Archives de catégorie : Développement durable

MGP. Le projet d’agriculture urbaine et maraîchère de la ville de Morangis (Essonne) lauréat du concours Inventons la Métropole du Grand Paris

Les lauréats du concours  « Inventons la Métropole du Grand Paris ont été annoncés publiquement le 18 octobre 2017 au Pavillon Baltard à Nogent-sur-Marne par Patrick OLLIER, président de la MGP, Anne HIDALGO, maire de Paris et Philippe YVIN, président du directoire de la Société du Grand Paris. Ce concours était ouvert aux 131 communes composant la MGP.

Parmi les 51 lauréats, figurent trois projets présentés par des villes du département de l’Essonne :

  • Réanimer l’hôpital Louis Michel à Courcouronnes,
  • Le Génopole d’Évry,
  • Agriculture à Morangis.

Projet d’agriculture urbaine et maraîchère et de construction de logements de la Ville de Morangis (Essonne). Projet lauréat du Concours Inventons la Métropole du Grand Paris de 2017.


PEE a déjà rendu compte par un article en ligne sur ce site du dossier déposé par la ville de Morangis (1). Rappelons qu’il a pour projet de réimplanter au sein de la métropole une agriculture urbaine et maraîchère, ce qui constitue à la fois une opportunité nourricière pour le territoire et une contribution à la réduction de son empreinte écologique.

Le développement de types d’activités agri-urbaine et péri-urbaine son associées à la programmation de logements et d’activités sur un terrain de 1,37 hectares, dont 0,8 hectares sont actuellement en friche.

« Agricole, associatif et résidentiel », tels sont les termes par lesquels le projet « Ressources Toit » concernant le site de l’Armée Leclerc à Morangis se qualifie lui-même. Il est proposé par l’Atelier Po et Po (architecte) et Toits Vivants (urbaniste et paysagiste spécialisé en agriculture urbaine). Ses concepteurs déclarent que leur approche a pour but de « (ré)concilier l’espace urbain et l’activité agricole, en créant des synergies d’usages (circuits courts, jardins participatifs, composteurs mutualisés) ». Pour eux, « l’agriculture peut enrichir la construction de la ville, l’écosystème agri-urbain en permettant l’installation d’une exploitation agricole sur un terrain en friche et la construction de nouveaux logements en lieu et place des anciens bâtiments industriels du site ». (2)

Les habitations et locaux associatifs, implantés le long de l’avenue résidentielle de l’Armée Leclerc, s’organiseront en cœur d’îlot, autour d’un espace central partagé, planté d’arbres fruitiers. Il se prolongeront ensuite en fond de parcelle par une exploitation agricole diversifiée.

La programmation agricole se composera d’une zone principale de maraîchage bio-intensif, de serres, d’une haie fruitière encerclant la parcelle, d’un poulailler, d’un rucher et, à terme, d’un espace de pâturage. Cette programmation agricole diversifiée fonctionnera dans une logique d’écosystème et d’apports réciproques. Les interactions contribueront alors à la résilience du système.

Pascal Noury, maire de Morangis, conseiller métropolitain du Grand Paris, présente le projet d’agriculture urbaine et maraîchère de la commune au Pavillon Baltard à Nogent-sur-Marne le 10 octobre 2016. © Photographie BM/CAD pour PEE, 2016.

Les mouvements qui visent à implanter des activités agricoles et maraîchères en zone urbanisée. poursuivent trois objectifs principaux :

  • promouvoir une agriculture saine et durable en ville (nouveaux lieux et nouvelles pratiques de culture),
  • rendre l’agriculture accessible aux citadins (nouveaux consommateurs),
  • créer des rapports économiques différents des circuits existants (nouveaux producteurs).

Ils visent à :

  • associer les besoins créés par le mode d’existence urbain et la situation économique actuelle,
  • manger sain (culture bio),
  • permettre des modes d’achat locaux avec le moins de transports possibles,

Leur intention est de faciliter la cohésion entre les citadins et les agriculteurs périurbains mais aussi la création de liens entre les citadins eux même. (3)

De plus, ils cherchent à générer une culture fondée sur un développement sociétal caractérisé par la coopération. La mise en place de nouvelles pratiques agricoles en harmonie avec l’environnement et respectueuses des hommes, comme la permaculture et l’agro-écologie sont appelées à remplacer la concurrence et de la compétition.

Anne-Cécile DANIEL a résumé les différentes formes de l’agriculture urbaine. (4)

Les formes d’agricultures urbaines définies par Anne-Cécile DANIEL en 2013.

Du PIB au PNB. Ce projet n’est ni anecdotique ni marginal. Il participe à des mouvements, qui en développant une multifonctionnalité (fonction sociale, fonction alimentaire, fonction environnementale, fonction économique), vise à remplacer les valeurs du Produit Intérieur Brut (PIB) en lui substituant les valeurs d’un autre indicateur, celle du Bonheur National Brut (PNB), inventé par le Royaume du Bhoutan dans les années 1970, Ces valeurs nouvelles comprennent la conservation et la protection de la nature, la promotion de la culture, le développement d’une économie durable et la bonne gouvernance sociale, solidaire et collaborative.


DOCUMENT

A MORANGIS ON MARIE AGRICULTURE ET IMMOBILIER

Une large palette d’activités agricoles et un programme immobilier vont voir le jour sur un terrain d’un hectare aujourd’hui partiellement inutilisé.

Des légumes, des fruits, du miel et bien d’autres délices produits à Morangis, dans un espace totalement repensé bordé de nouveaux logements. La perspective semble se préciser depuis ce jeudi et l’annonce des projets innovants retenus par la Métropole du Grand Paris. Porté par Paris Sud Aménagement, ce programme urbain conçu par des architectes et des urbanistes paysagers combine une exploitation agricole de 7 780 m² et un programme immobilier de 3 670 m².

Un terrain d’1 ha, pour le moment en friche et situé le long de l’avenue de l’Armée Leclerc, sera transformé en partie en site consacré à l’agriculture urbaine et maraîchère. Les productions issues d’un verger, d’un poulailler et d’un rucher seront proposées en circuit court. S’ils en profiteront en premier lieu, les habitants seront aussi associés à ce projet avec la création de jardins participatifs et de serres sur les toits.

Vers une mise en valeur des terres agricoles

Pour Pascal Noury, le maire (DVG) de Morangis, la sélection de ce projet par l’établissement public constitue une bonne nouvelle, à plusieurs titres. « Cela va donner un avenir à ce terrain qui n’est que partiellement utilisé, explique-t-il. C’est surtout un premier pas qui va nous permettre d’amorcer la dynamique de mise en valeur de nos terres agricoles sur laquelle nous travaillons. »

Et l’édile de noter que ce choix « intègre pleinement Morangis à la Métropole du Grand Paris ». « Les communes de l’Essonne se sentent souvent un peu mises à l’écart », glisse-t-il, heureux de ce coup d’accélérateur en grande couronne.

« A Morangis on marie agriculture et immobilier », Le Parisien, 19 octobre 2017, Essonne. Article de Gérald Moruzzi. http://www.leparisien.fr/morangis-91420/a-morangis-l-agriculture-urbaine-et-l-immobilier-vont-faire-bon-menage-18-10-2017-7340835.php


RÉFÉRENCES

1. Article en ligne sur http://www.portes-essonne-environnement.fr : MGP. Inventons la Métropole du Grand Paris : Morangis, commune candidate pour l’agriculture urbaine et maraîchère L’appel à projets « Inventons la Métropole » a été lancé le 23 mai 2016 par la Métropole du Grand Paris (MGP) auprès des 131 communes (696 051 habitants) qui la composent. Le 10 octobre 2016, les candidatures de 112 sites ont été dévoilées. L’un d’eux retient l’attention. La commune de Morangis (Essonne) projette de réimplanter une […] Cette entrée a été publiée dans Agriculture urbaine et maraîchère, Cadre de vie, CALPE, GOSB – EPT 12 de la MGP, Inventons la Métropole, Métropole du Grand Paris (MGP), Morangis le par .
2. MARION Fabienne, « Biomimétisme, économie circulaire, végétalisation urbaine donnent le ton de la future Métropole du Grand Paris », UP Magazine, le magazine de l’innovation et des temps qui changent, 19 octobre 2017.
http://www.up-magazine.info/index.php/urbanisme-architecture-3/7019-la-future-metropole-du-grand-paris
3 . Voir à titre d’exemple la Maison d’agriculture urbaine, https://maisonagricultureurbaine.com/presentation/qui-sommes-nous/. Il existe de nombreux acteurs : Urbainculteurs, Les Incroyables Comestibles (mouvement mondial sur la nourriture à partager), les Colibris, Terre des Sciences, des Maison de quartier de nombreuses villes (comme Angers), le réseau Agrirubain Francophone…
4. DANIEL Anne-Cécile, AUBRY Chistine, THOURET Amélie, DEVINS Antoine, « Naissances et développement des formes commerciales d’agriculture urbaine en région parisienne », VertigO, 2013.

© Marie LAPEIGNE, 23 octobre 2017, 19 heures.

http://portes-essonne-environnement.fr
ISSN 2495-1161. Dépôt légal du numérique, BNF 2017.

Aménagement du territoire. Définition géographique des territoires du quotidien

Le territoire est à la mode.

En tant que notion géographique, il ne se réduit ni à l’espace, ni au milieu. Il désigne à la fois :

  • le territoire institutionnel (découpage administratif)
  • le territoire produit ou vécu par chaque individu ou groupe. C’est un espace que l’on s’approprie.

Comme écrit le géographe Roger BRUNET, « Le territoire, on lui appartient autant qu’il nous appartient ».

« Le système territorial », extrait de Les territoires du quotidien en France de Sylvain GENEVOIS.


Selon Sylvain GENEVOIS, le territoire est une notion polysémique.

  • Territoire du quotidien : espace familier qu’un individu construit par ses déplacements autour du lieu où il réside, ou il travaille, ou il étudie, où il a des activités de loisirs, et en fonction de ses différentes activités par une pratique routinière,
  • Territoires de proximité : le quartier, la commune, le département, l’espace local avec ses services de proximité
  • Territoires de vie : espace vécu, habité, parcouru, le bassin de vie, mais aussi son espace proche qui intègre une dimension subjective
  • Nouveaux territoires : communautés de communes ou d’agglomération (EPCI), «pays », pôles d’excellence ruraux…
  • Territoires de projet : espaces lié à des enjeux d’aménagement ou d’environnement, avec parfois une visée prospective ou participative.

Le point commun entre ces différentes variations, c’est qu’elles transforment les territoires et leurs approches en intégrant les représentations collectives et individuelles.

Le géographe Sylvain GENEVOIS remarque que les nouveaux programmes de géographie de classe de Première (2012) multiplient les références aux « territoires ». Pour lui, cela présente deux écueils possibles :

  • perdre les élèves dans des nuances sans fin sur les différents types de territoires,
  • galvauder le territoire et de le ramener à la notion d’ espace.

Il propose un schéma qui donne une approche globale permettant de saisir la double logique à l’œuvre dans les logiques territoriales :

  • une territorialité par la base, vécue et émotionnelle,
  • une territorialité par le haut, plus abstraite, d’essence idéologique et politique.

« La logique des citoyens et la logique des décideurs ne sont pas disjointes : l’enjeu majeur des nouveaux territoires est précisément de les rapprocher en faisant correspondre, autant que l’on peut, les deux approches ».

Il souligne qu’en dépit de l’aspiration à l’égard des démarches participatives, il existe un hiatus entre :

  • l’espace vécu et l’espace perçu de l’homme habitant,
  • les espaces de projet, ou d’aménagement, proposés par les décideurs.

C’est par une approche par le diagnostic territorial que l’on peut dégager les véritables enjeux et confronter les points de vue des différents d’acteurs.

RÉFÉRENCES
GENEVOIS Sylvain,
« Le système territorial », Les territoires du quotidien en France. MCF Didactique de la géographique et TICE, Université de Cergy-Pontoise, IUFM de Versailles.
http://sgenevois.free.fr/Territoires%20du%20quotidien%20et%20TICE_Genevois.pdf

© Sylvie MONNIOTTE-MÉRIGOT, 10 octobre 2017, 23 heures.

ISSN 2495-1161. Dépôt légal du numérique, BNF 2017.

 

Aménagement des territoires et développement durable. Approche des territoires au quotidien

« Sous l’effet de la mondialisation économique et de la métropolisation qui l’accompagne, on assiste à la création d’une « France périphérique » qui subit une addition de « moins » : moins de dynamisme, moins d’emplois, moins de jeunes, moins de services publics » écrivent Hervé MAUREY et Louis-Jean de NICOLAŸ dans leur rapport de la Commission de l’aménagement du territoire et du développement durable du Sénat qui vient d’être publiée en 2017. (1)

Pour les auteurs, face à cette situation, « les pouvoirs publics n’ont fait preuve d’aucun volontarisme. L’aménagement du territoire, autrefois fer de lance de l’action de l’État, est devenu le « parent pauvre » des politiques publiques. »

Entrée du Sénat, rue de Vaugirard, à Paris, Ve arrondissement. Le Sénat est le représentant constitutionnel des collectivités territoriales. © Photographie CAD/BM pour PEE 2017.


L’abandon des territoires.

Pourtant, une demande d’aménagement du territoire s’exprime fortement au sein de la population. Le sentiment d’abandon dans les territoires en difficulté est de plus en plus fort et se traduit par des votes de rupture. Ils constatent que les fractures territoriales se creusent de manière inquiétante.

La commission de l’aménagement du territoire et du développement durable du Sénat a mis en place en mars 2016 un groupe de travail sur l’aménagement du territoire. Son objectif est de réfléchir à la notion d’aménagement du territoire afin de bâtir les fondements d’une nouvelle doctrine.

Ses travaux se concluent par un rapport d’information « Aménagement du territoire : plus que jamais une nécessité », présenté en commission le 31 mai 2017, qui formule 26 recommandations, organisées selon dix axes, pour conjurer la fatalité d’une France à plusieurs vitesses et redonner une portée concrète aux principes républicains.

Typologie générale des campagnes françaises : 1. Campagnes des villes, du littoral et des vallées urbanisées; 2. Campagnes vieilles à très faible densité; 3. Campagnes agricoles et industrielles. Source : DATAR Extrait de « Aménagement du territoire : plus que jamais une nécessité. Rapport de la Commission de l’aménagement du territoire et du développement durable du Sénat, n° 565, de Hervé MAUREY Hervé et Louis-Jean NICOLAŸ, 31 mai 2017.


DOCUMENT

AMÉNAGEMENT DU TERRITOIRE : PLUS QUE JAMAIS UNE NÉCESSITÉ

Introduction

Qu’est-ce que l’aménagement du territoire aujourd’hui ? Pour répondre à cette question, et aux nombreuses interrogations qu’elle sous-tend quant à son utilité et ses objectifs, la commission de l’aménagement du territoire et du développement durable a créé en son sein un groupe de travail sur l’aménagement du territoire en mars 2016. Afin de délimiter son périmètre d’étude, le groupe de travail s’est concentré sur l’aménagement du territoire en France métropolitaine, sans méconnaître l’importance et la spécificité de ce sujet pour les territoires ultramarins. À l’issue d’un cycle d’auditions et d’une consultation publique, les travaux menés mettent en lumière les profondes mutations territoriales que notre pays a connues sur la période récente, ainsi qu’une attente forte mais non satisfaite d’aménagement du territoire.

Le Sénat, représentant constitutionnel des collectivités territoriales, se doit, sur ce sujet et face à de tels enjeux, d’être force de réflexions et de propositions.

L’aménagement du territoire est une exception française. Son objectif est d’assurer une répartition équilibrée des ressources, des activités et des hommes dans l’espace, afin de préserver durablement l’ensemble du territoire national comme lieu de vie et d’activité. Indissociable du principe d’égalité républicaine et d’un profond attachement à la richesse et à la diversité territoriale de notre pays, l’aménagement du territoire est une responsabilité première de la puissance publique.

Mise en œuvre après la Seconde guerre mondiale, dans le cadre de la reconstruction du pays dirigée par l’État, la politique d’aménagement du territoire fut consensuelle et jugée prioritaire jusqu’à la fin des années 70. Le ministre de l’aménagement du territoire était même qualifié de « Premier ministre bis » au début de la Ve République.

Un territoire à aménager à un territoire « à ménager » ?

Depuis les années 90, l’aménagement du territoire est devenu le « parent pauvre » des politiques publiques. Le modèle français tant vanté n’a pas survécu aux crises économiques successives, aux mutations de l’action publique, et aux rapports nouveaux au territoire et à l’environnement où rentabilité, aménagement, désertification et intérêt général s’opposent… Selon Roger Brunet, nous sommes passés d’un territoire à aménager à un territoire « à ménager ».

Le « désert français »

Si la politique d’aménagement du territoire a longtemps eu pour objectif de conjurer le risque d’un désert français au-delà de la capitale parisienne – « Paris et le désert français » disait-on -, la crainte est désormais de voir se développer les métropoles comme des îlots de prospérité et de modernité, séparés par des territoires au mieux instrumentalisés par la grande ville, au pire réduits à des espaces interstitiels et délaissés par les politiques publiques.

Le développement économique se concentre essentiellement autour de quelques pôles métropolitains. Par contraste, de nombreux territoires connaissent un sentiment d’abandon et de « décrochage ». Les raisons en sont multiples : la métropolisation de l’économie a conduit à polariser les emplois et la création de richesses dans le cœur des grandes agglomérations ; la crise des finances publiques s’accompagne d’une raréfaction des ressources budgétaires et, dans certains cas, d’un repli des pouvoirs et services publics ; la mondialisation entraîne une nouvelle division du travail et le dépérissement de certains sites industriels excentrés…

Aucune politique d’aménagement du territoire n’a été menée pour remédier à ces évolutions.

Une telle situation se traduit par une multiplication des comportements électoraux de rupture dans ces territoires, marquant un ressentiment grandissant à l’égard des grandes villes, de l’Europe, de la mondialisation et des mutations technologiques qui sont en train de redessiner nos façons de produire, de consommer, d’échanger… Les populations qui vivent dans ces territoires ont souvent l’impression d’être les oubliés de l’histoire et de la modernité : le monde qui change ne leur serait en rien bénéfique, il réduirait même pour eux l’horizon des possibles. L’arrivée de la candidate du Front national en tête du premier tour de l’élection présidentielle dans plus de 19 000 communes illustre l’ampleur de ce phénomène.

Dans le contexte de mutations territoriales que nous connaissons, la politique d’aménagement du territoire telle qu’elle a été pensée et conduite dans les grandes années de la Délégation interministérielle à l’aménagement du territoire et à l’attractivité régionale (DATAR) n’est certes plus adaptée. Mais la politique du « laissez faire », en s’en remettant à une « main invisible » territoriale, ne peut pas être une réponse. C’est pourtant ce que l’on constate : tous les gouvernements successifs depuis une vingtaine d’années ont été défaillants, faisant preuve à la fois d’un manque de vision et d’une volonté politique insuffisante. Le changement sémantique de la période 2012-2016 – le ministère de l’aménagement du territoire devenant celui de l’égalité des territoires – ne s’est pas traduit par davantage de volontarisme, d’ambition ou de réelles mesures en faveur des territoires. Que faut-il espérer du nouveau ministère de la cohésion des territoires ?

Face à ce renoncement et à une aggravation de la situation dans de nombreux territoires, le groupe de travail veut donc affirmer sa conviction de l’impérieuse nécessité de repenser aujourd’hui l’aménagement du territoire, pour en faire à nouveau une priorité de l’action publique. C’est par une approche renouvelée qui suppose de redéfinir le rôle de l’État, des collectivités territoriales, et des autres partenaires publics et privés, que les lignes pourront bouger.

Il s’agit en effet de conjurer la fatalité d’une France à plusieurs vitesses et de donner une portée concrète aux principes républicains. Une vraie politique d’équilibre des territoires devra être porteuse d’équité, mais aussi de croissance et de bien-être.

L’objectif de ce travail est ainsi de montrer qu’une politique ambitieuse d’aménagement du territoire est non seulement possible mais également indispensable pour notre pays en ce début de XXIe siècle. Il faut en définir les priorités et se doter des moyens nécessaires pour les mettre en œuvre.

Évolution de l’emploi des 25-54 ans entre 2006 et 2013 par aire urbaine. Source France Stratégie. Extrait de « Aménagement du territoire : plus que jamais une nécessité. Rapport de la Commission de l’aménagement du territoire et du développement durable du Sénat, n° 565, de Hervé MAUREY Hervé et Louis-Jean NICOLAŸ, 31 mai 2017.


LES RECOMMANDATIONS DU GROUPE DE TRAVAIL AU SÉNAT

Rétablir un État stratège, pilote de la politique d’aménagement du territoire

  1. Mesurer systématiquement l’impact en termes d’aménagement du territoire des politiques publiques et des projets de lois et de décrets.
  2. Faire de l’aménagement du territoire un critère prioritaire de la régulation et des choix d’investissement de l’État.
  3. Évaluer l’efficacité des différents schémas et zonages existants afin de les rationaliser et de réduire leur nombre.
  4. Transformer le CGET en structure de pilotage stratégique du territoire national, placée sous l’autorité d’un secrétaire d’État dédié uniquement à l’aménagement du territoire et rattaché directement au Premier ministre.

Conforter le binôme région-EPCI comme acteur majeur de l’aménagement du territoire, et encourager la contractualisation ainsi que la simplification des normes 

  1. Mettre en place un moratoire sur les réformes territoriales pour permettre la mise en œuvre et l’évaluation des évolutions institutionnelles récentes.
  2. Faire de la contractualisation la méthode centrale de l’aménagement du territoire pour permettre une adaptation des politiques publiques et de leurs ressources aux besoins de chaque territoire.
  3. Libérer l’action des collectivités territoriales par la simplification des normes.

Lutter contre les inégalités territoriales par des mécanismes financiers plus équitables, transparents et simplifiés

  1. Simplifier et rendre plus équitables et transparentes les dotations et subventions aux collectivités territoriales.
  2. Engager une réflexion sur le caractère incitatif de la fiscalité locale en termes d’aménagement du territoire.
  3. Améliorer la transparence et la programmation des finances locales par une loi de financement des collectivités territoriales, comprenant un volet aménagement du territoire.

Faire de la couverture numérique du territoire et de la lutte contre les déserts médicaux les deux priorités

  1. Mettre en œuvre les recommandations du groupe de travail sur l’aménagement numérique du territoire.
  2. Mettre en œuvre les recommandations du groupe de travail relatif à la présence médicale sur l’ensemble du territoire.

Maintenir une présence réelle et adaptée des services publics sur l’ensemble du territoire

  1. Redéployer la présence territoriale de l’État en supprimant les doublons avec les collectivités mais en préservant les territoires fragiles des effets cumulatifs des fermetures de services publics.
  2. Faciliter la mutualisation entre des opérateurs publics et privés pour garantir l’accessibilité aux services de proximité sur tous les territoires.
  3. Maintenir des écoles de proximité, lorsqu’elles sont nécessaires à la cohésion et à la vitalité des territoires.

Assurer sur l’ensemble du territoire l’existence d’infrastructures de qualité

  1. Déterminer les projets de nouvelles infrastructures qui présentent un caractère prioritaire au regard de l’aménagement du territoire, tout en sanctuarisant les dépenses indispensables à l’entretien des réseaux existants.
  2. Prendre en compte l’aménagement du territoire et non la rentabilité économique comme critère principal d’investissement public dans les infrastructures et les réseaux.
  3. Réaliser un bilan consolidé des infrastructures et équipements des collectivités et de l’État et prévoir une programmation pluriannuelle des travaux nécessaires pour leur remise à niveau.

Faire de la transition verte une opportunité pour tous les territoires

  1. Conforter le lien entre aménagement et développement durable en valorisant les atouts de la transition verte dans les territoires (écotourisme, filières d’excellence, circuits courts alimentaires).
  2. Planifier un développement ambitieux des énergies renouvelables, pour en faire une opportunité dans tous les territoires, particulièrement les plus fragiles, en créant des emplois non délocalisables.

Favoriser la localisation des activités et des emplois sur l’ensemble du territoire

  1. Conforter l’attractivité des centres-bourgs par un programme ambitieux de rénovation de l’habitat et des commerces, et le maintien ou l’installation d’équipements essentiels pour l’activité locale.
  2. Proposer des offres de formation réellement adaptées aux besoins des entreprises locales.

Reconstituer une capacité d’ingénierie au service de l’innovation territoriale

  1. S’appuyer sur les nouveaux EPCI pour reconstituer une capacité locale d’ingénierie, et faciliter l’accès aux ressources et conseils de l’État par un guichet unique.
  2. Fusionner l’INET et l’ENA et introduire davantage de fluidité entre les fonctions publiques pour accroître les capacités de management de projets territoriaux.

Défendre le projet territorial français dans l’agenda européen

  1. Exiger un véritable Agenda des territoires auprès de la Commission européenne, distinct de la politique agricole commune, avec des crédits sanctuarisés dans la programmation budgétaire 2021-2027.
  2. Utiliser des mécanismes de délégation de souveraineté pour s’affranchir des négociations intergouvernementales dans la coopération transfrontalière.

 

SOMMAIRE DU RAPPORT DE LA PUBLICATION DU SÉNAT (1, liens)


RÉFÉRENCES
1.
MAUREY Hervé et NICOLAY Louis-Jean de, « Aménagement du territoire : plus que jamais une nécessité », Rapport de la Commission de l’aménagement du territoire et du développement durable du Sénat, n°565, 31 mai 2017. https://www.senat.fr/notice-rapport/2016/r16-565-notice.html

© Marie LAPEIGNE, 9 octobre 2017, 15 heures.

ISSN 2495-1161. Dépôt légal du numérique, BNF 2017.

Géographie. Des cartes pour comprendre le monde (Terminale. Thème 1. Chapitre 1)

Dans le contexte des économies-monde unipolaires successives, du monde bipolaire politique et économique de la Guerre froide, et de la présente multipolarité où les puissances s’exercent dans un monde polycentrique, les cartes représentent une planète organisée autour d’un ou plusieurs pôles. Depuis les premières planches de l’Antiquité, elles ont considérablement évolué et poursuivent sans cesse leur évolution technologique. Aujourd’hui, les centres se répartissent entre plusieurs continents, ce qui complexifie les représentations cartographiques. Les acteurs de la mondialisation sont multiples. De nouvelles rivalités apparaissent. Des débats divers s’instaurent.

Chaque État possède sa propre histoire et sa propre vision du monde qui, de ce fait, devient de plus en plus difficile à comprendre. De par sa nature, la carte est une interprétation du monde. Elle peut aider à décrypter des tendances et des évolutions, même si son discours est souvent incomplet, partial, subjectif. La carte constitue un outil indispensable pour analyser la complexité du monde actuel grâce à des grilles de lecture différenciée. Son utilisation nécessite cependant un regard critique sur la façon de représenter cette complexité.

Carte de Cassini, secteur d’Athis-Mons, XVIIIe siècle.


Problématique

Comment les cartes rendent-elles compte de la complexité du monde actuel ?


Sommaire

I. La carte, un outil nécessaire pour comprendre le monde

A. Faire une carte, c’est faire des chois

B. Rappel sur la méthode de lecture d’une carte

II. Quatre lectures pour comprendre le monde actuel

A. Une lecture géopolitique du monde, entre paix et conflits

B. Une lecture géo-économique du monde, des inégalités caractérisées

C. Une lecture géoculturelle du monde, une uniformisation nuancée

D. Une lecture géo-environnementale d’un monde en souffrance


Conclusion

La combinaison des lectures, à des échelles différentes, est nécessaire afin de comprendre un monde de plus en plus complexe. Les dynamiques économiques et géopolitiques, les défis de l’environnement et du développement durable sont autant d’enjeux auxquels le monde actuel est confronté. Mais les cartes sont des outils subjectifs élaborés par des cartographes qui respectent des règles de présentation. Il faut les manipuler avec précaution car ce ne sont pas des documents neutres. Il est indispensable de s’interroger sur leurs auteurs et leurs motivations avant d’en faire l’analyse. Ainsi, les cartes les plus anciennes ont été commandées par les gouvernants politiques afin de matérialiser leur pouvoir et leur contrôle sur un territoire. Elles ont parfois été de véritables outils de propagande, comme au temps de l’Allemagne nazie. Il faut donc porter une grande attention sur la projection, le centrage et les figurés.


Cours dispensé au lycée Saint-Charles d’Athis-Mons en septembre 2017

Pdf de 5 pages : GTS T1 CH1 CARTES synthese


Références – sources

  1. Ce chapitre ouvrant le programme de géographie de la classe de terminale a été élaboré à partir de nombreuses sources bibliographiques publiées et consultables en bibliothèques-médiathèques ou sur Internet. Citons également pour la partie « cours » : 1/ les cours de Sylvie Monniotte du lycée Saint-Jean (Lectoure) et du lycée Saint-Charles (Athis-Mons), de Stéphanie Yart du lycée Ile-de-France (Villebon-sur-Yvette) que je remercie sincèrement pour son aide précieuse, de Danièle Catala du lycée Guy-Môquet (Chateaubriand), de Florian Nicolas du lycée Pierre-Bourdieu (Fronton), de Jacques El Alami du lycée d’Adultes (Paris), de M. Sizaret du lycée Léonard-de-Vinci (Saint-Witz), M. Buchoux, Mmes Trédez et Vitte du lycée Jean-Baptiste-Corot (Savigny-sur-Orge) ; 2/ les manuels scolaires de géographie, niveau terminale, sous la direction de D. Husken-Ulbrich (Hachette), A. Ciattoni (Hatier), G. Bourel (Hatier), J. Jalta (Magnard), E. Janin (Nathan).
  2. Pour en savoir plus sur l’histoire de la cartographie, voir le site Internet d’Alexandre Nicolas : http://www.le-cartographe.net.
  3. Pour une approche de la cartographie par les projections : http://ddc.arte.tv/nos-cartes/les-cartes-des-autres.
  4. Sur l’écart entre la représentation du monde par des symboles et la représentation du territoire comme image, lire le compte-rendu de l’ouvrage de Gilles A. Tiberghien, Finis terrae : Imaginaires et imaginations cartographiques (2007) par le géographe Hervé Regnauld in « Représente-t-on le monde par des symboles ou par des images ? », EspacesTemps.net, Livres, 2008, https://www.espacestemps.net/articles/represente-t-on-le-monde-par-des-symboles-ou-par-des-images/.

© Mise en ligne pour la rédaction de PEE : Sylvie MONNIOTTE-MÉRIGOT, 2 septembre 2017, 20 heures. Mise à jour le 8 octobre 2017, 17 heures.

ISSN 2495-1161. Dépôt légal du numérique, BNF 2017.
http://portes-essonne-environnement.fr

Transition énergétique. Les inégalités territoriales de l’énergie éolienne en France

L’implantation de parcs d’éoliennes s’inscrit à la fois dans une politique et dans une réalité qui chacune est double :

  • une politique nationale et internationale d’indépendance énergétique,
  • et une politique locale d’acceptabilité des nuisances,
  • une réalité qui est visible dans le paysage,
  • et une réalité économique (fabrication, installation, maintenance) qui détermine des emplois locaux.

Tous les territoires français ne sont pas égaux face aux ressources du vent, ni en capacité à développer de telles activités. Il y a ceux qui voudraient bien et qui ne peuvent pas. Et ceux qui pourraient et sont réservés ou divisés à l’égard de la construction de parcs éoliens.

Deux questions sont liées :

  • Où l’éolien ne peut-il pas s’implanter en France ?
  • Où peut-il s’implanter ?
  • Où est-il implanté ?
  • Où va-t-il s’implanter demain ?

Parc éolien de Bouin (Vendée). © Photographie Bernard Mérigot/CAD pour PEE, 2017.

Il convient d’apporter deux précisions.

La transition énergétique a pour but de préparer l’après-pétrole en instaurant un modèle énergétique durable qui soit en mesure :

  • de palier l’épuisement des ressources,
  • de répondre aux impératifs de la protection de l’environnement,
  • de faire face à l’approvisionnement en énergie,
  • d’assurer une maîtrise de l’évolution des prix de l’énergie.

La loi du 17 août 2015 relative à la transition énergétique pour la croissance verte vise à permettre à la France :

  • de lutter contre le dérèglement climatique,
  • de renforcer son indépendance énergétique,
  • d’équilibrer ses différentes sources d’approvisionnement.

Implantation des éoliennes en France en 2015. (Carte 1)

La filière de l’éolien terrestre française se plaçait fin 2016 au 4e rang européen et au 7e rang mondial pour la puissance installée. La puissance du parc éolien français atteint 12 GigaWatts et représente 4,1 % de la consommation électrique française.

Elle génère aujourd’hui près de 15 000 emplois en France. Ces emplois sont liés principalement aux activités de développement, de fabrication, d’installation sur site, de maintenance et d’exploitation.

Implantation des éoliennes en France par département. (Carte 2)

Zones favorables à l’implantation d’éoliennes en France. (Carte 3)

Le contexte d’évolution de la puissance installée est le suivant :

  • 2011 : 5 000 MW
  • 2016 : 12 500 MW
  • 2021 : 20 000 MW

Les implantations créent une tension territoriale évidente. Il semble difficile  d’envisager une progression plus forte.

Évolution du parc éolien en France 2009-2023 (Carte 4)

RÉFÉRENCES

Ministère de la Transition écologique et solidaire, Commissariat général du développement durable, Vers une vision prospective des enjeux de l’éolien en France, juillet 2017. ISSN 2552-2272
https://www.ecologique-solidaire.gouv.fr/sites/default/files/Thema_Vision_Metiers_Eolien_Terrestre.pdf

CARTES

1. Implantations d’éoliennes en France en 2015. « Carte des entreprises Windustry France (2015) » in Ministère de la Transition écologique et solidaire, Commissariat général du développement durable, Vers une vision prospective des enjeux de l’éolien en France, juillet 2017, p. 12. ISSN 2552-2272
https://www.ecologique-solidaire.gouv.fr/sites/default/files/Thema_Vision_Metiers_Eolien_Terrestre.pdf

2. Implantation des éoliennes en France par département. « Puissance éolienne totale raccordée par département en 2017 », Source : SDES d’après ENEDIS, RTE, EDF-SEI, CRE et les principales ELD, in Ministère de la Transition écologique et solidaire, Commissariat général du développement durable, Vers une vision prospective des enjeux de l’éolien en France, juillet 2017, p. 16. ISSN 2552-2272
https://www.ecologique-solidaire.gouv.fr/sites/default/files/Thema_Vision_Metiers_Eolien_Terrestre.pdf

3. Zones favorables à l’implantation d’éoliennes en France. http://tpeeoliennefoucauld20092010.wifeo.com/2-conditions-dimplantation-des-eoliennes.php

4. Évolution du parc éolien en France 2009-2023 in Ministère de la Transition écologique et solidaire, Commissariat général du développement durable, Versune vision prospective des enjeux de l’éolien en France, juillet 2017, p. 12. ISSN 2552-2272
https://www.ecologique-solidaire.gouv.fr/sites/default/files/Thema_Vision_Metiers_Eolien_Terrestre.pdf

© Bernard MÉRIGOT, 22 août 2017, 10 h 45.

ISSN 2495-1161. Dépôt légal du numérique, BNF 2017.
http://portes-essonne-environnement.fr