY SEINE BIÈVRE, (GOSB), « 3e assises du Développement économique », 7 novembre 2019, Aéroport de Paris-Orly, Programme détaillé. 6 p. https://www.send-up.net/site/programme-detaille/ageKl9IxwmcWYsPFLbPkeQw/aV-cGsn8gnlmmsG-SK-qPcQ


Solidaire et respectueuse de la planète. L’économie qui a du sens ! Mois de l’économie sociale et solidaire. Semaine européenne de réduction des déchets. Semaine de la Finance solidaire organisée en novembre 2019 par l’établissement public Grand Orly Seine Bièvre.


RÉFÉRENCES

1.GRAND ORLY SEINE BIÈVRE, (GOSB), « 3e assises du Développement économique », 7 novembre 2019, Aéroport de Paris-Orly, Programme, 6 p. https://www.grandorlyseinebievre.fr/information-transversale/actualites/rendez-vous-aux-3e-assises-du-developpement-economique-1080

2. GRAND ORLY SEINE BIÈVRE, (GOSB), « Solidaire et respectueuse de la planète. L’économie qui a du sens ! Novembre 2019. Mois de l’économie sociale et solidaire. Semaine européenne de réduction des déchets. Semaine de la Finance solidaire », 2019, 2 p. https://www.grandorlyseinebievre.fr/fileadmin/PORTAIL/Actualites_ECO/ESS_2019/2019__Programme_Mois_ESS_Grand_Orly_Seine_Bievre.pdf

GRAND ORLY SEINE BIÈVRE, (GOSB), « Projet de territoire. Exigences », s.d., 30 p. http://deveco.grandorlyseinebievre.fr/fileadmin/Presentation/Projet_de_territoire_2030/Les_4_exigences_du_projet_de_territoire.pdf

3. MINISTÈRE DE L’ÉDUCATION NATIONALE, « Programme d’histoire-géographie de seconde générale et technologique », Bulletin Officiel de l’éducation nationale, https://eduscol.education.fr/cid144146/histoire-geographie-bac-2021.html

4. DURKHEIM Émile, « Friedrich Ratzel. Anthropogéographie. Compte rendu », L’Année sociologique, 3, 1998-1999, Paris, 1900.
RATZEL, Friedrich, Anthropogéographie, 1882-1891.


ARTICLES EN LIGNE SUR http://portes-essonne-environnement.fr/

MÉRIGOT Bernard, « GOSB. Premières assises économiques du territoire Grand-Orly Seine Bièvre », Portes de l’Essonne Environnement (PEE), 11 octobre 2017.

Le 2 février 2017, dernier lors des Premières rencontres économiques à l’aéroport d’Orly, il a été annoncé le lancement d’une concertation avec les acteurs économiques afin de contribuer à la construction d’une feuille de route 2018 de l’EPT en matière de développement économique…

http://portes-essonne-environnement.fr/gosb-premieres-assises-economiques-du-territoire-grand-orly-seine-bievre/


LÉGENDES DES ILLUSTRATIONS

  • Régis LACOTE, directeur de l’aéroport d’Orly/Groupe ADP, et Michel LEPRETRE, président de l’Établissement public territorial Grand Orly Seine Bièvre (GOSB), lors des 3e Assises du développement économique, Centre de conférences de l’Aérogare d’Orly, 7 novembre 2019. © Photographie Bernard Mérigot pour PEE.
  • Les grands projets et les sites économiques de l’établissement public territorial Grand Orly Seine Bièvre (GOSB). Extrait de la carte distribuée le 7 novembre 2019 lors des 3e Assises du développement économique au Centre de conférence de l’Aéroport d’Orly. (Coll. Portes de l’Essonne Environnement).
  • Schéma de l’économie circulaire. « Les boucles de l’économie circulaire », extrait du site de la Métropole du Grand Paris (MGP) http://grandpariscirculaire.org./ Document Institut de l’Économie circulaire / Fondation Ellen Mac Arthur / Kledge Business Scholl. https://www.grandpariscirculaire.org/static/presentation_economie_circulaire.html
  • On marche sur le GOSB et pourtant on ne pose le pied sur rien. Projection depuis le Centre de conférences de l’Aéroport d’Orly (4e niveau) sur le sol du 3e niveau du logo de Grand Orly Seine Bièvre le jeudi 7 novembre 2019. © Photographie Bernard Mérigot pour PEE.
  • Solidaire et respectueuse de la planète. L’économie qui a du sens ! Mois de l’économie sociale et solidaire. Semaine européenne de réduction des déchets. Semaine de la Finance solidaire organisée en novembre 2019 par l’établissement public Grand Orly Seine Bièvre.

© Bernard MÉRIGOT et Sylvie MONNIOTTE-MÉRIGOT. Article mis en ligne le 11 novembre 2019, 20 heures.

Portes de l’Essonne Environnement
http://portes-essonne-environnement.fr
Média numérique
ISSN 2495-1161. Dépôt légal du numérique, BNF 2019

Savigny-sur-Orge. Quelle concertation avec les riverains avant des travaux de voirie ? (Rue de la Martinière)

Le territoire d’une commune est un système communiquant dont toutes les composantes sont interdépendantes. Il est constitutif de l’espace public dont la définition est  d’être accessible à tous et donc ouvert de façon permanente « à tout public ». Une rue, par exemple, est un espace public qui voit passer toutes sortes d’usagers, depuis les riverains et riveraines qui y habitent et qui y passent tous les jours, à pied, en automobile ou en vélo…, les  livreurs, les artisans, les véhicules de ramassage des déchets… jusqu’à ceux qui ne l’emprunteront qu’une seule fois dans leur vie, ou bien qui pourraient l’emprunter, sans pour autant le faire.

  • Un système complexe d’interactions. Un  « bouchon » d’automobiles, à une heure de pointe dans une rue a des répercussions dans les autres rues, comme une pénurie de places de stationnements pour les automobiles, le stationnement de véhicules en infraction avec le Code de la route, ou bien une nuisance, ou une pollution.
  • Un système évolutif dans le temps. Chaque élément connaît dégradations, rénovations, réhabilitations, améliorations… Les usages de l’espace public évoluent dans le temps en fonction des besoins et des habitudes des habitants.
  • Un système en équilibre instable. Les autorités qui décident ne sont pas celles qui subissent ni les nuisances des travaux, ni les conséquences induites non prévues. En cette matière, comme l’a établi John DEWEY, le seul expert est le citoyen.

Quelles conditions des travaux affectant l’espace public doivent-ils remplir afin de répondre aux exigences citoyennes de participation et de concertation avec les usagers ?

Travaux dans l’espace public. Marquage au sol avant les travaux de réaménagement de la rue de la Martinière à Savigny-sur-Orge, 29 mai 2019. © Photographie Bernard Mérigot/CAD pour PEE.


Qu’est-ce qu’un objet démocratique ? On peut répondre que c’est à la fois 1. une décision et 2. sa réalisation. Cette dernière a la particularité d’une part d’être visible par tous dans l’espace public, et d’autre part d’avoir acquis une condition d’existence démocratique. Comment ? Non pas en raison de sa nature, mais en raison de ses conditions de production qui répondent à des exigences de transparence générale, d’information, de proposition, de présentation de projets multiples, de consultation, de concertation, afin d’aboutir – avant leur mise en œuvre – à un consensus, le plus large possible, ainsi qu’ultérieurement, à des conditions d’acceptabilité des nuisances liées à la réalisation de ses travaux.

La République est en théorie une continuité qui s’impose à toutes les échelles de son territoire. En revanche ses citoyens, ses habitants, ses usagers sont confrontés à ses multiples discontinuités territoriales. Pourquoi ceux-ci seraient-ils obligés d’accepter dans chaque collectivité territoriale l’existence d’un « pouvoir exécutif local unitaire » ? C’est-à-dire un pouvoir dont la conception est 1. d’être le seul à tout savoir, 2. d’être le seul à décider de tout, sans partage, qu’il s’agisse du maire, du président d’intercommunalité, du président de conseil général… et de leur administration. Une administration à l’égard de laquelle ceux-ci sont en position hiérarchique (pouvoir de nomination, pouvoir disciplinaire…).

La « Théorie du pouvoir exécutif unitaire » (Unitary executive theory), évoquée ici, revient à remettre en lumière, subrepticement,  l’existence d’une conception remise au goût du jour du classique pouvoir absolu tel qu’il a été développé, tout au long de l’histoire, par tous les régimes autoritaires, et ce au sein même d’un régime démocratique. Certains membres de l’exécutif américain l’ont développé, notamment dans les années 2001-2009 (sous la présidence de Georges BUSH et de la vice-présidence de Dick CHENEY) et  depuis les années 2017 (présidence de TRUMP). Fondée sur le principe que tout ce que fait une personne qui a été élue est légitime, puisqu’elle a été élue, elle dénie de ce fait à toute autre autorité, comme la Justice, la possibilité de pouvoir contester ses décisions. C’est ainsi que, de par le monde, une majorité de pouvoirs sont exercés par des élus, qui du fait de leur élection, s’estiment entièrement légitimes pour tout décider, seuls, de tout ce qui affecte, directement ou indirectement, la vie quotidienne de leurs habitants. Et sans avoir à en rendre de compte à quiconque. (1)

La théorie de la « Théorie du pouvoir participatif » se situe à l’opposé. Qu’est-ce que la concertation ? Entendons-nous, pas les semblants de concertations autoproclamées par des pouvoirs en place, mais la concertation véritable telle qu’elle a été établie par le ministère de l’Environnement dans sa Charte de concertation de 2016. Il est utile de rappeler ses 9 principes. (2)

Les 9 principes de la concertation citoyenne

  • 1. Commence en amont de tout projet,
  • 2. Dure aussi longtemps que nécessaire,
  • 3. Est prise en charge pouvoirs publics,
  • 4. Exige la plus large transparence,
  • 5. Favorise la participation de tous,
  • 6. S’organise autour de temps forts,
  • 7. Nécessite la présence d’un garant extérieur,
  • 8. Est financée par le maître d’ouvrage,
  • 9. Fait l’objet de bilans critiques indépendants.

État avant travaux de la rue de la Martinière. © Photographie Bernard Mérigot/ CAD pour PEE, 2016.

Le projet de travaux d’aménagement comprend dans le cas présent :

  • le réaménagement de la voirie et des trottoirs,
  • la modernisation de l’éclairage public,
  • le réaménagement et la sécurisation des carrefours avec création de passages piétons,
  • la création d’un plateau surélevé à l’angle de l’avenue Gambetta et de la rue de la Martinière,
  • la création d’espaces verts,
  • la réfection du chemin de Grigny entre l’allée du cimetière et la rue de la Martinière.

Le dispositif d’information (lancé le 16 mai 2019, soit trois semaines avant le début effectif des travaux) comprend une lettre et une réunion.

  • LETTRE. Une lettre d’une page, recto photocopiée, portant un double en-tête (Grand Orly Seine Bièvre et Ville de Savigny-sur-Orge), signée par Éric MEHLHRON, en sa double qualité de vice-président du GOSB en charge de la voirie et des réseaux et de maire de la commune de Savigny-sur-Orge, datée du 16 mai 2019, a été distribuée dans les seules boîtes à lettres des habitants de la rue de la Martinière. On remarquera qu’elle n’a pas été distribuée dans les rues limitrophes pourtant très fortement impactées elles aussi, notamment les rues de l’Égalité et de la Tourelle qui n’ont que deux débouchés en sens unique dont cette fameuse rue de la Martinière. La segmentation du territoire concerné doit être ici interrogée.Elle annonce :
    •   que les travaux débuterons le mardi 11 juin 2019 pour une durée de 5 mois,
    •   qu’une « réunion d’informations » aura lieu le lundi 3 juin 2019 à 19 h à l’Hôtel de Ville.

Il est indiqué que « les travaux débuteront le mardi 11 juin 2019 pour une durée de cinq mois environ (sous réserve des conditions météorologiques) ». Une durée de travaux de cinq mois est considérable. Cela veut dire qu’ils devraient s’achever le 11 novembre 2019.
Durant cette période, la vie des riverains de la rue de la Martinière et des rues limitrophes subira de fortes contraintes. Tous les travaux de voirie créent des nuisances. Précédemment des travaux de réfection des trottoirs dans la rue de la Tourelle ont eu lieu à l’automne en 2018. Le chantier débutait à 8 heures du matin et s’achevait en tout début d’après midi, la circulation étant ouverte à nouveau vers 14 heures.

  • RÉUNION. La lettre annonce une réunion d’information qui doit se tenir le lundi 3 juin 2019 à l’Hôtel de Ville. Elle se tient une semaine avant le début effectif des travaux.

On lira cette lettre ci-dessous.

Réunion d’information portant sur la réaménagement de la rue de la Martinière à Savigny-sur-Orge. Lettre de l’Établissement public Grand Orly Seine Bièvre (GOSB) et de la Ville de Savigny-sur-Orge en date du 16 mai 2019 adressée aux seuls riverains de la rue de la Martinière.


Il n’y a pas de petites questions, de questions qui soient « particulières ». Toutes portent un éclairage sur des problèmes plus grands, sur des problèmes « généraux ». C’est le cas des interventions de la puissance publique dans l’espace public (aménagements, travaux…), et cela, à quelque échelle que ce soit. Elles ne se limitent jamais à mettre en jeu seulement un objet technique. Elles illustrent toujours un problème de relation entre le pouvoir et la citoyenneté. C’est là leur véritable objet. Au cours de l’histoire, le citoyen s’est vu assigner divers rôles : subir,  revendiquer, être maintenu dans l’ignorance des décisions, solliciter des informations, donner son avis, débattre, exiger des réponses… sur les affaires communes.

Qui est compétent pour décider en démocratie ? Joëlle ZASK, spécialiste des travaux du philosophe américain John DEWEY (1859-1952), note que depuis les années 1990 est apparue en France l’espoir qu’une démocratie participative pourrait pallier les défauts de la démocratie représentative. Elle écrit :« Philosophes, politistes et sociologues multiplient les perspectives pour indiquer que les citoyens d’un État démocratique ne se bornent pas à voter une fois de temps en temps, mais qu’ils peuvent ou devraient contribuer à l’élaboration des questions d’intérêt public et aux débats qui s’en suivent » (3)

La démocratie participative est aujourd’hui une perspective largement orientée vers la restauration d’un dialogue entre publics et gouvernants. Trois remarques doivent êtres faites :

  • La plupart des expériences de participation à des décisions publiques sont orchestrées, notamment en France, par les élus, qui cherchent, à travers des procédures de consultation, de concertation, de débats publics, à élargir la base de légitimité de leurs actions. Ils restent attachés à l’idée que seuls le gouvernant et son administration sont aptes à définir l’intérêt général. (Loïc BLONDIAUX, 2004)
  • Le rôle des citoyens n’est pas de critiquer ou, à l’inverse, de faciliter les décisions des gouvernants. Il réside dans le repérage des conditions qui rendent possible une réglementation partagée de toutes les activités sociales.
  • La science des changements sociaux enseigne que le public n’est pas un lieu de consensus ou d’unanimité, mais un lieu de pluralité. Elle impose la reconnaissance des compétences citoyennes.

RÉFÉRENCES

1. Le film américain Vice réalisé par Adam McKAY (2018) relate la vie de Dick CHENEY, Vice-président des États-Unis de 2001 à 2009. Il constitue pour Robert SPITZER « la meilleure représentation par un film d’une théorie constitutionnelle dévoyée », celle de la théorie de l’exécutif unitaire (Unitary executive theory), appliquée en l’espèce au Président et au Vice-président, en construisant une interprétation du pouvoir des élus comme détenteurs d’un pouvoir illimité et incontestable. Dès lors, il n’est en rien étonnant, en lui appliquant la théorie simpliste du ruissellement (ce qui est vrai en haut est également valable en bas), de la voir appliquée à tous les élus.
Voir notamment :
HÉTU Richard, « La Théorie qui effraie », La Presse, 19 mai 2019. https://www.lapresse.ca/international/etats-unis/201905/26/01-5227646-la-theorie-qui-effraie.php

2. MINISTÈRE DE L’AMÉNAGEMENT DU TERRITOIRE ET DE L’ENVIRONNEMENT, Charte de la Concertation, 1996, 2 p. Le texte de la Charte de concertation figure en annexe de l’article suivant :

3. ZASK Joëlle, « Le public chez Dewey : une union sociale plurielle », Tracés. Revue de Sciences humaines, n° 15, 2008. http://journals.openedition.org/traces/753 ; DOI : 10.4000/traces.753
DEWEY John
, Le public et ses problèmes, Pau, Farrago / Léo Scheer, 2003. Traduction et introduction de Joëlle ZASK.

LÉGENDES DES ILLUSTRATIONS

  • Travaux dans l’espace public. Marquage au sol avant les travaux de réaménagement de la rue de la Martinière à Savigny-sur-Orge, 29 mai 2019. © Photographie Bernard Mérigot/CAD pour PEE.
  • État avant travaux de la rue de la Martinière. © Photographie Bernard Mérigot/CAD pour PEE, 2016.
  • Réunion d’information portant sur la réaménagement de la rue de la Martinière à Savigny-sur-Orge. Lettre de l’Établissement public Grand Orly Seine Bièvre (GOSB) et de la Ville de Savigny-sur-Orge en date du 16 mai 2019 adressée aux seuls riverains de la rue de la Martinière.

© Bernard MÉRIGOT, Sylvie MONNIOTTE-MÉRIGOT. Article mis en ligne le 31 mai 2019 à 15h50.

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ISSN 2495-1161. Dépôt légal du numérique, BNF 2019

Savigny-sur-Orge. Enquête publique sur le Plan local d’Urbanisme communal : concertation, fatalisme ou indifférence citoyenne ?

Les enquêtes publiques concernant les Plans locaux d’urbanisme (PLU) sont des objets singuliers : ils apparaissent soudainement dans les territoires : les habitants découvrent des normes nouvelles qui s’appliqueront à eux et à la commune où ils vivent sans que leur contenu n’ait auparavant fait l’objet de la moindre de concertation citoyenne.

Travaux de construction d’un immeuble dans le quartier ancien de Grand Val, rue Vigier à Savigny-sur-Orge (Essonne), le 26 mars 2019. © Photographie BM/CAD, pour PEE.

« L’un des grands enjeux du développement des métropoles françaises est de construire des villes compactes pour limiter l’étalement urbain, rééquilibrer les inégalités territoriales et loger une population croissante.

Or, créer de la densité implique davantage de promiscuité. Les nouvelles opérations immobilières bousculent les équilibres locaux et créent des situations conflictuelles. Les crises migratoires soumises à des enjeux transnationaux se télescopent avec notre territoire en mutation.

Déjà apparaissent frictions, tensions et oppositions, plus ou moins justifiées, plus ou moins virulentes, toutes nées d’un vivre ensemble nécessaire mais sans projet de société concerté. » (1)

Ces lignes écrites par Olivier LECLERCQ résument de façon éloquente et pertinente la situation présente des normes, nouvelles et changeantes, imposées chaque jour par les innombrables niveaux de pouvoirs représentés par les élus, les administrations, les services publics, les professionnels du bâtiment et de l’immobilier… Et à tous les niveaux, qu’il soit national, régional, départemental, intercommunal, communal… Tous imposent aux habitants et aux usagers des territoires à la fois le cadre et les conditions dans lesquels ils vivront demain.

Comment se fait-il que les pouvoirs publics, en général, et la collectivité, en particulier, soient si réticents à promouvoir et à s’engager dans des processus réellement collaboratifs et participatifs pour « fabriquer » la ville qu’ils appellent de leur vœux ?

Comment fonder un Plan local d’urbanisme citoyen ? En ouvrant de façon urgente trois « chantiers » participatifs.

  1. Engager une pensée des milieux habités.
  2. Interroger les mondes construits et ceux qui les habitent.
  3. Explorer les « modalités d’intervention ».

1. Engager une pensée des milieux habités s’inscrivant dans une problématique du développement durable. Elle doit prendre en compte une réflexion critique sur les mutations et les métamorphoses des « établissements humains », comprenant tout à la fois  « les installations humaines, les peuplements humains, les entités territoriales peuplées que ce soit de façon permanente ou temporaire », et notamment :

  • l’augmentation des mobilités physiques et leurs limites : de plus en plus de temps est passé à certaines heures pour parcourir un même trajet, refus des collectivités d’engager de façon systématique pour chaque territoire des « Enquêtes d’impact de la circulation liée à l’augmentation de nombre d’habitants »
  • la saturation de l’espace terrestre par l’espèce humaine,
  • l’absence d’extériorité qui en découle,
  • le développement des agglomérations urbaines présenté faussement comme étant inéluctable,
  • la place de plus en plus limitée et contrainte de la nature : tous les espaces verts doivent être sauvegardés, ne serait-ce qu’au nom de la défense de la biodiversité. Il faut en finir avec les dérogations qui permettent de construire dans tous les espaces libres, autant de décisions prises à la sauvette sous des prétextes fallacieux (« répondre à la demande…») au mépris des droits moraux des habitants.

Autant de conditions qui transforment de façon radicale à la fois les espaces et la façon de les habiter. Qui s’interroge sur ces mutations spatiales et anthropologiques dans une perspective critique ? Le Groupe d’études et de recherches Philosophie Architecture Urbain relève que « L’homme modifie en permanence l’environnement, geste qui est éminemment artificiel ». (2) Qui est conscient que cette artificialité contre-nature ?


2. Interroger les mondes construits et ceux qui les habitent afin de permettre de co-construire la relation du citadin à l’environnement urbain. Celle-ci passe :

  • par l’analyse de l’expérience ordinaire des espaces vécus,
  • par le développement d’une esthétique de l’environnement urbain (notamment dans la relation ville/nature),
  • par la compréhension de l’espace architectural et urbain à travers les sens. Du point de vue méthodologique et épistémologique, la démarche s’appuie sur un double mouvement.

« Il s’agit d’analyser et de restituer l’expérience sensible de la ville, en termes de sensation, de perception de d’imagination… ». Mais aussi de rapporter une expérience sensible à ses conditions de possibilités d’existences matérielles, techniques et sociales, qui lui donnent une forme historique. Il faut respecter l’historicité des schémas perceptifs et des représentations qui structurent les expériences et les imaginaires urbains.

Toute règle d’urbanisme modifie potentiellement la ville et produit un effet qui affecte la relation que chacun de nous entretient avec le réel.

Elle engage le visiteur, l’habitant, le promeneur, le citadin, le professionnel. Elle agglomère des parcelles de sens, parfois explicites, parfois énigmatiques mais qui, mises bout à bout, dessinent le mystérieux air du temps d’une époque, son imaginaire.


3. Explorer  « les modalités d’invention ». Il faut redéfinir les enjeux de tout projet en le situant dans une civilisation du risque qui réponde à trois exigences :

  • être raisonnable,
  • être ouvert à la métamorphose,
  • être réversible.

Hériter ou transformer ? Tout territoire est soumis à une double tension qui se joue entre :

  • sa capacité à conserver et hériter, d’une part,
  • sa volonté de projeter et prospecter la ville à venir, d’autre part.

Ces deux fonctions constituent une fonction commune, une capacité/volonté, c’est-à-dire une fonction qui comprend en même temps, et en les mêlant d’une façon consubstantielle, trois choses : la capacité de faire, la volonté de faire, et la manière de faire.

Ni la capacité, ni la volonté ne peuvent se concevoir chacune au mépris de l’autre : aucune évolution de la ville construite et vécue, aucune régénération des établissements humains, ne peut être acceptée selon un mode consensuel, et sans le double respect des leurs valeurs propres.


Conserver sans se projeter dans l’avenir constitue un engagement dans la voie du déclin. Mais se projeter dans l’avenir sans conserver, dans le but immédiat de faire du « nouveau commun », et sans prendre le soin de mener les indispensables concertations, ouvertes à une pluralité de scénarios citoyens, c’est-à-dire sans manifester le désir de conserver l’« ancien commun », emprunte un chemin pernicieux C’est celui que le philosophe Simon LEMOINE désigne comme celui des micro-violences et qui constitue un régime du pouvoir au quotidien. (3). Celui-ci, on le sait, génère d’inévitables conflits. La seule question est de savoir quand et comment on en fera l’économie.


RÉFÉRENCES
1. LECLERCQ Olivier,
« L’urbanisme collaboratif n’est pas une option mais une nécessité », Comment fabriquer la ville ?, 7 juin 2017.
http://www.universites-architecture.org/lurbanisme-collaboratif-nest-option-necessite/
2. GROUPE D’ÉTUDES ET DE RECHERCHES PHILOSOPHIE ARCHITECTURE URBAIN (GERPHAU),
« Introduction »,
http://194.199.196.168/gerphau/spip.php?rubrique34
3. LEMOINE Simon, Micro-violences. Le régime du pouvoir au quotidien, CNRS Éditions, 2017, 174 p.

LÉGENDE DES ILLUSTRATIONS

  • Travaux de construction d’un immeuble dans le quartier ancien de Grand Val, rue Vigier à Savigny-sur-Orge (Essonne), le 26 mars 2019. © Photographie BM/CAD, pour PEE.

ARTICLES EN LIGNE SUR LE SITE http://portes-essonne-environnement.fr

© Bermard MÉRIGOT, Sylvie MONNIOTTE-MÉRIGOT. Article mis en ligne le 17 mai 2019, 16 heures 56.

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Orly. L’aéroport de Paris-Orly perd-il le Nord ?

Dans la nuit du lundi 18 au mardi 19 mars 2019, le Groupe ADP, propriétaire et gestionnaire de l’aéroport de Paris-Orly a débaptisé les halls « Orly Sud » et « Orly Ouest » pour leur donner le nom de « Orly 1, Orly 2, Orly 3 et Orly 4 ». L’opération a consisté à remplacer l’ensemble de la signalétique, tant interne qu’externe, entre 21 heures et 6 heures du matin.
Est-ce un acte anodin ? En quoi un changement de dénomination d’un lieu modifie-t-il son identité ? A quelle logique d’entreprise répond-il ? A quelle intelligence territoriale participe-t-elle à l’heure de la privatisation du service public aéroportuaire
et de la mondialisation des transports aériens ?

« Non à la privatisation d'Aéroport de Paris », Aéroport de Paris-Orly, 18 mars 2019. © Photographie Bernard Mérigot/CAD.

« Non à la privatisation d’Aéroport de Paris », Aéroport de Paris-Orly, 18 mars 2019. © Photographie Bernard Mérigot/CAD pour PEE.


« Non à la privatisation » peut-on lire ce lundi 18 mars 2019 sur la banderole, apposée par la CGT de l’aéroport de Paris-Orly. Elle accueille les passagers qui empruntent le Tram n°7 à la station « Aéroport d’Orly ». La modification de la dénomination des différents bâtiments de l’aérogare d’Orly, opérée dans la nuit du lundi 18 au mardi 19 mars, intervient quelques jours après un vote important à l’Assemblée nationale, le jeudi 14 mars 2019, concernant précisément le statut des aéroports.
Les députés, au terme de très longs échanges, ont adopté en nouvelle lecture, par 42 voix contre 17, l’article 49 de la « loi Pacte » qui ouvre la voie à la privatisation d’Aéroports de Paris (ADP). Cet article  prévoit de supprimer l’obligation pour l’État de détenir la majorité du capital d’ADP. Toute la journée, les parlementaires des différents groupes se sont succédé au micro pour donner leur position sur le projet du gouvernement. La majorité des orateurs, de droite comme de gauche, ont farouchement contesté ce projet, reprochant au gouvernement de commettre une « erreur irréparable », comme l’a déclaré le député des Landes, Boris VALLAUD (1).


Propriétés immobilières. Le Groupe ADP est le propriétaire de terrains d’une superficie totale de 6 686 hectares dont 4 601 hectares affectés aux activités aéronautiques, 775 hectares de surfaces non exploitables et 1 310 hectares affectés aux activités immobilières.

La valeur nette des terrains aménageables s’élève à 120 millions d’euros, les constructions immobilières à 5 615 millions d’euros et les infrastructures techniques à 212 millions d’euros. L’activité immobilière de Groupe ADP représente un chiffre d’affaires de 263 millions d’euros en 2016.

ADP possède sur ses terrains 1 125 000 m2 de surface utile commercialisable.

Les terrains loués à des tiers sont situés à :

  • Paris-Charles-de-Gaulle pour 286 hectares,
  • Paris-Orly pour 120 hectares,
  • Paris-Le Bourget et les aérodromes d’aviation générale pour 124 hectares.

À travers plusieurs filiales (dont Cœur d’Orly Investissement et Roissy Continental Square), le Groupe ADP gère ses actifs immobiliers à destination des professionnels sur les sites des aéroports de Paris-Charles de Gaulle et Paris-Orly. Il possède également Roissypôle, un complexe immobilier au cœur de Paris-Charles de Gaulle. Le site comprend 230 000 m2 de bureaux et 112 000 m2 d’hôtels.

L’actualité générale concernant un sujet donné est la superposition de plusieurs actualités partielles. Lorsque l’on considère le contexte institutionnel de l’avenir du Groupe Aéroport de Paris, on ne peut pas  juger que la modification de la dénomination des aérogares est un événement  anodin : il constitue l’acte 1 de la privatisation.

Régis LACOTE, directeur de l’aéroport d’Orly lors du baptême des aérogares « Orly 1-2-3-4 », lundi 18 mars 2019. © Photographie Bernard Mérigot/CAD pour PEE.


L’aéroport d’Orly n’existe pas, c’est un « non lieu » ? Marc AUGÉ s’interroge. Peut-on s’identifier à un supermarché, à une chaîne d’hôtels internationale, à un camps de réfugiés, à des autoroutes, au TGV (qui change de nom : le dernier appartient au sabir franco-américain : « Ouigo»), à des aéroports ? Il s’agit chaque fois d’espaces de transit. Ce sont pour Marc AUGÉ des non lieux où se déplacent des individus solitaires, incapables de proposer la moindre identification : grande indistinction, grand anonymat. (2) Alors, à quoi bon se référer au points cardinaux comme le Sud ou l’Ouest ? Peu importe où l’on se trouve. Peu importe de « se repérer ». De simples numéros sont donc bien suffisants.


Les communes riveraines de l’aéroport d’Orly croient – et font croire – que celui-ci appartient à leur territoire. C’est oublier que l’on n’y vient pas sans raison, et que l’on n’y pénètre pas sans se soumettre à certaines règles. Michel FOUCAULT a défini sous le nom d’hétérotopie (du grec « topos », « lieu », et hétéro, « autre ») ce qu’il a désigné comme des « espaces autres ». (3) Les hétérotopies constituent une localisation physique de l’utopie, des espaces concrets qui hébergent un imaginaire, qui effectuent une mise à l’écart, des lieux à l’intérieur de la société qui obéissent à des règles qui sont autres. Le fondateur de cet imaginaire a un nom, c’est Gilbert BÉCAUD avec sa chanson « Dimanche à Orly ». (4) Ce n’est pas une anecdote. Quant-au tournant de l’hétérotopie mondialisée de l’aéroport d’Orly, ce ne sera pas une chanson, ce sera sa privatisation. Comme pour l’aéroport de Toulouse.

L’acte 2 sera l’inauguration du « bâtiment de jonction » (Orly 3, mis en service le 2 avril), en attendant la construction de Orly 5… Prochain rendez-vous pour les habitants des communes riveraines, les travaux de réfection des pistes durant l’été prochain (du 28 juillet au 2 décembre 2019). De grandes vacances. Nous y reviendrons.

« Orly 1 ». Nouvelle dénomination de l’aérogare « Orly Ouest » par le Groupe ADP (Aéroport de Paris) dans la nuit du 18 au 19 mars 2019. © Photographie Bernard Mérigot/CAD pour PEE.


RÉFÉRENCES

1. « Aéroports de Paris, une privatisation contestable. Éditorial », Le Monde, 19 mars 2019. https://www.lemonde.fr/idees/article/2019/03/19/groupe-adp-une-privatisation-contestable_5438217_3232.html
2. AUGÉ, Marc,
Non-lieux. Introduction à une anthropologie de la surmodernité, Seuil, 1992. Coll. « La librairie du XXIe siècle ».
3. FOUCAULT Michel, « Des espaces autres »,  Architecture, Mouvement, Continuité, no 5, octobre 1984, p. 46-49. Conférence au Cercle d’études architecturales, 14 mars 1967.
FOUCAULT Michel, « Des espaces autres », Dits et écrits (1984), Tome IV, Gallimard, 1994, p. 752-762.
4. BÉCAUD Gilbert, « Dimanche à Orly » , Paroles de Julie MILLER, 1963.

Dimanche à Orly (1963)
« Lorsque Gilbert Bécaud crée cette chanson en 1963, l’aéroport Orly vient d’être inauguré deux ans auparavant, en 1961, par le président de la République Charles de Gaulle. C’est l’époque des avions « Caravelles », des avions à réaction que tout le monde vient admirer sur les terrasses d’Orly, le quatrième aéroport du monde. Trois millions de visiteurs viennent chaque année, en habit du dimanche, quasiment autant qu’à la Tour Eiffel. »

AURENCHE Sophie, « Gilbert Bécaud et son ode à l’aéroport d’Orly », Douce France, RTL, 28 juillet 2015. https://www.rtl.fr/actu/conso/gilbert-becaud-et-son-ode-a-l-aeroport-d-orly-7779232542


LÉGENDES DES ILLUSTRATIONS

  • « Non à la privatisation d’Aéroport de Paris », Aéroport de Paris-Orly, 18 mars 2019. © Photographie Bernard Mérigot/CAD pour PEE.
  • Régis LACOTE, directeur de l’aéroport d’Orly lors du baptême des aérogares « Orly 1-2-3-4 » le lundi 18 mars 2019. © Photographie Bernard Mérigot/CAD pour PEE.
  • « Orly 1 ». Nouvelle dénomination de l’aérogare « Orly Ouest » par le Groupe ADP (Aéroport de Paris) dans la nuit du 18 au 19 mars 2019. © Photographie Bernard Mérigot/CAD pour PEE.

© Bernard MÉRIGOT et Marie LAPEIGNE , article mis en ligne le 30 mars 2019, 13 heures.

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« Slow urbanism ». A quand un « urbanisme lent » dans nos communes ?

Contrairement aux prévisions du début du XXIe siècle, la croissance démographique de l’Ile-de-France – et a fortiori celle de la Métropole du Grand Paris (MGP) – se stabilise, voire accuse un léger déclin durant la période 2011-2016. L’attractivité générale de la région la plus peuplée et la plus dense de France, comme celle de la ville de Paris, n’est plus d’actualité. Elle est dépassée par les métropoles provinciales où la qualité de vie est meilleure.

A l’inverse, les département de l’Essonne et de la Seine-et-Marne voient leur population progresser (en excédents naturel et migratoire). En conséquence la pression immobilière s’exerce sur l’urbanisation en entraînant deux effets majeurs :

  • construire de plus en plus (davantage de mètres carrés construits, davantage de hauteur…),
  • construire de plus en plus vite (en accélérant les travaux pour mettre tout le monde devant des faits accomplis).

Ce danger a un nom : l’urbanisme d’urgence.


Département de l’Essonne. Évolution de la population 2000-2015. « Différence brute de la population légale entre 2010 et 2015 en effectif (60 893 habitants) ». Carte extraite du PowerPoint présenté par Jean-Benoît ALBERTINI, préfet de l’Essonne, lors de son intervention intitulée « Les défis de l’aménagement durable du territoire de l’Essonne à l’horizon 2040 » devant le Conseil économique, social et environnemental (CESEe) le 12 décembre 2018, dans la salle du Conseil départemental à Évry.

L’urbanisme d’urgence, ou encore « urbanisme de l’urgence », a pour caractéristique de privilégier des solutions déjà admises sans prendre le temps de réinterroger les modèles sur lesquels ils se fondent. Comme le remarque Joëlle FOREST, « l’urbanisme de l’urgence est peu favorable à l’ouverture du champ des possibles. Il s’inscrit davantage dans le registre de la reproduction que dans celui de l’innovation. Il va de pair avec un aplatissement de la fonction politique. ». (1) La raison en est simple : la référence temporelle des élus est conditionnée par la durée de leur(s) mandat(s) et par leur échéance électorale.

Cette pratique d’urbanisme malade d’un déficit de réflexivité se traduit dans chaque commune par des réalisations concrètes.  Au fil des permis de construire accordés, qu’il s’agisse de  constructions volontaires, (« on est obligé de construire ») ou de construction autorisées par l’inaction (« on ne peut pas s’opposer à un projet »), a pour effet :

  • de supprimer des terres agricoles ou des terrains maraîchers, d’espaces verts, des jardins,
  • de démolir des bâtiments existants,
  • d’implanter des constructions « au hasard »,
  • de ne pas prendre en considération des conséquences que ce soit pour les populations déjà résidentes ou bien pour les populations nouvelles,
  • de tolérer des réalisations au moindre coût qui dégagent les plus grands profits immédiats des promoteurs.

L’urbanisme lent (Slow urbanism) constitue son exact opposé. La notion a la même origine que des mouvements « slow » : Slow food (1989), Slow management, Slow made (contre l’obsolescence programmée), Slow tech, Slow city, Slow education… Ceux-ci ont en commun de prendre le contre-pied d’une vie moderne marquée par la rapidité (« Fast »). Confondant sans cesse « se dépêcher » et « se précipiter », d’innombrables accélérations sans limites sont imposées, aux individus, aux citoyens, aux usagers, aux consommateurs… les isolant dans la solitude, les privant de leur libre-arbitre individuel, les empêchant d’exercer leur liberté de pouvoir délibérer collectivement avant qu’une décision ne soit prise. Les habitants ne pensent plus leur territoire,  les territoires « sont pensés »  par d’autres, des experts, des aménageurs, des décideurs. (2)

Comment urbanise-t-on ? Il n’existe que deux façons :

  • construire à la place d’espaces naturels, de terres agricoles, d’espaces verts, de jardins…
  • démolir des immeubles, des maisons existantes en construisant à leur place, plus grand et plus haut.

C’est ainsi que se manifeste l’urbanisation actuelle. Elle ne concerne pas que la réalité matérielle, celle du « construit », mais aussi la réalité humaine, celle des conditions de vie. Le mouvement est massif et ses conséquences sont irrémédiables.


Ralentir est une nécessité démocratique. Julien LANGÉ fait une remarque sur le Slow urbanism. « L’accélération produit des décalages grandissants entre les populations « in » (les inclus, les gagnants de la mondialisation, les bénéficiaires de l’élitisme et de la compétition…) et les autres, qu’ils soient « out » ou bien qu’ils soient « off ».» (3)


Ralentir est une nécessité écologique. Depuis les années 1960, le littoral français a été trop urbanisé et trop vite, provoquant d’innombrables altérations de son environnement naturel ainsi que des conditions de vie de ses habitants. Les cas de submersion par la mer d’immeubles, de villas, et de routes sont nombreux. Il en est de même d’inondations par des débordements de rivières et des réseaux d’assainissement. Elles sont induites directement par la sur-densification.

A quand l’abandon de cette densification inutile des centres-villes, des pôles « gares », des zones péri-urbaines de la Métropole du Grand Paris et de l’unité urbaine de Paris ? D’autant qu’elle est souvent réalisée sans concertation réelle avec la population locale, au détriment du patrimoine urbain ou rural historique remplacé par des constructions et des immeubles sans attrait, avec des rez-de-chaussés commerciaux sans « preneurs », avec des places de stationnement résidentiel en sous-nombre… Certains maires défigurent leur ville afin de satisfaire des documents d’urbanisme obsolètes à plus d’un titre ou bien de satisfaire de façon improvisée le quota fatidique de la loi SRU, ou encore d’espérer un afflux massif de population – une manne financière – grâce aux nouveaux transports en commun du Grand-Paris express. Toujours plus d’immeubles, toujours plus de logements, toujours plus de nuisances…

Quel est le prix de cette course effrénée ? Le mode de gestion actuel du territoire génère à terme diverses nuisances irréversibles pour les riverains résidant dans un habitat traditionnel plus ancien, pour des quartiers historiques déjà trop surchargés et souvent mal gérés par les collectivités territoriales constituées, pour des zones non-urbanisées profondément bouleversées par des programmes socio-économiques purement politiques et mondialistes. L’urbanisation excessive de nos sociétés est fille de la mondialisation. Alors que se multiplient les accidents dramatiques (effondrements, incendies, tremblements de terre, éruptions volcaniques, tsunamis, etc.), que le réchauffement climatique nous oblige à changer de comportement et à prendre soin de notre planète, ne devrait-on pas s’attacher à rénover, à réhabiliter, à protéger les espaces urbains et ruraux existants dans leur globalité c’est-à-dire infrastructures et équipements compris, à respecter notre biodiversité dans son ensemble. A quand la slow-urbanisation de nos territoires du quotidien ?


Quartier des Bords de Seine à Juvisy-sur-Orge (Essonne), immeuble rue Jorge Sempun, 3 juin 2017. © Photographie BM/CAD pour PEE.

Les illusions du « ralentissement de l’urbanisation ». Une note de l’Institut d’aménagement et d’urbanisme (IAU) publiée en janvier 2019 commence ainsi : « L’urbanisation de l’Ile-de-France poursuit son ralentissement. Sur la période 2012-2017, près de 590 hectares d’espaces urbanisés sont apparus chaque année. Ce rythme annuel est le plus faible depuis 30 ans. La dynamique de construction se concentre sur la petite couronne, en privilégiant le recyclage urbain. En grande couronne, la baisse de la consommation des espaces naturels, agricoles et forestiers se poursuit ». (4)

La conclusion selon laquelle « l’urbanisation de l’Ile-de-France poursuit son ralentissement sur la période 2012-2017 » laisse à penser qu’une réduction de la détérioration de l’espace est à l’œuvre. Elle appelle plusieurs remarques critiques.

  1. La réduction d’une détérioration ne signifie en rien son arrêt.
  2. Il ne faut pas omettre de prendre en compte que les fondements de cette vision sont modifiées sur un certain nombre de données (soit disponibles, soit collectées volontairement à la suite d’enquêtes) qui constituent une réalité territoriale générale de caractère cartographique C’est une réalité statistique construite qui ne saurait rendre compte de la vérité de la totalité du phénomène considéré.
  3. Il existe une réalité territoriale locale vécue localement par les habitants et les citoyens qui voient chaque jour des terres agricoles ou maraîchères et des espaces verts disparaître, pour être construits, des pavillons -souvent anciens- et des immeubles existants démolis pour être remplacés par des bâtiments plus grands. Cette réalité locale vécue n’est pas cartographiée.
  4. Dans l’immense majorité des cas, il s’agit d’un urbanisme imposé de façon silencieuse et discrète, mettant les riverains et les usagers de la ville devant un ensemble de faits accomplis qui génèrent des nuisances nouvelles.
  5. Cette situation est l’effet de l’évolution du cadre d’exercice de la compétence des collectivités territoriales en matière d’urbanisme.
  • Les Plans d’occupation des sols (POS) des communes, ainsi que leurs modifications, étaient approuvés par une délibération des conseils municipaux votée lors de séances publiques. Les habitants des communes avaient une connaissance directe des décisions concernant leur territoire.
  • Aujourd’hui, les Plans locaux d’urbanisme (PLU), ainsi que leurs modifications, sont votés par une délibération des conseils communautaires (communauté de communes, communauté d’agglomération, établissement public territorial) lors de séances publiques tenues volontairement dans la plus grande discrétion.
  • L’élargissement des territoires de gestion, en allongeant la distance entre le citoyen et le lieu de décision, ont eu pour effet de créer un déficit démocratique. Autant il est possible de trouver un nombre généralement restreint d’habitants qui ont assisté à des séances de conseils municipaux de la commune dans laquelle ils habitent, autant il est impossible de trouver des habitants qui ont assisté à des séances de conseils des intercommunalités dont relève leur commune.

« Les habitants d’un quartier concerné par un projet déclarent ne pas admettre que les décisions qui ont une influence directe sur leur cadre de vie puissent être prises par des « ils » lointains et inaccessibles, sans que l’on songe un seul instant à leur demander leur avis » écrit Jean-Paul LACAZE dans son chapitre consacré à l’urbanisme participatif. (5) C’est l’un des objectifs du Slow urbanism, l’urbanisme lent.


RÉFÉRENCES

1. FOREST Joëlle, « Pour un Slow Urbanism », VertigO – la revue électronique en sciences de l’environnement, 21 janvier 2016. Consulté le 15 janvier 2019. http://journals.openedition.org/vertigo/16856 ; DOI : 10.4000/vertigo.16856

2. Géographie(s) de la lenteur, Carnets de Géographie, n°9, 2016. Sous la direction de Sylvanie Godillon, Gaële Lesteven et Sandra Mallet. https://journals.openedition.org/cdg/272

3. LANGÉ Julien, « Des formes « slow » de l’urbanisme, une chance pour les territoires du off ? », Les Territoires du Off, 2014. (Julien LANGÉ/Acturba). https://territoiresduoff.wordpress.com/2014/02/04/des-formes-slow-de-lurbanisme-une-chance-pour-les-territoires-du-off/

4. INSTITUT D’AMÉNAGEMENT ET D’URBANISME D’ILE-DE-FRANCE (IAU), « Vers un développement urbain et durable », Note rapide, n°797, janvier 2019, https://www.iau-idf.fr/fileadmin/NewEtudes/Etude_1762/NR_797_web.pdf

5. LACAZE Jean-Paul, Les méthodes de l’urbanisme, PUF, 2010, p. 51.

Démolition du Foyer Jean Marsaudon géré par Envoludia/IMC Polyandicap rue Vigier à Savigny-sur-Orge (Essonne). Construction d’un immeuble d’appartements. 31 août 2018. © Photographie BM/CAD pour PEE.

RÉFÉRENCES DES ILLUSTRATIONS

  • Département de l’Essonne. Évolution de la population 2000-2015. « Différence brute de la population légale entre 2010 et 2015 en effectif (60 893 habitants) ». Carte extraite du PowerPoint présenté par Jean-Benoît ALBERTINI, préfet de l’Essonne, lors de son intervention intitulée « Les défis de l’aménagement durable du territoire de l’Essonne à l’horizon 2040 » devant le Conseil économique, social et environnemental (CESEe) le 12 décembre 2018, dans la salle du Conseil départemental à Évry.
  • Quartier des Bords de Seine à Juvisy-sur-Orge (Essonne), immeuble rue Jorge Sempun, 3 juin 2017. © Photographie BM/CAD pour PEE.
  • Démolition du Foyer Jean Marsaudon géré par Envoludia/IMC Polyandicap rue Vigier à Savigny-sur-Orge (Essonne). Construction d’un immeuble d’appartements. 31 août 2018. © Photographie BM/CAD  pour PEE.


DOCUMENT

CONSTRUIRE MOINS POUR VIVRE MIEUX
Une idée qui a de l’avenir ?

Le nouveau plan local d’urbanisme, tel que le veut le maire (LR) vise à ralentir la hausse de la population afin de soulager certains quartiers.
Freiner l’urbanisation en préservant le cadre de vie, limiter la hausse de la population à 28 000 habitants en 2030 (26 500 actuellement), tout en requalifiant certains quartiers, comme celui des Pyramides. Voici l’équation que doit résoudre le nouveau plan local d’urbanisme à Brunoy. Après les quatre ateliers participatifs de fin d’année, l’enquête publique devrait débuter avant l’été, avant une adoption définitive du PLU en fin d’année 2019.

PRÉSERVER LE PATRIMOINE DE LA COMMUNE
Brunoy « est une ville qui a un certain cachet », revendique le maire (LR) Bruno Gallier. C’est pourquoi l’élu compte le préserver en renforçant les règles de constructibilité dans les secteurs pavillonnaires, touchés par le phénomène de division de terrains. « On pourrait par exemple imposer un coefficient d’espace vert sur un terrain donné, pour éviter la multiplication des petits pavillons », propose-t-il.

Dans ces quartiers où s’alignent ces maisons de charme, la municipalité souhaite limiter la hauteur des logements collectifs à un seul étage au lieu de deux actuellement. Cette stratégie est dans la lignée de l’adoption de l’Avap (aire de valorisation de l’architecture et du patrimoine), qui vise à préserver les belles demeures du centre-ville en imposant notamment des normes dans leur rénovation. 

DES LOGEMENTS EN PLUS, MAIS…
La ville se fixe un objectif : 28 000 habitants en 2030, contre 26 500 aujourd’hui. « C’est peu », reconnaît Bruno Gallier. Sa logique reste la même : conserver le calme des quartiers pavillonnaires et ne pas saturer le centre-ville avec la circulation automobile. « C’est déjà la foire d’empoigne aux abords des écoles, et il est parfois difficile de rejoindre le centre-ville en voiture », justifie-t-il.

Ces 1 500 habitants de plus en 10 ans « représentent 600 logements supplémentaires », évalue le maire, qui a une astuce pour ne pas construire davantage. « Nous envisageons d’autoriser la transformation de grands pavillons, qui peuvent avoir du mal à se vendre, en appartements, du moment que cela est réalisé de manière raisonnée et que le stationnement le permet. »
La mairie envisage enfin d’interdire purement et simplement les constructions rue des Vallées, à proximité de l’Yerres, en raison des risques de glissement de terrain.

FAVORISER L’EMPLOI SUR LA COMMUNE
Malgré cette volonté de croissance démographique limitée, Bruno Gallier ne veut pas « mettre la ville sous cloche ». Son ambition : dynamiser l’emploi, dans une ville où 82 % des actifs travaillent en dehors de Brunoy. Pour y remédier, l’ouverture d’un espace de coworking de 120 postes est déjà prévue au mois de juin dans le secteur de la gare. Le futur PLU doit aussi faciliter l’installation d’activités tertiaires le long de la route nationale 6 (RN6), qui fait l’objet d’un projet de requalification. Des logements et des commerces doivent aussi s’implanter place des Pyramides.

Par ailleurs, la municipalité milite pour augmenter le nombre d’accès à la forêt de Sénart, « même si le PLU ne peut pas tout résoudre », prévient le maire.

« Trop de voitures et pas assez de petits commerces »
Alain, 66 ans, qui a participé aux ateliers sur le PLU

Habitant de Brunoy depuis dix ans, Alain a participé assidûment aux ateliers de travail sur le PLU. Pour lui, il faut « une vraie réflexion sur le commerce de centre-ville où il y a trop de banques et d’agences immobilières et pas assez de commerces de proximité ». Il aimerait aussi un plan plus ambitieux pour l’aménagement de pistes cyclables « qui serait une vraie alternative à la circulation automobile ».
Du côté de l’opposition, Jérôme Meunier (SE) salue la trame globale du PLU. « On partage les mêmes objectifs », assure-t-il, mais doute en revanche que la ville se donne réellement les moyens de réussir. « Il n’y a que quatre personnes au service urbanisme, c’est trop peu. Ils n’ont pas les moyens de vérifier si les propriétaires, par exemple sur les grandes propriétés, respectent leur permis de construire. »

Prochain rendez-vous. Café PLU le 2 février, de 10 heures à 12 heures à la salle des fêtes.

RÉFÉRENCES
«Brunoy. Construire moins pour vivre mieux. Une idée qui a de l’avenir ? », Le Parisien, Édition Essonne, 15 janvier 2019. Article de Romain CHIRON.


© Bernard MÉRIGOT, Sylvie MONNIOTTE-MÉRIGOT. Article mis en ligne le 18 janvier 2019, 21 heures.

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