Archives de l’auteur : Sylvie MONNIOTTE-MÉRIGOT

Vœux de PEE pour 2020

Le Conseil d’orientation de Portes de l’Essonne Environnement
vous adresse ses meilleurs vœux pour l’année 2020.

RÉFÉRENCE
© Crédit photographique BM/CAD pour PEE, « Héron au parc de Savigny-sur-Orge Morsang-sur-Orge », 20 août 2019.

Portes de l’Essonne Environnement
 http://portes-essonne-environnement.fr
 Média numérique
 ISSN 2495-1161. Dépôt légal du numérique, BNF 2020

Quatre vœux pour 2020 : démocratie, environnement, égalités, intersectionnalité

Le média numérique Portes de l’Essonne Environnement (ISSN 2495-1161), publié sur le site http://portes-essonne-environnement.fr, est supporté par une structure associative et contributive, Porte de l’Essonne Environnement (PEE). Son Conseil d’orientation adresse ses remerciements à l’intention de tous ses lecteurs et de toutes ses lectrices qui suivent ses publications depuis la création du site en 2014.
En ce mois de janvier 2020, il leur adresse ses vœux les plus sincères.

Portes de l’Essonne Environnement

 

Dialogue global est le titre de la revue de l’Association internationale de Sociologie (International Sociological Association, ISA). « Dialogue global » constitue un impératif auquel tous les esprits progressistes ne peuvent que souscrire.

SOMMAIRE

  1. Les 4 voeux
  2. Document
  3. Exemples de conflits environnementaux et sociaux de demain
  4. Note sur l’intersectionnalité
  5. Légendes des illustrations de l’article
  6. Commentaires

I. LES 4 VOEUX

  • Une démocratie véritable
  • Un environnement enfin respecté
  • Un respect généralisé de l’égalité
  • Une dénonciation des effets des intersectionnalités (1)

Tels sont les quatre vœux que nous formulons pour cette nouvelle année 2020. Ce n’est pas un hasard s’ils concernent dans leur ensemble les quatre défis pour le XXIe siècle proposés par l’Association internationale de Sociologie qui organise en juillet 2020 à Porto Alegre son prochain congrès. Celui-ci se produit dans un contexte français, européen et mondial difficile, un monde rempli de dangers pour les générations qui habitent la Terre.


« Danger de mort ». Plaque de mise en garde de la SNCF taguée, 26 octobre 2019. © Photographie BM pour PEE.

 

Commentaire de l’illustration.
« Danger de mort » : les tags recouvrent la ville et cachent les interdictions.  Comment se fait-il que l’on ne rencontre jamais de panneaux  « Danger de vie » ? Peut-être parce que la vie, individuelle et collective, n’aime pas les interdictions. Pourtant les dangers se multiplient : réchauffement climatique, pesticides, perturbateurs endocriniens, discriminations, féminicides, diminution des retraites et des pouvoirs d’achat, absence de démocratie participative, discrédit des pouvoirs politiques… Et, dans dans une indifférence grandissante, venant d’au-delà des mers, des hommes, des femmes et des enfants continuent de franchir les frontières au péril de leur vie.


Il n’existe pas de gouvernance mondiale en mesure de résoudre les problèmes du monde.

« L’espoir d’une démocratie mondiale capable de s’attaquer aux trois problèmes mondiaux majeurs que sont le changement climatique, les migrations et les inégalités croissantes s’est aujourd’hui évanoui », tel est le constat réaliste que formule l’organe international représentatif des sociologues universitaires. Cela veut dire qu’aujourd’hui, l’analyse des pratiques politiques des différents États ne permet plus de croire qu’il existe une gouvernance mondiale en mesure de prendre en charge et de résoudre les problèmes du monde.

Le constat est alarmant. Il ne provient ni d’une analyse d’instances politiques, ni de celles de contre-pouvoirs partisans, mais d’une expertise scientifique indépendante développée par l’Association internationale de Sociologie (International Sociological Association, ISA). Ayant un statut d’ONG auprès de l’UNESCO, l’ISA regroupe 70 associations du monde entier et compte plus  8 000 sociologues universitaires appartenant à plus 72 pays. Ceux-ci ont choisi comme thème pour leur prochain congrès, en juillet 2020 à Porto Alegre (Brésil), de se pencher sur les quatre défis majeurs auxquels le monde est aujourd’hui confronté : la démocratie, l’environnement, l’immigration, l’intersectionnalité.

Leur analyse nous concerne pour une raison simple. Nous ne pouvons pas nous intéresser à un territoire (Portes de l’Essonne, Grand Orly Seine Bièvre, Métropole du Grand Paris) sans porter en même temps une attention particulière aux autres territoires qui nous entourent, et auxquels nous sommes confrontés. Le monde n’est pas seulement à notre porte : nous sommes le monde et le monde est en nous.

Tel est le message que nous adresse la communauté mondiale des sociologues. on lira ci-dessous en Document, leur message.


2. DOCUMENT

DÉMOCRATIE, ENVIRONNEMENT,
INÉGALITÉS, INTERSECTIONNALITÉ
Les quatre défis du XXIe siècle au programme du
Forum de l’Association internationale de Sociologie
de Porto Alegre (Brésil), du 14 au 18 juillet 2020

2000-2020 : vingt ans après le début du XXIe siècle, l’optimisme du millénaire s’est estompé et les défis auxquels nous sommes confrontés pour vivre ensemble sur une planète limitée sont encore plus urgents.

1. Démocratie
2. Environnement
3. Égalités
4. Intersectionnalités
5. Quels conflits environnementaux pour demain ?

1. DÉMOCRATIE

Alors que l’expansion et l’approfondissement de la démocratisation étaient tenus pour acquis au tournant du millénaire, la démocratie est en jeu dans un nombre croissant de pays, tandis que son élément clé constitué par la diversité et le respect égal pour tous les citoyens, est menacé.

L’espoir d’une démocratie mondiale qui soit capable de s’attaquer aux trois problèmes mondiaux majeurs s’est évanoui :

    • le changement climatique,
    • les migrations,
    • les inégalités croissantes.

Il est maintenant devenu clair que, pour faire face aux défis mondiaux, la démocratie doit être réinventée au sein et au-delà du système représentatif.

2. ENVIRONNEMENT

La crise environnementale et le changement climatique sont désormais une réalité préoccupante. Comment pouvons-nous vivre ensemble sur une planète limitée ? La terre et la nourriture sont redevenues des objets de lutte majeurs. Les conflits environnementaux et socio-territoriaux se sont multipliés contre les industries extractives. Quels sont les acteurs qui apportent des solutions innovantes pour faire prospérer nos sociétés à l’intérieur des frontières planétaires ? Comment la crise environnementale mondiale nous conduit-elle à la fois :

– à repenser notre monde ?
– à repenser les disciplines elles-mêmes qui étudient le monde, comme la sociologie et les sciences humaines et sociales ?

3. INÉGALITÉS

Les inégalités ont considérablement augmenté depuis le début du millénaire. Nous pouvons désormais compter vingt-six personnes qui possèdent plus de richesses que la moitié la plus pauvre de l’humanité. Ce niveau d’inégalité est une menace majeure pour la démocratie et l’écologie. Les inégalités affectent particulièrement les populations marginalisées et les femmes dans leur vie professionnelle, publique et privée.

4. INTERSECTIONNALITÉ

L’intersectionnalité est devenue un thème majeur dans les conférences de l’International Sociological Association (ISA) depuis 2000, au cours des vingt dernières années. Surmonter les discriminations économiques, raciales, coloniales et sexistes durables et interconnectées, et la violence qui les entretient, est un autre défi majeur de notre époque. La prise de conscience croissante de l’intersectionnalité est à la fois le résultat et le déclencheur de la montée des acteurs et des mouvements subalternes. Des communautés autochtones, des minorités, des féministes et des petites formes d’agriculture résistent à l’injustice en combinant pratiques, luttes sociales et visions du monde alternatives.

5. QUELS CONFLITS ENVIRONNEMENTAUX ET SOCIAUX POUR DEMAIN ?

Le Forum de l’Association internationale de Sociologie l’International Sociological Association (ISA), qui se réunit en juillet 2020 à Porto Alegre (Brésil), s’est donné pour tâche de fournir des analyses répondant à ces quatre défis mondiaux, en accordant une attention particulière à leurs interconnexions et aux solutions possibles.  Nous utiliserons ce forum pour demander comment la sociologie et les sciences sociales ont relevé ces quatre défis mondiaux et comment elles ont été transformées elles-mêmes par eux.
•   Quels sont les apports des acteurs et des épistémologies du Sud ?
•   Quelles sont les nouvelles tendances de la sociologie mondiale qui permettent des analyses innovantes répondant à ces défis ?
•   Quels sont les obstacles auxquels nous sommes confrontés pour résoudre ces problèmes ?
•   Comment affronter nos problèmes communs à l’ère de la mondialisation ?

De quelle manière les acteurs et les mouvements, tant progressistes que conservateurs, abordent-ils ces défis ? Dans quelles perspectives conflictuelles ?

Geoffrey PLEYERS
Vice-président de l’ISA chargé de la recherche

RÉFÉRENCES DU DOCUMENT

PLEYERS Geoffrey, « Les défis du XXIe siècle : démocratie, environnement, inégalités, intersectionnalité », IVe Forum ISA de sociologie, Porto Alegre, Brésil, 14-18 juillet 2020.
PLEYERS Geoffrey, « Challenges of the 21st Century : Democracy, Environment, Inequalities, Intersectionality », IV ISA Forum of Sociology, Porto Alegre, Brazil, July 14-18, 2020. https://www.isa-sociology.org/en/conferences/forum/porto-alegre-2020


3. EXEMPLES LOCAUX DE CONFLITS ENVIRONNEMENTAUX ET SOCIAUX DE DEMAIN

Au niveau local, les plans locaux d’urbanisme (PLU) décidés par les communes et les intercommunalités, qui autorisent par exemple la démolition de pavillons (dans le cas présent, des années de la fin du XIXe/début du XXe, et la disparition de leurs jardins et de leurs arbres) pour être remplacés par des immeubles avec leurs parkings, font partie d’un secteur de décisions qui échappent à ce jour à une réelle démocratie participative, maintenant à distance les habitants et les usagers actuels des territoires concernés. L’urbanisation croissante et la densification de l’habitat existant font partie des conflits environnementaux et sociaux de demain.

Annonce de démolition d’un pavillon devant être remplacé par un immeuble, rue Albert 1er / rue Chamberlin / avenue Carnot à Savigny-sur-Orge (Essonne). © Photographie BM pour PEE, 4 décembre 2019.

Commentaire de l’illustration.

Dans cet exemple, trois panneaux d’information de délivrance des permis de construire annoncent la construction d’un immeuble de 30 appartements (1 580 m2 construits). Il se situe dans un secteur subissant déjà de fortes contraintes urbanistiques et des bouchons de véhicules automobiles liés aux déplacements « pendulaires » (Une fois le matin, et une fois en fin de journée, du lundi au vendredi, durant les périodes scolaires), causés par les entrées et sorties des élèves de l’école du Sacré-Cœur, rue Chamberlin. Aucune municipalité n’a été en mesure à ce jour de les résoudre.
Un nouvel immeuble induit des nuisances permanentes. Les 30 appartements nouveaux amèneront environ 120 personnes et le stationnement permanent de 60 véhicules automobiles supplémentaires (2 véhicules par logement).
Il induit des nuisances intenses dans un temps limité. La période du chantier de construction – dont la durée et la conduite sont la plupart du temps insuffisamment maîtrisées – provoquera d’importantes nuisances du fait de la circulation d’innombrables véhicules pour les travaux.
Dans une ville, tout le monde cohabite avec tout le monde. La construction projetée aggravera de la situation, à la fois pendant les travaux, pour les riverains et pour les usagers, et de façon durable pour demain.

 

« Ici prochainement. La Villa Carnot ». Panneau d’annonce de construction d’un immeuble au carrefour rue Albert 1er / rue Chamberlin / avenue Carnot à Savigny-sur-Orge (Essonne), 30 décembre 2019 © Photographie BM pour PEE.

Commentaire de l’illustration

La délivrance des permis de construire par les communes est une pratique singulière qui est généralement conduite vis-à-vis des riverains et des usagers des villes par les élus et les administrations avec « une extrême  discrétion », voire dans une sorte de « secret défense »,  qui sont deux composantes de la « politique du fait accompli ». Pour quelles raisons profondes une municipalité délivre-t-elle, pour une même parcelle, un permis de démolir pour un pavillon existant (datant de la fin du XIXe/début du XXe siècle), et un permis de construire pour un immeuble ? Ces deux décisions doivent être interrogées : elles se situent, en cette année 2019, ou elles se produisent, dans un contexte de densification urbaine du quartier de la gare du RER de Savigny-sur-Orge. Elles résultent d’un effet paradoxal – c’est-à-dire incompréhensible – de la rénovation urbaine d’un autre quartier de la commune, le quartier de Grand-Vaux, où une rénovation urbaine en cours (ANRU), provoque la démolition de nombreux logements existants et à terme une baisse des logements sociaux de ce quartier : constructions de nouveaux logements d’un côté, démolition de logements sociaux existants d’un autre côté.

CONCLUSION

Une ville est un organisme vivant qui agrège de façon visible des milliers de vies individuelles complexes qui sont, pour leur majeure partie, invisibles les unes vis-à-vis des autres, chacune possédant un environnement et une histoire qui lui est propre. Une amélioration future hypothétique (AFH) peut-elle être compensée par une dégradation présente certaine (DPC) ? Rien n’est moins sûr. La perte de la qualité de vie offerte par des quartiers pavillonnaires (avec ses espaces non construits, ses arbres, sa faune et sa flore, sa qualité de l’air, son réchauffement climatique limité, son régime de retour des eaux pluviales vers les nappes phréatiques …) ne peut en aucun cas être compensée, pour ce même territoire, par celle offerte par des immeubles. La vie individuelle ignore les « compensations » imposées. Elles sont contraires à  l’écologie intégrale qui s’impose à nous.


4. NOTE SUR L’INTERSECTIONNALITÉ
La notion d’intersectionnalité est une notion relativement récente en sciences sociales. Elle nécessite d’être précisée.

L’intersectionnalité (intersectionality en anglais) est un concept utilisé en sociologie et en sciences sociales. Elle qualifie la situation de personnes qui subissent simultanément plusieurs formes de domination ou de discrimination dans une société. Le terme a été proposé en 1989 par l’américaine Kimberlé CRENSHAW (née en 1959), docteur en droit, avocate, professeur à l’Université de Californie, pour analyser les effets cumulés visant les femmes noires américaines : à savoir l’intersection du sexisme (être une femme) et du racisme (être noire).

Par exemple, en 2019, les critiques médiatiques adressées à Greta THUNBERG (née en 2003), militante contre le réchauffement climatique qui dénonce l’inaction des gouvernements, relèvent de l’intersectionnalité : elles visent à la fois son engagement écologiste, son appartenance au sexe féminin, sa jeunesse, voire sa nationalité suédoise ou sa personnalité.

L’intersectionnalité étudie les liens de domination et de discrimination (genre, race, classe sociale, orientation sexuelle, engagement politique…) qui se nouent. Elle analyse les rapports sociaux, à la fois au niveau macro-sociologique et au niveau micro-sociologique :

  • macro-sociologique, en analysant les systèmes de pouvoir expliquent le maintien des inégalités et leur développement,
  • micro-sociologique, en analysant la nature et les effets des systèmes d’inégalités complexes dans les trajectoires individuelles.

La recherche en matière d’intersectionnalité envisage différentes orientations comme l’approfondissement des notions de pouvoir, et la prise en compte des notions de capital (capital économique, de capital social, de capital naturel).

5. LÉGENDES DES ILLUSTRATIONS DE L’ARTICLE

  • Dialogue global est le titre de la revue de l’Association internationale de Sociologie (International Sociological Association, ISA). Il constitue un projet auquel tous les esprits progressistes ne peuvent que souscrire.
  • « Danger de mort ». Plaque de mise en garde de la SNCF taguée, 26 octobre 2019. © Photographie BM pour PEE.
  • Challenges of the 21st Century : Democracy, Environment, inequalities, Intersectionelity, IV ISA Forum of Sociology, July 14-18 2020, Porto Alegre, Brazil. © International Sociological Association/ISA.
  • Annonce de démolition d’un pavillon devant être remplacé par un immeuble, rue Albert 1er / rue Chamberlin / avenue Carnot à Savigny-sur-Orge (Essonne). © Photographie BM pour PEE, 4 décembre 2019.
  • « Ici prochainement. La Villa Carnot ». Panneau d’annonce de construction d’un immeuble au carrefour rue Albert 1er / rue Chamberlin / avenue Carnot à Savigny-sur-Orge (Essonne), 30 décembre 2019 © Photographie BM pour PEE.  

6. COMMENTAIRES

COMMENTAIRE du 3 janvier 2020
Un cinquième vœux : le décolonialisme

Dans votre article – très intéressant à plus d’un titre – vous soulevez un grave problème qui se pose chaque fois que l’on considère la façon dont les pouvoirs politiques modifient un environnement existant (naturel, urbain…) dans lequel des habitants vivent, en le démolissant purement et simplement pour le remplacer par un nouvel environnement (artificiel, densifié…).

Cette opération est effectuée par les autorités selon deux temporalités :

  • dans un contexte général (le Plan Local d’Urbanisme, le PLU, qu’il soit communal, intercommunal, métropolitain…),
  • dans un contexte particulier, concernant des décisions ponctuelles, avec souvent leurs lots « magnifiques et surprenantes dérogations » (hauteur des immeubles, dépassement des surfaces construites, manque de places de stationnement, voire autorisation de construction sur le domaine public lorsque par exemple des balcons privés le surplombent …).

Dans le cas des autorisations particulières, lorsque celles-ci portent sur un dossier précis (pour un permis de construire) celles-ci sont données :

  • avec une absence de transparence (rétention d’informations, confidentialité, secret…) entourant les décisions publiques d’attribution des permis de démolir, des permis de construire
  • avec un argumentaire fondé sur les seuls avantages que présente « ce qui est à venir » au détriment de « ce qui existe ». Les avantages sont toujours optimisés et les inconvénients sont, soit minimisés, soit tout simplement oubliés. Toute pensée autre est immédiatement réfutée et reléguée comme une position rétrograde. N’oublions pas que c’est par cette surdité et cet aveuglement que la France a détruit les haies de ses campagnes avec les graves conséquences sur la biodiversité des espèces végétales et animales, le régime des vents, l’aggravation des inondations…

Entre les élus municipaux, les élus intercommunaux, les fonctionnaires territoriaux, les propriétaires et les promoteurs, existe une « sympathique convivialité » fondée sur des intérêts communs : la construction d’un immeuble à la place d’un pavillon génère de nouveaux impôts fonciers, donc des recettes pour les collectivités. Elle génère aussi des dépenses, mais on n’en parle jamais.

Résumons :

  • D’un coté, ceux qui décident : les pouvoirs, les administrations, les maires, les promoteurs, les urbanistes…
  • De l’autre côté, ceux qui subissent leurs décisions : les riverains, les habitants, les usagers des territoires…

On s’aperçoit tout de suite qu’il y a une dépossession territoriale de ceux qui vivent la ville dans la mesure où, à aucun moment, les décisions de modification de l’environnement ne font l’objet d’une réelle démocratie participative de nature à ouvrir un espace permettant de formuler des consensus collectifs explicites.

« Le sol cède sous les pieds »

Cette situation est bien décrite par Bruno LATOUR qui écrit :

« L’impression de vertige, presque de panique, qui traverse toute la politique contemporaine, vient de ce que le sol cède sous les pieds de tout le monde à la fois, comme si on se sentait attaqué partout dans ses habitudes et dans ses biens. » (p. 17) Il précise : « C’est une question d’attachement, de mode de vie que l’on est en train de nous arracher, de sol, de propriété qui cèdent sous nos pas. » (p.18)

Le constat qu’il fait est simple :

« Personne n’est plus chez soi. Tout et ouvert. Il faudra vivre dehors, sans aucune protection, balloté par tous les vents, mélangé à tout le monde, se battre pour tout, ne plus avoir aucune garantie, se déplacer sans cesse, perde toute identité, tout confort. » (p. 20). Il lance cette interrogation : « Qui peut vivre ainsi ? »

Son analyse est que nous sommes en présence d’une nouvelle universalité. Lorsqu’il dit « sentir que le sol est en train de céder. » (p. 19), il ne s’agit pas d’une métaphore, d’un retour dialectique – ce que les médias seraient tentés de qualifier de « retour de manivelle » (Mais qui sait aujourd’hui ce que c’est ?) et qui pourrait s’énoncer en ces termes : le pouvoir qui dépossède est à son tour, dépossédé.

« Vous avez perdu votre territoire ? Nous vous l’avons pris. Apprenez que nous sommes en train de le perdre à notre tour… » (p. 17)

Autrement dit : Nous sommes des voleurs, mais nous sommes nous-mêmes, à notre tour, victimes de voleurs : ce sont les autres qui sont des voleurs ! Ainsi tentent cyniquement de se justifier ceux qui portent atteinte à la biodiversité et qui commettent les effets pernicieux sur le réchauffement climatique qui en découlent.

La désobéissance civile

Alors, comment penser la situation présente ? Et que faire ? Pour résister à cette colonisation, il existe une condition qui doit être remplie préalablement : celle de l’exercice d’une désobéissance épistémique, c’est-à-dire d’un abandon de l’obéissance de pensée. Rien de compliqué. Rappelons-nous l’idée novatrice de désobéissance civile, la Civil Disobedience défendue par l’américain Henry THOREAU (1817-1962). Il la définissait en 1849 comme « le refus assumé et public de se soumettre à une loi, à un règlement, à une organisation ou à un pouvoir jugé inique par ceux qui les subissent ». Alors que la désobéissance classique oppose deux formes de violence, la désobéissance civile est un refus non violent de participer aux mesures prises par un pouvoir illégitime.

La résistance à des lois injustes a existé dans le droit romain : c’est la jus resistendi, le droit à la résistance que LA BOÉTIE a repris au XVIe siècle dans le Discours de la servitude volontaire : le pouvoir d’un État repose entièrement sur la coopération de la population. Ainsi, dès l’instant où la population refuse d’obéir, l’État n’a plus de pouvoir.

A l’évidence nous sommes dans une logique marquée par le colonialisme. La réponse à lui apporter est celle du décolonialisme.

Le décolonialisme est donc le 5e vœu.

Et merci encore pour l’article et le document qui sont très intéressants.

LATOUR Bruno, Où atterrir ? Comment s’orienter en politique ? La Découverte, 2017, 156 p.

MAESSCHLCK Marc, « La désobéissance épistémique comme « contre-poétique » décoloniale » in MIGNOLO Walter D, La désobéissance épistémique. Rhétorique de la modernité, logique de la colonialité et grammaire de la décolonialité, PIE Peter Lang, 2015.


© Sylvie MONNIOTTE-MÉRIGOT et Bernard MÉRIGOT, le Conseil d’orientation de PEE. Article mis en ligne le 1er janvier 2020.

Portes de l’Essonne Environnement
http://portes-essonne-environnement.fr
Média numérique
ISSN 2495-1161. Dépôt légal du numérique, BNF 2020.

Savigny-sur-Orge. École Ferdinand-Buisson : conserver la mémoire des instituteurs morts à la guerre 1914-1918

« Avant destruction complète de la vieille école …» peut-on lire sur un tract annonçant l’exposition Mémoire d’école qui se tient à l’école Ferdinand-Buisson de Savigny-sur-Orge (Essonne) le samedi 22 juin 2019. (1) Le mot est précis. On pourrait le juger excessif. En fait, il exprime le ressenti des usagers actuels de l’école face au projet de la municipalité qui consiste, en plusieurs phases, à démolir entre 2019 et 2022 la totalité des bâtiments du site, et à construire à la place un nouvel ensemble scolaire (école élémentaire  et école maternelle). Il ne subsistera rien des locaux actuels. La disparition est imminente, les travaux de démolition commençant dès juillet 2019.

Atelier d’écriture avec porte plume et encre violette organisé dans le cadre de l’exposition Mémoire d’école par l’école Ferdinand-Buisson de Savigny-sur-Orge (Essonne) le samedi 22 juin 2019. © Photographie Bernard Mérigot / CAD pour PEE.

L’exposition « Mémoire d’école » présentée par Françoise JEANPIERRE (école Ferdinand-Buisson) et Laetitia BRETEMIEUX (service des Archives et de la Documentation de la Mairie de Savigny-sur-Orge) est parcourue par une émotion qui tient au fait que les lieux n’existeront bientôt plus. Elle est l’ultime manifestation pour présenter in situ l’histoire de bâtiments dédiés depuis 1883 à la transmission de connaissances et au « transfert d’éducation » effectués par des générations d’enseignants auprès de générations d’élèves. Ce sont des lieux encore « habités ». D’autres locaux les remplaceront, mais ce ne sera plus la même chose.

Mémoire d’école. Tract de l’exposition organisée le samedi 22 juin 2019 à l’École Ferdinand-Buisson à Savigny-sur-Orge (Essonne). Format 21 x 14,8 cm. Collection CAD.

On peut lire sur le tract : « Visite de l’École Ferdinand Buisson avant destruction complète de la vieille école pendant l’été 2019 pour laisser place au projet municipal de nouvelle structure scolaire et périscolaire. Que vous soyez nostalgique de vieilles pierres, simple curieux ou que vous vouliez revoir une dernière fois l’école de votre enfance, venez découvrir l’exposition Mémoire d’école organisée par le service des Archives municipales et l’école ».


Deux plaques commémorant la guerre de 1914-1919. École Ferdinand-Buisson de Savigny-sur-Orge (Essonne), 22 juin 2019. Photographie BM/CAD pour PEE.

Toutes les écoles de la première moitié du XXe siècle ont été traversées par les guerres. Celles de Savigny-sur-Orge l’ont été. Les murs de Ferdinand-Buisson en portent témoignage aujourd’hui. La mémoire habite encore les salles de classe, les couloirs, les préaux, les cours de récréation. Puisque rien ne subsistera demain, c’est le bon moment de se préoccuper de la préservation de ce qui est scellé dans ces murs. Comme ces deux plaques de Ferdinand-Buisson. La première est gravée « A la mémoire de MARTIN Marcel, SCORNEC Maurice, SEGUEU Auguste, anciens élèves de cette école. Membres de (…) Conseil de la Société populaire de Savigny-sur-Orge, morts au Champ d’honneur ». La seconde est un panneau composé de carreaux sur laquelle on lit : « Aux instituteurs de Seine et Oise, aux enfants de la commune morts pour la Patrie, le Département, 1914-1918 ».

Buste en bronze d’un soldat de 1914-1918 et plaque de marbre blanc portant les noms des morts de la Grande guerre. École Ferdinand-Buisson de Savigny-sur-Orge (Essonne), 22 juin 2019. Photographie BM/CAD pour PEE.

Sur le mur qui fait face aux deux premières plaques, un buste en bronze d’un soldat de 1914-1918 surmontant une plaque de marbre blanc portant les noms des morts de la Grande guerre. « A la mémoire glorieuse des enfants de Savigny-sur-Orge morts pour la France 1914-1915. Ils ont bien mérité de la patrie». (2)

Ces quatre objets patrimoniaux (trois plaques et un buste en bronze) doivent-être conservés. La plus grande attention doit leur être portée :

  • traitement et conservation de ces quatre objets mémoriels sans les séparer,
  • dépose avec soin, selon les règles de l’art, par des spécialistes,
  • entrepose dans des conditions assurant leur sécurité,
  • repose et scellement à nouveau sur les murs d’une même salle, se faisant face, dans le nouveau bâtiment.

Ils constituent depuis un siècle le prolongement de l’existence de ceux qui ont habité le lieu que nous habitons nous même aujourd’hui. Ils sont le témoignage de notre participation à la Grande guerre. Ils sont la mémoire de nos ancêtres résidentiels communs. Ne pas les reposer dans la même configuration – autrement dit les séparer – constituerait un sacrilège mémoriel.


Quels sont les clivages mémoriels dans les écoles et les lycées ? Ceux qui reviennent des combats en 1918, qu’ils soient blessés ou non, sont marqués par ces quatre années. En reprenant leur vie d’avant et leur activité professionnelle, ils constatent les places vides laissées par les morts, leurs collègues de travail, leurs camarades d’école. L’historien Emmanuel SAINT-FUSCIEN observe que la Grande Guerre occupe dans un premier temps une place « glorieuse et héroïque ».  Il note qu’a la fin des années 1920, « le changement de génération scolaire rend plus difficile la prise en charge du deuil et des souffrances ainsi que la permanence de certaines valeurs guerrières. » Pour lui, un clivage mémoriel s’opère au tournant de 1920/1930 au sein des mondes scolaires. (3)

La mémoire collective est faite d’une série d’allers-retours. La disparition des derniers soldats de la guerre (ceux qui étaient nés en 1894 avaient 20 ans en 1914 et sont devenus centenaires en 1994) constitue un de ces clivages mémoriels. La disparition annoncée des bâtiments historiques de l’école Ferdinand-Buisson de Savigny-sur-Orge, qui porte scellés dans ses murs des objets de mémoire (plaques commémoratives, statue en bronze d’un soldat, noms de morts…) constitue une épreuve. La préservation et la réinstallation de ces objets de mémoire dans les nouveaux bâtiments de l’école constitueront un nouvel épisode de la transition mémorielle, modalité nouvelle de la transmission.


RÉFÉRENCES

1. « L’École Ferdinand Buisson. A travers le temps », Le Mag, Savigny-sur-Orge, Magazine municipal d’information, n° 6, mai 2019, p. 12.
2. COMMUNE DE SAVIGNY-SUR-ORGE, « Les écoles d’autrefois », Journées européennes du patrimoine, La mémoire de Savigny-sur-Orge, n° 13, septembre 2006, 12 p.
3. SAINT-FUSCIEN Emmanuel , « Sortir de la guerre pour revenir dans la classe ? L’impact de la guerre sur les pratiques enseignantes au prisme du cas Delvert (1906-1939) », Histoire de l’éducation, n° 139, 2013, p. 51-72. URL : http://journals.openedition.org/histoire-education/2717 ; DOI : 10.4000/histoire-education.2717.


LÉGENDES DES ILLUSTRATIONS

  • Atelier d’écriture avec porte plume et encre violette organisé dans le cadre de l’exposition Mémoire d’école par l’école Ferdinand-Buisson de Savigny-sur-Orge (Essonne) le samedi 22 juin 2019. © Photographie Bernard Mérigot / CAD pour PEE.
  • Deux plaques commémorant la guerre de 1914-1919. École Ferdinand-Buisson de Savigny-sur-Orge (Essonne).
    « A la mémoire de MARTIN Marcel, SCORNEC Maurice, SEGUEU Auguste, anciens élèves de cette école. Membres de (…) Conseil de la Société populaire de Savigny-sur-Orge, morts au Champ d’honneur ».
    « Aux instituteurs de Seine et Oise, aux enfants de la commune morts pour la Patrie, le Département, 1914-1918 ».
    22 juin 2019. © Photographie BM/CAD pour PEE.
  • Buste en bronze d’un soldat de 1914-1918 et plaque de marbre blanc portant les noms des morts de la Grande guerre. École Ferdinand-Buisson de Savigny-sur-Orge (Essonne), 22 juin 2019. Photographie BM/CAD pour PEE.
  • Mémoire d’école. Tract de l’exposition organisée le samedi 22 juin 2019 à l’école Ferdinand- Buisson à Savigny-sur-Orge (Essonne). Format 21 x 14,8 cm. Collection CAD.

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RÉFÉRENCE
COMMUNE DE SAVIGNY-SUR-ORGE, « Les écoles d’autrefois », Journées européennes du patrimoine, La mémoire de Savigny-sur-Orge, n°13, septembre 2006, 12 p. : http://www.savigny-avenir.fr/2006/09/01/les-ecoles-dautrefois/


© Sylvie MONNIOTTE-MÉRIGOT et Bernard MÉRIGOT. Article mis en ligne le 25 juin 2019, 10h45.

Portes de l’Essonne Environnement
http://portes-essonne-environnement.fr
Média numérique
ISSN 2495-1161. Dépôt légal du numérique, BNF 2019.

L’intelligence territoriale est une nécessité démocratique

Comment produire des connaissances sur la compréhension des structures et des dynamiques territoriales ?

Le Réseau de recherche-action sur l’intelligence territoriale a tenu sa 17e Conférence Internationale à l’Université de Salerne (Italie) les 23 et 24 octobre 2018. Son thème, qui portait sur l’intelligence collective et les territoires innovants était consacré à « Transitions, changements culturels et inégalités ».

Quel rapport y a-t-il entre un congrès international de recherche en sciences humaines et sociales  et les problèmes des territoires concrets dans lesquels nous habitons ou bien nous travaillons ? En quoi ce que disent des chercheurs et des universitaires qui se réunissent à Saragosse, en Italie, peut concerner, par exemple, nos communes de l’Essonne (Athis-Mons, Viry-Châtillon, Juvisy-sur-Orge, Savigny-sur-Orge…), dans laquelle nous habitons ou bien nous travaillons ?

« Intelligence collective et territoires innovants. Transitions, changements culturels et inégalités (Collective Intelligence and Innovative Territories. Transitions, Cultural Changes and Inequalities) , 17e Conférence internationale », organisée par l’ International Network of Territorial Intelligence (INTI), Université de Salerne (Italie), 23-24 octobre 2018. https://inti.hypotheses.org/

Ce rapport entre une discipline du savoir et un « terrain », tient au fait que personne ne peut vivre, individuellement ou collectivement, en ignorant le monde qui l’entoure. Nul individu, nul territoire ne peut – seul et isolé – réfléchir :

  • à ce qu’il fait, ou ne fait pas,
  • si c’est bien ou si ce n’est pas bien,
  • à ce qu’il faudrait faire et à ce qu’il ne faudrait pas faire.

L’approche de l’intelligence territoriale doit être marquée par la volonté déterminée de laisser de côté les réseaux sociaux qui se limitent pour l’essentiel à des commentaires de commentaires. On ne peut pas se satisfaire de voir lignorance et l’absence d’esprit critique des uns, juger l’ignorance ou le parti pris des autres. Le point ultime de la pensée ne peut être  constituée par des appréciations, qui sont finalement de nature enfantine, fondées sur une seule alternative : Jaime / J’aime pas. Parce que lalternative imposée par les réseaux sociaux, qui est à la fois simpliste et réductrice, crée de fausses situations et induit de faux jugements.

Nous ne pouvons pas être les seuls juges, aussi bien de nos vies que de la vie du monde. D’une part, parce que la science – auxquelles les sciences humaines et les sciences sociales appartiennent – ont un droit de regard naturel sur toute les actions humaines. D’autre part, parce que nous avons tous besoin de connaître des exemples qui nous sont étrangers, des études, des concepts, des théories… aussi bien pour comprendre la réalité présente que pour envisager l’avenir. Une conclusion s’impose : des connaissances nouvelles, produites par des enquêtes, sont nécessaires.

Comme l’écrit Jean-Jacques GIRARDOT « Il s’agit d’apporter des informations publiques aux élus, aux acteurs locaux et aux citoyens afin qu’ils puissent élaborer des projets locaux avec des données fiables qui les informent dans le cadre régional sur les potentiels locaux ». Il est à noter que dans l’exemple  de Prototype de Webmapping diffusé en Open data développé par l’Observatoire de la transition écologique en Franche-Comté, les données ont été établies, à l’échelle de la commune, sur la base de 826 indicateurs publics disponibles.


SOMMAIRE

I. CONCEPTS ET DÉFINITIONS

1. L’intelligence territoriale
2. La gouvernance territoriale
3. La valorisation des ressources territoriales
4. La durabilité des modèles de développement
5. L’intelligence collective

II. CHANTIERS DE L’INTELLIGENCE TERRITORIALE

1. L’observation territoriale
Les dispositifs d’observation territoriale socio-technique (OTST) au service de l’intelligence collective
2. La gouvernance territoriale participative
La planification de la transition socio-écologique et de l’innovation, territoires et réseaux
3. La vulnérabilité et la résilience des territoires et des populations
4. Les droits fondamentaux, les inégalités et les systèmes de protection
5. Les genres, les territoires et le développement durable
6. Les changements culturels, la communication, et la connaissance

Indicateurs pour la transition socio-écologique dans le domaine économique, social et écologique. Prototype de Webmapping pour diffuser en Open data. (Observatoire de la transition écologique en Franche-Comté, 2016). « Il s’agit d’apporter les informations publiques aux élus, aux acteurs locaux et aux citoyens afin qu’ils puissent élaborer des projets locaux avec des données fiables qui les informent dans le cadre régional sur les potentiels locaux. Il a été établi à l’échelle de la commune sur la base de 826 indicateurs publics disponibles ». https://inti.hypotheses.org/2100


I. CONCEPTS ET DÉFINITIONS

1. L’intelligence territoriale (« Territorial Inteligence », en anglais) est un projet scientifique « polydisciplinaire » international conduit par l’ International Network of Territorial Inteligence (INTI).  Cette discipline a un objet, le développement durable des territoires, et des sujets,  les communautés territoriales.

Elle se fonde sur une vision systémique du territoire, en intégrant :

  • un espace géographique et la communauté qui y vit,
  • les représentations qui en sont faites
  • les comportements auxquels il donne lieu.

Elle accorde une importance particulière à l’échelle locale dans une logique interscalaire, du local au global. En tant qu’intelligence collective, elle se fonde :

  • d’une part sur l’interaction entre chaque être humain et son environnement,
  • d’autre part, sur les relations entre les personnes.

Elle bénéficie aujourd’hui, dans ses moyens d’action et ses moyens d’analyse, des technologies de l’information.

Elle influence la gouvernance et les comportements de chaque individu, des organismes et des collectivités.

2. La gouvernance territoriale comprend la participation, l’équilibre entre la collaboration et la compétition, l’accès équitable et durable aux ressources, le bien être, « l’empowerment » individuel et collectif.

Son observation, à l’aide des technologies de partage des informations et des connaissances, doit permettre un accès égal et durable à une co-constrution du développement durable des territoires.

3. La valorisation des ressources territoriales prend en compte la tradition culturelle d’une communauté : elle en constitue le capital social. En ce sens, le territoire n’est plus seulement considéré d’un point de vue économique, comme dans la société industrielle, c’est-à-dire comme un milieu d’exploitation de ressources matérielles, sans souci leurs effet d’épuisement territorial et d’inégale distribution, mais comme un lieu de ressources qui sont limitées qui doivent être gérées.

4. Le concept de développement ne saurait se limiter à des paradigmes économiques. Aujourd’hui il ne peut pas être être envisagé autrement qu’ un développement durable offrant des garanties environnementales, sociales et économiques à tous les membres d’une communauté, sans pour autant compromettre la structure de l’environnement et du système social.

Le concept de développement durable change la structure et la dynamique des processus qui ont caractérisé la société industrielle : la richesse d’un territoire ne dépend plus seulement de la capacité à produire des biens faciles à mettre sur le marché, mais encore de la capacité à intégrer tous les membres qui constituent une communauté, surtout s’ils sont des sujets défavorisés et / ou non productifs, au sens économique du terme.

5. La durabilité des modèles de développement doit être évaluée :

  • en analysant, dans leur pluralité, les possibilités d’investissement multidimensionnel des ressources locales,
  • en favorisant, et en améliorant et dans de nombreux cas, les composantes historico-culturelles.

En ce sens, le territoire est le un cadre dans lequel les ressources culturelles, humaines et historiques constituent un patrimoine immatériel.

Le développement d’un territoire se mesure donc aujourd’hui à travers sa durabilité. Elle place les ressources humaines au centre des politiques territoriales. La promotion de ce développement est configurée comme un processus qui doit durer dans le temps, ouvert sur l’environnement social, sans sacrifier les ressources non renouvelables.

6. L’intelligence collective s’inscrit depuis 2002 dans le cadre d’une réflexion développée au travers d’articulations et d’approches disciplinaires diverses. Son rôle est d’identifier les voies permettant de réaliser des objectifs partagés par une communauté conformément aux politiques environnementales.

  • Elle produit des connaissances sur la compréhension des structures et des dynamiques territoriales. Elle conduit les partenaires sociaux dans le choix des moyens mobilisés par les stratégies à utilisées par les acteurs publics et les individus. En produisant et en mettant en place un savoir partagé elle favorise le développement durable du territoire.
  • Elle apparaît comme une pratique de changements sociaux, culturels et économiques, contrôlant ses fonctions et ses performances dans la poursuite d’objectifs programmés. En ce sens elle favorise l’action politique et économique du développement territorial durable. La gouvernance établie de cette façon une interaction communicationnelle et éducative cohérente entre les partenaires sociaux qui opèrent sur un territoire.

Dès lors, « l’intelligence collective joue un rôle de premier plan, parce qu’elle est responsable de la direction de l’innovation et du développement ». Cette stratégie de développement vise à justifier la territorialisation par la croissance et le renforcement du consensus et de l’équilibre social. Pour y parvenir, les groupes sociaux qui sont porteurs d’intérêts matériels, de désirs et de besoins différenciés, doivent à la fois identifier – et être identifiés par les autres – par les effets qu’ils produisent :

  • partage de valeurs relatives aux aspects fondamentaux de la société,
  • promotion de la coexistence pacifique, participation,
  • croissance de la source inépuisable de capital des ressources pour un territoire.

Un exemple d’équilibrisme territorial, Exposition « Ci t’as la trouille », 23 octobre 2018. © Photographie Bernard Mérigot, 2018.


II. CHANTIERS DE L’INTELLIGENCE TERRITORIALE

1. L’observation territoriale. Les dispositifs d’observation territoriale socio-technique (OTST) au service de l’intelligence collective.
L’observation des territoires connaît une forte croissance avec les moyens apportés par les technologies de l’information et de la communication (géolocalisation, Big-data, intelligence artificielle).

L’observation territoriale permet de dépasser la simple production d’indicateurs. « Elle permet aux acteurs d’un territoire de déterminer leurs besoins, de les évaluer et de mettre en œuvre des initiatives concertées et concrètes ». Le développement de bonnes pratiques de ces dispositifs d’observation permet de vérifier leur impact général sur l’économie sociale et solidaire et sur l’amélioration de la vie de la communauté.

2. La gouvernance territoriale participative. La planification de la transition socio-écologique et de l’innovation, territoires et réseaux La gouvernance territoriale, en stimulant l’innovation dans le cadre de programmes de transition socio-écologiques adaptés aux spécificités de chaque territoire, soutient l’évolution du comportement individuel et social.

La gouvernance participative vise à étudier les grandes urgences mondiales qui se posent à l’espèce humaine :

  • l’amélioration du lien entre la connaissance et les réponses aux problèmes socio-écologiques,
  • l’intégration des synergies (intelligence territoriale),
  • la planification de la transition socio-écologique.

Cela conduit à repenser le rôle de toute l’activité humaine dans la société, remettant en question la responsabilité de chacun dans les activités de coopération concertée.

3. La vulnérabilité et la résilience des territoires et des populations
Deux concepts clés sont étroitement liés dans l’étude des territoires et de leurs réponses aux situations de crise :

  • la vulnérabilité sociale,
  • la résilience.

La « résilience » est définie comme la capacité d’un individu ou d’un groupe de retrouver un équilibre après des événements critiques.

Au cours des dernières décennies, depuis les années 2000, l’attention a été portée sur les manques et les pertes des territoires impliqués dans des catastrophes, mais également sur la capacité des individus à s’adapter et à grandir, indépendamment des situations critiques rencontrées.

4. Les droits fondamentaux, les inégalités et les systèmes de protection
Les trois grands courants de la pensée politique moderne (le libéralisme, le socialisme, le christianisme social) convergent pour donner naissance à un système de droits fondamentaux. Les droits de l’homme, bien qu’ils aient souvent été considérés comme naturels, ne sauraient être donnés une fois pour toutes.

La phase actuelle des formes dominantes de pouvoir, différent de celles des époques précédentes, produit sans cesse une demande sociale de nouveaux droits visant à réduire les inégalités et à créer des systèmes de protection.

5. Les genres, les territoires et le développement durable
La question du genre est de nature transversale. Elle exige que l’on étudie son intégration dans la définition de nouveaux modèles de développement afin de réduire les inégalités de genre et ainsi combler des déséquilibres peu favorables au développement.

Dans la nouvelle culture de développement et d’évaluation de la capacité des méthodes participatives à réduire ce déséquilibre, le genre n’est pas seulement une dimension identitaire à travers laquelle il est possible d’analyser ce qui se présente aujourd’hui au niveau de l’imaginaire collectif comme un choc entre les civilisations, mais aussi une dimension permettant d’étudier certains aspects du processus d’intégration sociale.

6. Les changements culturels, la communication, et la connaissance
Au cours des deux derniers siècles, au XIXe et au XXe siècle, les sociétés sont devenues de plus en plus complexes, que ce soit dans leurs relations ou dans leurs processus. Elles se sont de plus en plus diversifiées à partir :

  • de la base de leurs zones géographiques,
  • de leurs contextes socioculturels.

Les processus de sécularisation, de rationalisation et d’individualisation ont produit des transformations culturelles :

  • répercutant dans les représentations sociales et les croyances,
  • affectant les sujets qui interprètent les territoires dans lesquels ils vivent,
  • touchant les valeurs dont ils se servent pour s’orienter.

Les transformations des rythmes et des modes de vie conduisent à un « déclin de la vie quotidienne » qui mesure le bien-être humain. Elles dépassent les systèmes économiques et affectent la capacité des individus à choisir leurs activités, à trouver une identité culturelle, s’investir dans des formes de sociabilité.

L’intelligence collective, comme l’intelligence de la communication, du savoir et de l’éducation, demeurent des éléments de production de transformation et d’identité des territoires.


RÉFÉRENCES
INTERNATIONAL NETWORK OF TERRITORIAL INTELLIGENCE (INTI),
« Intelligence collective et territoires innovants. Transitions, changements culturels et inégalités, Collective Intelligence and Innovative Territories. Transitions, Cultural Changes and Inequalities, 17e Conférence internationale », Université de Salerne (Italie), 23-24 octobre 2018.

LÉGENDES DES ILLUSTRATIONS

  • « Intelligence collective et territoires innovants. Transitions, changements culturels et inégalités (Collective Intelligence and Innovative Territories. Transitions, Cultural Changes and Inequalities) , 17e Conférence internationale », organisée par l’ International Network of Territorial Intelligence (INTI), Université de Salerne (Italie), 23-24 octobre 2018. https://inti.hypotheses.org/
  • Indicateurs pour la transition socio-écologique dans le domaine économique, social et écologique. Prototype de Webmapping pour diffuser en Open data. (Observatoire de la transition écologique en Franche-Comté, 2016). « Il s’agit d’apporter les informations publiques aux élus, aux acteurs locaux et aux citoyens afin qu’ils puissent élaborer des projets locaux avec des données fiables qui les informent dans le cadre régional sur les potentiels locaux. Il a été établi à l’échelle de la commune sur la base de 826 indicateurs publics disponibles ». https://inti.hypotheses.org/2100
  • Un exemple d’équilibrisme territorial, Exposition ci t’as la trouille, 23 octobre 2018. © Photographie Bernard Mérigot, 2018.

ARTICLES EN LIGNE SUR L’INTELLIGENCE TERRITORIALE
http://portes-essonne-environnement.fr/lintelligence-territoriale/


© Sylvie MÉRIGOT-MONNIOTTE et Bernard MÉRIGOT, article mis en ligne le 20 novembre 2018, 10 heures.


COMMENTAIRES

21 novembre 2018

L’intelligence territoriale ouvre des perspectives intéressantes en offrant un cadre de réflexions critiques sur l’état d’un territoire, sur ses atouts et ses faiblesses, sur sa gestion par les services publics nationaux, régionaux, départementaux, intercommunaux, locaux…
Elle constitue aujourd’hui un espoir pour vivre où nous vivons, et pas ailleurs.
L
es compétences et les pouvoirs qui s’exercent sur un territoire donné sont un domaine où règne la plus extrême confusion : plus personne ne sait très bien qui fait quoi, qui subventionne quoi et surtout, à la fin, qui paye quoi ? Les gouvernements successifs SARKOZY, HOLLANDE, MACRON ont chacun apporté leur pierre à l’édifice. Un édifice qui, en cette année 2018, est comparable à l’état des immeubles vétustes de Marseille qui, faute d’entretien et d’intervention des élus et des administrations locales, s’écroulent sur leurs malheureux habitants, obligés de les évacuer d’urgence, hélas.
On oublie qu’un territoire a pour caractéristique principale d’être, d’abord et avant tout, un projet de ses habitants. Que veulent-ils ? Quelles initiatives prennent-ils ? Quelles actions volontaires conduisent-ils ? Quels efforts sont-ils prêts à faire ?
Cela étant,
a contrario – autrement dit « dans l’hypothèse du contraire » – il faut reconnaître qu’il existe une bêtise territoriale. Elle se caractérise par une absence de toute réflexion, de toute attention, de tout projet, de toute initiative collective. Il est difficile d’en sortir parce que chaque fois qu’un habitant fait une demande, ou émet une idée, soit l’administration locale, soit les élus locaux, et parfois les deux, démontrent ses inconvénients, son coût trop élevé, ou bien l’impossibilité de la réaliser. Autant de raisons de ne rien faire.
Une telle politique est pernicieuse. N’oublions pas que les territoires ne sont pas des entités inertes. Tout territoire est en compétition avec ses voisins : pour créer des emplois, pour conserver et accroître sa population, pour maintenir ses commerces et ses services publics, pour entretenir son cadre de vie…Comment se fait-il que les citoyens n’en aient pas conscience et continuent d’attendre que tout vienne tout seul des autres (l’État, la Région, le Département, l’intercommunalité…) que ce soit des administrations ou des élus, sans rien faire ?

Combien de temps la bêtise territoriale continuera à être tolérée comme étant naturelle, alors qu’elle est l’exact contraire de l’esprit de la démocratie ?

L’intelligence est ce par quoi advient un milieu qui donne à la « raison » son sens premier de raison de vivre. Ceux qui entendent lutter contre la bêtise doivent prendre en compte que n’est jamais bête – ou intelligent –ni un individu, ni un milieu, mais la relation qui les lie l’un à l’autre. Le milieu transforme l’homme moderne au point que « nous ne supportons plus la durée » écrivait Paul VALÉRY dans « Le bilan de l’intelligence » (1935).
Voir aussi : STIEGLER Bernard, États de choc, Bêtise et savoir au XXIe siècle, Mille et Une Nuits Éditeur, 2012, 300 p. Voir Faire et dire des bêtises, p. 73-105.
BM


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