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Quatre vœux pour 2020 : démocratie, environnement, égalités, intersectionnalité

Le média numérique Portes de l’Essonne Environnement (ISSN 2495-1161), publié sur le site http://portes-essonne-environnement.fr, est supporté par une structure associative et contributive, Porte de l’Essonne Environnement (PEE). Son Conseil d’orientation adresse ses remerciements à l’intention de tous ses lecteurs et de toutes ses lectrices qui suivent ses publications depuis la création du site en 2014.
En ce mois de janvier 2020, il leur adresse ses vœux les plus sincères.

Portes de l’Essonne Environnement

 

Dialogue global est le titre de la revue de l’Association internationale de Sociologie (International Sociological Association, ISA). « Dialogue global » constitue un impératif auquel tous les esprits progressistes ne peuvent que souscrire.

SOMMAIRE

  1. Les 4 voeux
  2. Document
  3. Exemples de conflits environnementaux et sociaux de demain
  4. Note sur l’intersectionnalité
  5. Légendes des illustrations de l’article
  6. Commentaires

I. LES 4 VOEUX

  • Une démocratie véritable
  • Un environnement enfin respecté
  • Un respect généralisé de l’égalité
  • Une dénonciation des effets des intersectionnalités (1)

Tels sont les quatre vœux que nous formulons pour cette nouvelle année 2020. Ce n’est pas un hasard s’ils concernent dans leur ensemble les quatre défis pour le XXIe siècle proposés par l’Association internationale de Sociologie qui organise en juillet 2020 à Porto Alegre son prochain congrès. Celui-ci se produit dans un contexte français, européen et mondial difficile, un monde rempli de dangers pour les générations qui habitent la Terre.


« Danger de mort ». Plaque de mise en garde de la SNCF taguée, 26 octobre 2019. © Photographie BM pour PEE.

 

Commentaire de l’illustration.
« Danger de mort » : les tags recouvrent la ville et cachent les interdictions.  Comment se fait-il que l’on ne rencontre jamais de panneaux  « Danger de vie » ? Peut-être parce que la vie, individuelle et collective, n’aime pas les interdictions. Pourtant les dangers se multiplient : réchauffement climatique, pesticides, perturbateurs endocriniens, discriminations, féminicides, diminution des retraites et des pouvoirs d’achat, absence de démocratie participative, discrédit des pouvoirs politiques… Et, dans dans une indifférence grandissante, venant d’au-delà des mers, des hommes, des femmes et des enfants continuent de franchir les frontières au péril de leur vie.


Il n’existe pas de gouvernance mondiale en mesure de résoudre les problèmes du monde.

« L’espoir d’une démocratie mondiale capable de s’attaquer aux trois problèmes mondiaux majeurs que sont le changement climatique, les migrations et les inégalités croissantes s’est aujourd’hui évanoui », tel est le constat réaliste que formule l’organe international représentatif des sociologues universitaires. Cela veut dire qu’aujourd’hui, l’analyse des pratiques politiques des différents États ne permet plus de croire qu’il existe une gouvernance mondiale en mesure de prendre en charge et de résoudre les problèmes du monde.

Le constat est alarmant. Il ne provient ni d’une analyse d’instances politiques, ni de celles de contre-pouvoirs partisans, mais d’une expertise scientifique indépendante développée par l’Association internationale de Sociologie (International Sociological Association, ISA). Ayant un statut d’ONG auprès de l’UNESCO, l’ISA regroupe 70 associations du monde entier et compte plus  8 000 sociologues universitaires appartenant à plus 72 pays. Ceux-ci ont choisi comme thème pour leur prochain congrès, en juillet 2020 à Porto Alegre (Brésil), de se pencher sur les quatre défis majeurs auxquels le monde est aujourd’hui confronté : la démocratie, l’environnement, l’immigration, l’intersectionnalité.

Leur analyse nous concerne pour une raison simple. Nous ne pouvons pas nous intéresser à un territoire (Portes de l’Essonne, Grand Orly Seine Bièvre, Métropole du Grand Paris) sans porter en même temps une attention particulière aux autres territoires qui nous entourent, et auxquels nous sommes confrontés. Le monde n’est pas seulement à notre porte : nous sommes le monde et le monde est en nous.

Tel est le message que nous adresse la communauté mondiale des sociologues. on lira ci-dessous en Document, leur message.


2. DOCUMENT

DÉMOCRATIE, ENVIRONNEMENT,
INÉGALITÉS, INTERSECTIONNALITÉ
Les quatre défis du XXIe siècle au programme du
Forum de l’Association internationale de Sociologie
de Porto Alegre (Brésil), du 14 au 18 juillet 2020

2000-2020 : vingt ans après le début du XXIe siècle, l’optimisme du millénaire s’est estompé et les défis auxquels nous sommes confrontés pour vivre ensemble sur une planète limitée sont encore plus urgents.

1. Démocratie
2. Environnement
3. Égalités
4. Intersectionnalités
5. Quels conflits environnementaux pour demain ?

1. DÉMOCRATIE

Alors que l’expansion et l’approfondissement de la démocratisation étaient tenus pour acquis au tournant du millénaire, la démocratie est en jeu dans un nombre croissant de pays, tandis que son élément clé constitué par la diversité et le respect égal pour tous les citoyens, est menacé.

L’espoir d’une démocratie mondiale qui soit capable de s’attaquer aux trois problèmes mondiaux majeurs s’est évanoui :

    • le changement climatique,
    • les migrations,
    • les inégalités croissantes.

Il est maintenant devenu clair que, pour faire face aux défis mondiaux, la démocratie doit être réinventée au sein et au-delà du système représentatif.

2. ENVIRONNEMENT

La crise environnementale et le changement climatique sont désormais une réalité préoccupante. Comment pouvons-nous vivre ensemble sur une planète limitée ? La terre et la nourriture sont redevenues des objets de lutte majeurs. Les conflits environnementaux et socio-territoriaux se sont multipliés contre les industries extractives. Quels sont les acteurs qui apportent des solutions innovantes pour faire prospérer nos sociétés à l’intérieur des frontières planétaires ? Comment la crise environnementale mondiale nous conduit-elle à la fois :

– à repenser notre monde ?
– à repenser les disciplines elles-mêmes qui étudient le monde, comme la sociologie et les sciences humaines et sociales ?

3. INÉGALITÉS

Les inégalités ont considérablement augmenté depuis le début du millénaire. Nous pouvons désormais compter vingt-six personnes qui possèdent plus de richesses que la moitié la plus pauvre de l’humanité. Ce niveau d’inégalité est une menace majeure pour la démocratie et l’écologie. Les inégalités affectent particulièrement les populations marginalisées et les femmes dans leur vie professionnelle, publique et privée.

4. INTERSECTIONNALITÉ

L’intersectionnalité est devenue un thème majeur dans les conférences de l’International Sociological Association (ISA) depuis 2000, au cours des vingt dernières années. Surmonter les discriminations économiques, raciales, coloniales et sexistes durables et interconnectées, et la violence qui les entretient, est un autre défi majeur de notre époque. La prise de conscience croissante de l’intersectionnalité est à la fois le résultat et le déclencheur de la montée des acteurs et des mouvements subalternes. Des communautés autochtones, des minorités, des féministes et des petites formes d’agriculture résistent à l’injustice en combinant pratiques, luttes sociales et visions du monde alternatives.

5. QUELS CONFLITS ENVIRONNEMENTAUX ET SOCIAUX POUR DEMAIN ?

Le Forum de l’Association internationale de Sociologie l’International Sociological Association (ISA), qui se réunit en juillet 2020 à Porto Alegre (Brésil), s’est donné pour tâche de fournir des analyses répondant à ces quatre défis mondiaux, en accordant une attention particulière à leurs interconnexions et aux solutions possibles.  Nous utiliserons ce forum pour demander comment la sociologie et les sciences sociales ont relevé ces quatre défis mondiaux et comment elles ont été transformées elles-mêmes par eux.
•   Quels sont les apports des acteurs et des épistémologies du Sud ?
•   Quelles sont les nouvelles tendances de la sociologie mondiale qui permettent des analyses innovantes répondant à ces défis ?
•   Quels sont les obstacles auxquels nous sommes confrontés pour résoudre ces problèmes ?
•   Comment affronter nos problèmes communs à l’ère de la mondialisation ?

De quelle manière les acteurs et les mouvements, tant progressistes que conservateurs, abordent-ils ces défis ? Dans quelles perspectives conflictuelles ?

Geoffrey PLEYERS
Vice-président de l’ISA chargé de la recherche

RÉFÉRENCES DU DOCUMENT

PLEYERS Geoffrey, « Les défis du XXIe siècle : démocratie, environnement, inégalités, intersectionnalité », IVe Forum ISA de sociologie, Porto Alegre, Brésil, 14-18 juillet 2020.
PLEYERS Geoffrey, « Challenges of the 21st Century : Democracy, Environment, Inequalities, Intersectionality », IV ISA Forum of Sociology, Porto Alegre, Brazil, July 14-18, 2020. https://www.isa-sociology.org/en/conferences/forum/porto-alegre-2020


3. EXEMPLES LOCAUX DE CONFLITS ENVIRONNEMENTAUX ET SOCIAUX DE DEMAIN

Au niveau local, les plans locaux d’urbanisme (PLU) décidés par les communes et les intercommunalités, qui autorisent par exemple la démolition de pavillons (dans le cas présent, des années de la fin du XIXe/début du XXe, et la disparition de leurs jardins et de leurs arbres) pour être remplacés par des immeubles avec leurs parkings, font partie d’un secteur de décisions qui échappent à ce jour à une réelle démocratie participative, maintenant à distance les habitants et les usagers actuels des territoires concernés. L’urbanisation croissante et la densification de l’habitat existant font partie des conflits environnementaux et sociaux de demain.

Annonce de démolition d’un pavillon devant être remplacé par un immeuble, rue Albert 1er / rue Chamberlin / avenue Carnot à Savigny-sur-Orge (Essonne). © Photographie BM pour PEE, 4 décembre 2019.

Commentaire de l’illustration.

Dans cet exemple, trois panneaux d’information de délivrance des permis de construire annoncent la construction d’un immeuble de 30 appartements (1 580 m2 construits). Il se situe dans un secteur subissant déjà de fortes contraintes urbanistiques et des bouchons de véhicules automobiles liés aux déplacements « pendulaires » (Une fois le matin, et une fois en fin de journée, du lundi au vendredi, durant les périodes scolaires), causés par les entrées et sorties des élèves de l’école du Sacré-Cœur, rue Chamberlin. Aucune municipalité n’a été en mesure à ce jour de les résoudre.
Un nouvel immeuble induit des nuisances permanentes. Les 30 appartements nouveaux amèneront environ 120 personnes et le stationnement permanent de 60 véhicules automobiles supplémentaires (2 véhicules par logement).
Il induit des nuisances intenses dans un temps limité. La période du chantier de construction – dont la durée et la conduite sont la plupart du temps insuffisamment maîtrisées – provoquera d’importantes nuisances du fait de la circulation d’innombrables véhicules pour les travaux.
Dans une ville, tout le monde cohabite avec tout le monde. La construction projetée aggravera de la situation, à la fois pendant les travaux, pour les riverains et pour les usagers, et de façon durable pour demain.

 

« Ici prochainement. La Villa Carnot ». Panneau d’annonce de construction d’un immeuble au carrefour rue Albert 1er / rue Chamberlin / avenue Carnot à Savigny-sur-Orge (Essonne), 30 décembre 2019 © Photographie BM pour PEE.

Commentaire de l’illustration

La délivrance des permis de construire par les communes est une pratique singulière qui est généralement conduite vis-à-vis des riverains et des usagers des villes par les élus et les administrations avec « une extrême  discrétion », voire dans une sorte de « secret défense »,  qui sont deux composantes de la « politique du fait accompli ». Pour quelles raisons profondes une municipalité délivre-t-elle, pour une même parcelle, un permis de démolir pour un pavillon existant (datant de la fin du XIXe/début du XXe siècle), et un permis de construire pour un immeuble ? Ces deux décisions doivent être interrogées : elles se situent, en cette année 2019, ou elles se produisent, dans un contexte de densification urbaine du quartier de la gare du RER de Savigny-sur-Orge. Elles résultent d’un effet paradoxal – c’est-à-dire incompréhensible – de la rénovation urbaine d’un autre quartier de la commune, le quartier de Grand-Vaux, où une rénovation urbaine en cours (ANRU), provoque la démolition de nombreux logements existants et à terme une baisse des logements sociaux de ce quartier : constructions de nouveaux logements d’un côté, démolition de logements sociaux existants d’un autre côté.

CONCLUSION

Une ville est un organisme vivant qui agrège de façon visible des milliers de vies individuelles complexes qui sont, pour leur majeure partie, invisibles les unes vis-à-vis des autres, chacune possédant un environnement et une histoire qui lui est propre. Une amélioration future hypothétique (AFH) peut-elle être compensée par une dégradation présente certaine (DPC) ? Rien n’est moins sûr. La perte de la qualité de vie offerte par des quartiers pavillonnaires (avec ses espaces non construits, ses arbres, sa faune et sa flore, sa qualité de l’air, son réchauffement climatique limité, son régime de retour des eaux pluviales vers les nappes phréatiques …) ne peut en aucun cas être compensée, pour ce même territoire, par celle offerte par des immeubles. La vie individuelle ignore les « compensations » imposées. Elles sont contraires à  l’écologie intégrale qui s’impose à nous.


4. NOTE SUR L’INTERSECTIONNALITÉ
La notion d’intersectionnalité est une notion relativement récente en sciences sociales. Elle nécessite d’être précisée.

L’intersectionnalité (intersectionality en anglais) est un concept utilisé en sociologie et en sciences sociales. Elle qualifie la situation de personnes qui subissent simultanément plusieurs formes de domination ou de discrimination dans une société. Le terme a été proposé en 1989 par l’américaine Kimberlé CRENSHAW (née en 1959), docteur en droit, avocate, professeur à l’Université de Californie, pour analyser les effets cumulés visant les femmes noires américaines : à savoir l’intersection du sexisme (être une femme) et du racisme (être noire).

Par exemple, en 2019, les critiques médiatiques adressées à Greta THUNBERG (née en 2003), militante contre le réchauffement climatique qui dénonce l’inaction des gouvernements, relèvent de l’intersectionnalité : elles visent à la fois son engagement écologiste, son appartenance au sexe féminin, sa jeunesse, voire sa nationalité suédoise ou sa personnalité.

L’intersectionnalité étudie les liens de domination et de discrimination (genre, race, classe sociale, orientation sexuelle, engagement politique…) qui se nouent. Elle analyse les rapports sociaux, à la fois au niveau macro-sociologique et au niveau micro-sociologique :

  • macro-sociologique, en analysant les systèmes de pouvoir expliquent le maintien des inégalités et leur développement,
  • micro-sociologique, en analysant la nature et les effets des systèmes d’inégalités complexes dans les trajectoires individuelles.

La recherche en matière d’intersectionnalité envisage différentes orientations comme l’approfondissement des notions de pouvoir, et la prise en compte des notions de capital (capital économique, de capital social, de capital naturel).

5. LÉGENDES DES ILLUSTRATIONS DE L’ARTICLE

  • Dialogue global est le titre de la revue de l’Association internationale de Sociologie (International Sociological Association, ISA). Il constitue un projet auquel tous les esprits progressistes ne peuvent que souscrire.
  • « Danger de mort ». Plaque de mise en garde de la SNCF taguée, 26 octobre 2019. © Photographie BM pour PEE.
  • Challenges of the 21st Century : Democracy, Environment, inequalities, Intersectionelity, IV ISA Forum of Sociology, July 14-18 2020, Porto Alegre, Brazil. © International Sociological Association/ISA.
  • Annonce de démolition d’un pavillon devant être remplacé par un immeuble, rue Albert 1er / rue Chamberlin / avenue Carnot à Savigny-sur-Orge (Essonne). © Photographie BM pour PEE, 4 décembre 2019.
  • « Ici prochainement. La Villa Carnot ». Panneau d’annonce de construction d’un immeuble au carrefour rue Albert 1er / rue Chamberlin / avenue Carnot à Savigny-sur-Orge (Essonne), 30 décembre 2019 © Photographie BM pour PEE.  

6. COMMENTAIRES

COMMENTAIRE du 3 janvier 2020
Un cinquième vœux : le décolonialisme

Dans votre article – très intéressant à plus d’un titre – vous soulevez un grave problème qui se pose chaque fois que l’on considère la façon dont les pouvoirs politiques modifient un environnement existant (naturel, urbain…) dans lequel des habitants vivent, en le démolissant purement et simplement pour le remplacer par un nouvel environnement (artificiel, densifié…).

Cette opération est effectuée par les autorités selon deux temporalités :

  • dans un contexte général (le Plan Local d’Urbanisme, le PLU, qu’il soit communal, intercommunal, métropolitain…),
  • dans un contexte particulier, concernant des décisions ponctuelles, avec souvent leurs lots « magnifiques et surprenantes dérogations » (hauteur des immeubles, dépassement des surfaces construites, manque de places de stationnement, voire autorisation de construction sur le domaine public lorsque par exemple des balcons privés le surplombent …).

Dans le cas des autorisations particulières, lorsque celles-ci portent sur un dossier précis (pour un permis de construire) celles-ci sont données :

  • avec une absence de transparence (rétention d’informations, confidentialité, secret…) entourant les décisions publiques d’attribution des permis de démolir, des permis de construire
  • avec un argumentaire fondé sur les seuls avantages que présente « ce qui est à venir » au détriment de « ce qui existe ». Les avantages sont toujours optimisés et les inconvénients sont, soit minimisés, soit tout simplement oubliés. Toute pensée autre est immédiatement réfutée et reléguée comme une position rétrograde. N’oublions pas que c’est par cette surdité et cet aveuglement que la France a détruit les haies de ses campagnes avec les graves conséquences sur la biodiversité des espèces végétales et animales, le régime des vents, l’aggravation des inondations…

Entre les élus municipaux, les élus intercommunaux, les fonctionnaires territoriaux, les propriétaires et les promoteurs, existe une « sympathique convivialité » fondée sur des intérêts communs : la construction d’un immeuble à la place d’un pavillon génère de nouveaux impôts fonciers, donc des recettes pour les collectivités. Elle génère aussi des dépenses, mais on n’en parle jamais.

Résumons :

  • D’un coté, ceux qui décident : les pouvoirs, les administrations, les maires, les promoteurs, les urbanistes…
  • De l’autre côté, ceux qui subissent leurs décisions : les riverains, les habitants, les usagers des territoires…

On s’aperçoit tout de suite qu’il y a une dépossession territoriale de ceux qui vivent la ville dans la mesure où, à aucun moment, les décisions de modification de l’environnement ne font l’objet d’une réelle démocratie participative de nature à ouvrir un espace permettant de formuler des consensus collectifs explicites.

« Le sol cède sous les pieds »

Cette situation est bien décrite par Bruno LATOUR qui écrit :

« L’impression de vertige, presque de panique, qui traverse toute la politique contemporaine, vient de ce que le sol cède sous les pieds de tout le monde à la fois, comme si on se sentait attaqué partout dans ses habitudes et dans ses biens. » (p. 17) Il précise : « C’est une question d’attachement, de mode de vie que l’on est en train de nous arracher, de sol, de propriété qui cèdent sous nos pas. » (p.18)

Le constat qu’il fait est simple :

« Personne n’est plus chez soi. Tout et ouvert. Il faudra vivre dehors, sans aucune protection, balloté par tous les vents, mélangé à tout le monde, se battre pour tout, ne plus avoir aucune garantie, se déplacer sans cesse, perde toute identité, tout confort. » (p. 20). Il lance cette interrogation : « Qui peut vivre ainsi ? »

Son analyse est que nous sommes en présence d’une nouvelle universalité. Lorsqu’il dit « sentir que le sol est en train de céder. » (p. 19), il ne s’agit pas d’une métaphore, d’un retour dialectique – ce que les médias seraient tentés de qualifier de « retour de manivelle » (Mais qui sait aujourd’hui ce que c’est ?) et qui pourrait s’énoncer en ces termes : le pouvoir qui dépossède est à son tour, dépossédé.

« Vous avez perdu votre territoire ? Nous vous l’avons pris. Apprenez que nous sommes en train de le perdre à notre tour… » (p. 17)

Autrement dit : Nous sommes des voleurs, mais nous sommes nous-mêmes, à notre tour, victimes de voleurs : ce sont les autres qui sont des voleurs ! Ainsi tentent cyniquement de se justifier ceux qui portent atteinte à la biodiversité et qui commettent les effets pernicieux sur le réchauffement climatique qui en découlent.

La désobéissance civile

Alors, comment penser la situation présente ? Et que faire ? Pour résister à cette colonisation, il existe une condition qui doit être remplie préalablement : celle de l’exercice d’une désobéissance épistémique, c’est-à-dire d’un abandon de l’obéissance de pensée. Rien de compliqué. Rappelons-nous l’idée novatrice de désobéissance civile, la Civil Disobedience défendue par l’américain Henry THOREAU (1817-1962). Il la définissait en 1849 comme « le refus assumé et public de se soumettre à une loi, à un règlement, à une organisation ou à un pouvoir jugé inique par ceux qui les subissent ». Alors que la désobéissance classique oppose deux formes de violence, la désobéissance civile est un refus non violent de participer aux mesures prises par un pouvoir illégitime.

La résistance à des lois injustes a existé dans le droit romain : c’est la jus resistendi, le droit à la résistance que LA BOÉTIE a repris au XVIe siècle dans le Discours de la servitude volontaire : le pouvoir d’un État repose entièrement sur la coopération de la population. Ainsi, dès l’instant où la population refuse d’obéir, l’État n’a plus de pouvoir.

A l’évidence nous sommes dans une logique marquée par le colonialisme. La réponse à lui apporter est celle du décolonialisme.

Le décolonialisme est donc le 5e vœu.

Et merci encore pour l’article et le document qui sont très intéressants.

LATOUR Bruno, Où atterrir ? Comment s’orienter en politique ? La Découverte, 2017, 156 p.

MAESSCHLCK Marc, « La désobéissance épistémique comme « contre-poétique » décoloniale » in MIGNOLO Walter D, La désobéissance épistémique. Rhétorique de la modernité, logique de la colonnialité et grammaire de la décolonnialité, PIE Peter Lang, 2015.


© Sylvie MONNIOTTE-MÉRIGOT et Bernard MÉRIGOT, le Conseil d’orientation de PEE. Article mis en ligne le 1er janvier 2020.

Portes de l’Essonne Environnement
http://portes-essonne-environnement.fr
Média numérique
ISSN 2495-1161. Dépôt légal du numérique, BNF 2020.

L’intelligence territoriale est une nécessité démocratique

Comment produire des connaissances sur la compréhension des structures et des dynamiques territoriales ?

Le Réseau de recherche-action sur l’intelligence territoriale a tenu sa 17e Conférence Internationale à l’Université de Salerne (Italie) les 23 et 24 octobre 2018. Son thème, qui portait sur l’intelligence collective et les territoires innovants était consacré à « Transitions, changements culturels et inégalités ».

Quel rapport y a-t-il entre un congrès international de recherche en sciences humaines et sociales  et les problèmes des territoires concrets dans lesquels nous habitons ou bien nous travaillons ? En quoi ce que disent des chercheurs et des universitaires qui se réunissent à Saragosse, en Italie, peut concerner, par exemple, nos communes de l’Essonne (Athis-Mons, Viry-Châtillon, Juvisy-sur-Orge, Savigny-sur-Orge…), dans laquelle nous habitons ou bien nous travaillons ?

« Intelligence collective et territoires innovants. Transitions, changements culturels et inégalités (Collective Intelligence and Innovative Territories. Transitions, Cultural Changes and Inequalities) , 17e Conférence internationale », organisée par l’ International Network of Territorial Intelligence (INTI), Université de Salerne (Italie), 23-24 octobre 2018. https://inti.hypotheses.org/

Ce rapport entre une discipline du savoir et un « terrain », tient au fait que personne ne peut vivre, individuellement ou collectivement, en ignorant le monde qui l’entoure. Nul individu, nul territoire ne peut – seul et isolé – réfléchir :

  • à ce qu’il fait, ou ne fait pas,
  • si c’est bien ou si ce n’est pas bien,
  • à ce qu’il faudrait faire et à ce qu’il ne faudrait pas faire.

L’approche de l’intelligence territoriale doit être marquée par la volonté déterminée de laisser de côté les réseaux sociaux qui se limitent pour l’essentiel à des commentaires de commentaires. On ne peut pas se satisfaire de voir lignorance et l’absence d’esprit critique des uns, juger l’ignorance ou le parti pris des autres. Le point ultime de la pensée ne peut être  constituée par des appréciations, qui sont finalement de nature enfantine, fondées sur une seule alternative : Jaime / J’aime pas. Parce que lalternative imposée par les réseaux sociaux, qui est à la fois simpliste et réductrice, crée de fausses situations et induit de faux jugements.

Nous ne pouvons pas être les seuls juges, aussi bien de nos vies que de la vie du monde. D’une part, parce que la science – auxquelles les sciences humaines et les sciences sociales appartiennent – ont un droit de regard naturel sur toute les actions humaines. D’autre part, parce que nous avons tous besoin de connaître des exemples qui nous sont étrangers, des études, des concepts, des théories… aussi bien pour comprendre la réalité présente que pour envisager l’avenir. Une conclusion s’impose : des connaissances nouvelles, produites par des enquêtes, sont nécessaires.

Comme l’écrit Jean-Jacques GIRARDOT « Il s’agit d’apporter des informations publiques aux élus, aux acteurs locaux et aux citoyens afin qu’ils puissent élaborer des projets locaux avec des données fiables qui les informent dans le cadre régional sur les potentiels locaux ». Il est à noter que dans l’exemple  de Prototype de Webmapping diffusé en Open data développé par l’Observatoire de la transition écologique en Franche-Comté, les données ont été établies, à l’échelle de la commune, sur la base de 826 indicateurs publics disponibles.


SOMMAIRE

I. CONCEPTS ET DÉFINITIONS

1. L’intelligence territoriale
2. La gouvernance territoriale
3. La valorisation des ressources territoriales
4. La durabilité des modèles de développement
5. L’intelligence collective

II. CHANTIERS DE L’INTELLIGENCE TERRITORIALE

1. L’observation territoriale
Les dispositifs d’observation territoriale socio-technique (OTST) au service de l’intelligence collective
2. La gouvernance territoriale participative
La planification de la transition socio-écologique et de l’innovation, territoires et réseaux
3. La vulnérabilité et la résilience des territoires et des populations
4. Les droits fondamentaux, les inégalités et les systèmes de protection
5. Les genres, les territoires et le développement durable
6. Les changements culturels, la communication, et la connaissance

Indicateurs pour la transition socio-écologique dans le domaine économique, social et écologique. Prototype de Webmapping pour diffuser en Open data. (Observatoire de la transition écologique en Franche-Comté, 2016). « Il s’agit d’apporter les informations publiques aux élus, aux acteurs locaux et aux citoyens afin qu’ils puissent élaborer des projets locaux avec des données fiables qui les informent dans le cadre régional sur les potentiels locaux. Il a été établi à l’échelle de la commune sur la base de 826 indicateurs publics disponibles ». https://inti.hypotheses.org/2100


I. CONCEPTS ET DÉFINITIONS

1. L’intelligence territoriale (« Territorial Inteligence », en anglais) est un projet scientifique « polydisciplinaire » international conduit par l’ International Network of Territorial Inteligence (INTI).  Cette discipline a un objet, le développement durable des territoires, et des sujets,  les communautés territoriales.

Elle se fonde sur une vision systémique du territoire, en intégrant :

  • un espace géographique et la communauté qui y vit,
  • les représentations qui en sont faites
  • les comportements auxquels il donne lieu.

Elle accorde une importance particulière à l’échelle locale dans une logique interscalaire, du local au global. En tant qu’intelligence collective, elle se fonde :

  • d’une part sur l’interaction entre chaque être humain et son environnement,
  • d’autre part, sur les relations entre les personnes.

Elle bénéficie aujourd’hui, dans ses moyens d’action et ses moyens d’analyse, des technologies de l’information.

Elle influence la gouvernance et les comportements de chaque individu, des organismes et des collectivités.

2. La gouvernance territoriale comprend la participation, l’équilibre entre la collaboration et la compétition, l’accès équitable et durable aux ressources, le bien être, « l’empowerment » individuel et collectif.

Son observation, à l’aide des technologies de partage des informations et des connaissances, doit permettre un accès égal et durable à une co-constrution du développement durable des territoires.

3. La valorisation des ressources territoriales prend en compte la tradition culturelle d’une communauté : elle en constitue le capital social. En ce sens, le territoire n’est plus seulement considéré d’un point de vue économique, comme dans la société industrielle, c’est-à-dire comme un milieu d’exploitation de ressources matérielles, sans souci leurs effet d’épuisement territorial et d’inégale distribution, mais comme un lieu de ressources qui sont limitées qui doivent être gérées.

4. Le concept de développement ne saurait se limiter à des paradigmes économiques. Aujourd’hui il ne peut pas être être envisagé autrement qu’ un développement durable offrant des garanties environnementales, sociales et économiques à tous les membres d’une communauté, sans pour autant compromettre la structure de l’environnement et du système social.

Le concept de développement durable change la structure et la dynamique des processus qui ont caractérisé la société industrielle : la richesse d’un territoire ne dépend plus seulement de la capacité à produire des biens faciles à mettre sur le marché, mais encore de la capacité à intégrer tous les membres qui constituent une communauté, surtout s’ils sont des sujets défavorisés et / ou non productifs, au sens économique du terme.

5. La durabilité des modèles de développement doit être évaluée :

  • en analysant, dans leur pluralité, les possibilités d’investissement multidimensionnel des ressources locales,
  • en favorisant, et en améliorant et dans de nombreux cas, les composantes historico-culturelles.

En ce sens, le territoire est le un cadre dans lequel les ressources culturelles, humaines et historiques constituent un patrimoine immatériel.

Le développement d’un territoire se mesure donc aujourd’hui à travers sa durabilité. Elle place les ressources humaines au centre des politiques territoriales. La promotion de ce développement est configurée comme un processus qui doit durer dans le temps, ouvert sur l’environnement social, sans sacrifier les ressources non renouvelables.

6. L’intelligence collective s’inscrit depuis 2002 dans le cadre d’une réflexion développée au travers d’articulations et d’approches disciplinaires diverses. Son rôle est d’identifier les voies permettant de réaliser des objectifs partagés par une communauté conformément aux politiques environnementales.

  • Elle produit des connaissances sur la compréhension des structures et des dynamiques territoriales. Elle conduit les partenaires sociaux dans le choix des moyens mobilisés par les stratégies à utilisées par les acteurs publics et les individus. En produisant et en mettant en place un savoir partagé elle favorise le développement durable du territoire.
  • Elle apparaît comme une pratique de changements sociaux, culturels et économiques, contrôlant ses fonctions et ses performances dans la poursuite d’objectifs programmés. En ce sens elle favorise l’action politique et économique du développement territorial durable. La gouvernance établie de cette façon une interaction communicationnelle et éducative cohérente entre les partenaires sociaux qui opèrent sur un territoire.

Dès lors, « l’intelligence collective joue un rôle de premier plan, parce qu’elle est responsable de la direction de l’innovation et du développement ». Cette stratégie de développement vise à justifier la territorialisation par la croissance et le renforcement du consensus et de l’équilibre social. Pour y parvenir, les groupes sociaux qui sont porteurs d’intérêts matériels, de désirs et de besoins différenciés, doivent à la fois identifier – et être identifiés par les autres – par les effets qu’ils produisent :

  • partage de valeurs relatives aux aspects fondamentaux de la société,
  • promotion de la coexistence pacifique, participation,
  • croissance de la source inépuisable de capital des ressources pour un territoire.

Un exemple d’équilibrisme territorial, Exposition « Ci t’as la trouille », 23 octobre 2018. © Photographie Bernard Mérigot, 2018.


II. CHANTIERS DE L’INTELLIGENCE TERRITORIALE

1. L’observation territoriale. Les dispositifs d’observation territoriale socio-technique (OTST) au service de l’intelligence collective.
L’observation des territoires connaît une forte croissance avec les moyens apportés par les technologies de l’information et de la communication (géolocalisation, Big-data, intelligence artificielle).

L’observation territoriale permet de dépasser la simple production d’indicateurs. « Elle permet aux acteurs d’un territoire de déterminer leurs besoins, de les évaluer et de mettre en œuvre des initiatives concertées et concrètes ». Le développement de bonnes pratiques de ces dispositifs d’observation permet de vérifier leur impact général sur l’économie sociale et solidaire et sur l’amélioration de la vie de la communauté.

2. La gouvernance territoriale participative. La planification de la transition socio-écologique et de l’innovation, territoires et réseaux La gouvernance territoriale, en stimulant l’innovation dans le cadre de programmes de transition socio-écologiques adaptés aux spécificités de chaque territoire, soutient l’évolution du comportement individuel et social.

La gouvernance participative vise à étudier les grandes urgences mondiales qui se posent à l’espèce humaine :

  • l’amélioration du lien entre la connaissance et les réponses aux problèmes socio-écologiques,
  • l’intégration des synergies (intelligence territoriale),
  • la planification de la transition socio-écologique.

Cela conduit à repenser le rôle de toute l’activité humaine dans la société, remettant en question la responsabilité de chacun dans les activités de coopération concertée.

3. La vulnérabilité et la résilience des territoires et des populations
Deux concepts clés sont étroitement liés dans l’étude des territoires et de leurs réponses aux situations de crise :

  • la vulnérabilité sociale,
  • la résilience.

La « résilience » est définie comme la capacité d’un individu ou d’un groupe de retrouver un équilibre après des événements critiques.

Au cours des dernières décennies, depuis les années 2000, l’attention a été portée sur les manques et les pertes des territoires impliqués dans des catastrophes, mais également sur la capacité des individus à s’adapter et à grandir, indépendamment des situations critiques rencontrées.

4. Les droits fondamentaux, les inégalités et les systèmes de protection
Les trois grands courants de la pensée politique moderne (le libéralisme, le socialisme, le christianisme social) convergent pour donner naissance à un système de droits fondamentaux. Les droits de l’homme, bien qu’ils aient souvent été considérés comme naturels, ne sauraient être donnés une fois pour toutes.

La phase actuelle des formes dominantes de pouvoir, différent de celles des époques précédentes, produit sans cesse une demande sociale de nouveaux droits visant à réduire les inégalités et à créer des systèmes de protection.

5. Les genres, les territoires et le développement durable
La question du genre est de nature transversale. Elle exige que l’on étudie son intégration dans la définition de nouveaux modèles de développement afin de réduire les inégalités de genre et ainsi combler des déséquilibres peu favorables au développement.

Dans la nouvelle culture de développement et d’évaluation de la capacité des méthodes participatives à réduire ce déséquilibre, le genre n’est pas seulement une dimension identitaire à travers laquelle il est possible d’analyser ce qui se présente aujourd’hui au niveau de l’imaginaire collectif comme un choc entre les civilisations, mais aussi une dimension permettant d’étudier certains aspects du processus d’intégration sociale.

6. Les changements culturels, la communication, et la connaissance
Au cours des deux derniers siècles, au XIXe et au XXe siècle, les sociétés sont devenues de plus en plus complexes, que ce soit dans leurs relations ou dans leurs processus. Elles se sont de plus en plus diversifiées à partir :

  • de la base de leurs zones géographiques,
  • de leurs contextes socioculturels.

Les processus de sécularisation, de rationalisation et d’individualisation ont produit des transformations culturelles :

  • répercutant dans les représentations sociales et les croyances,
  • affectant les sujets qui interprètent les territoires dans lesquels ils vivent,
  • touchant les valeurs dont ils se servent pour s’orienter.

Les transformations des rythmes et des modes de vie conduisent à un « déclin de la vie quotidienne » qui mesure le bien-être humain. Elles dépassent les systèmes économiques et affectent la capacité des individus à choisir leurs activités, à trouver une identité culturelle, s’investir dans des formes de sociabilité.

L’intelligence collective, comme l’intelligence de la communication, du savoir et de l’éducation, demeurent des éléments de production de transformation et d’identité des territoires.


RÉFÉRENCES
INTERNATIONAL NETWORK OF TERRITORIAL INTELLIGENCE (INTI),
« Intelligence collective et territoires innovants. Transitions, changements culturels et inégalités, Collective Intelligence and Innovative Territories. Transitions, Cultural Changes and Inequalities, 17e Conférence internationale », Université de Salerne (Italie), 23-24 octobre 2018.

LÉGENDES DES ILLUSTRATIONS

  • « Intelligence collective et territoires innovants. Transitions, changements culturels et inégalités (Collective Intelligence and Innovative Territories. Transitions, Cultural Changes and Inequalities) , 17e Conférence internationale », organisée par l’ International Network of Territorial Intelligence (INTI), Université de Salerne (Italie), 23-24 octobre 2018. https://inti.hypotheses.org/
  • Indicateurs pour la transition socio-écologique dans le domaine économique, social et écologique. Prototype de Webmapping pour diffuser en Open data. (Observatoire de la transition écologique en Franche-Comté, 2016). « Il s’agit d’apporter les informations publiques aux élus, aux acteurs locaux et aux citoyens afin qu’ils puissent élaborer des projets locaux avec des données fiables qui les informent dans le cadre régional sur les potentiels locaux. Il a été établi à l’échelle de la commune sur la base de 826 indicateurs publics disponibles ». https://inti.hypotheses.org/2100
  • Un exemple d’équilibrisme territorial, Exposition ci t’as la trouille, 23 octobre 2018. © Photographie Bernard Mérigot, 2018.

ARTICLES EN LIGNE SUR L’INTELLIGENCE TERRITORIALE
http://portes-essonne-environnement.fr/lintelligence-territoriale/


© Sylvie MÉRIGOT-MONNIOTTE et Bernard MÉRIGOT, article mis en ligne le 20 novembre 2018, 10 heures.


COMMENTAIRES

21 novembre 2018

L’intelligence territoriale ouvre des perspectives intéressantes en offrant un cadre de réflexions critiques sur l’état d’un territoire, sur ses atouts et ses faiblesses, sur sa gestion par les services publics nationaux, régionaux, départementaux, intercommunaux, locaux…
Elle constitue aujourd’hui un espoir pour vivre où nous vivons, et pas ailleurs.
L
es compétences et les pouvoirs qui s’exercent sur un territoire donné sont un domaine où règne la plus extrême confusion : plus personne ne sait très bien qui fait quoi, qui subventionne quoi et surtout, à la fin, qui paye quoi ? Les gouvernements successifs SARKOZY, HOLLANDE, MACRON ont chacun apporté leur pierre à l’édifice. Un édifice qui, en cette année 2018, est comparable à l’état des immeubles vétustes de Marseille qui, faute d’entretien et d’intervention des élus et des administrations locales, s’écroulent sur leurs malheureux habitants, obligés de les évacuer d’urgence, hélas.
On oublie qu’un territoire a pour caractéristique principale d’être, d’abord et avant tout, un projet de ses habitants. Que veulent-ils ? Quelles initiatives prennent-ils ? Quelles actions volontaires conduisent-ils ? Quels efforts sont-ils prêts à faire ?
Cela étant,
a contrario – autrement dit « dans l’hypothèse du contraire » – il faut reconnaître qu’il existe une bêtise territoriale. Elle se caractérise par une absence de toute réflexion, de toute attention, de tout projet, de toute initiative collective. Il est difficile d’en sortir parce que chaque fois qu’un habitant fait une demande, ou émet une idée, soit l’administration locale, soit les élus locaux, et parfois les deux, démontrent ses inconvénients, son coût trop élevé, ou bien l’impossibilité de la réaliser. Autant de raisons de ne rien faire.
Une telle politique est pernicieuse. N’oublions pas que les territoires ne sont pas des entités inertes. Tout territoire est en compétition avec ses voisins : pour créer des emplois, pour conserver et accroître sa population, pour maintenir ses commerces et ses services publics, pour entretenir son cadre de vie…Comment se fait-il que les citoyens n’en aient pas conscience et continuent d’attendre que tout vienne tout seul des autres (l’État, la Région, le Département, l’intercommunalité…) que ce soit des administrations ou des élus, sans rien faire ?

Combien de temps la bêtise territoriale continuera à être tolérée comme étant naturelle, alors qu’elle est l’exact contraire de l’esprit de la démocratie ?

L’intelligence est ce par quoi advient un milieu qui donne à la « raison » son sens premier de raison de vivre. Ceux qui entendent lutter contre la bêtise doivent prendre en compte que n’est jamais bête – ou intelligent –ni un individu, ni un milieu, mais la relation qui les lie l’un à l’autre. Le milieu transforme l’homme moderne au point que « nous ne supportons plus la durée » écrivait Paul VALÉRY dans « Le bilan de l’intelligence » (1935).
Voir aussi : STIEGLER Bernard, États de choc, Bêtise et savoir au XXIe siècle, Mille et Une Nuits Éditeur, 2012, 300 p. Voir Faire et dire des bêtises, p. 73-105.
BM


Portes de l’Essonne Environnement
http://portes-essonne-environnement.fr
Média numérique
ISSN 2495-1161. Dépôt légal du numérique, BNF 2018

Savigny-sur-Orge. Quelle concertation pour le projet de ZAC quartier Gare-Davout ?

Qu’est-ce que qu’un « projet concerté » d’aménagement urbain ?

« L’un des grands enjeux du développement des métropoles françaises est de construire des villes compactes pour limiter l’étalement urbain, rééquilibrer les inégalités territoriales et loger une population croissante. Or, créer de la densité implique davantage de promiscuité. Les nouvelles opérations immobilières bousculent les équilibres locaux et créent des situations conflictuelles ». Cette constatation est faite par Olivier LECLERCQ, architecte et membre du Conseil des architectes d’Ile-de-France. (1)

Comment résoudre ces situations conflictuelles ? Il n’existe qu’une seule réponse conforme aux impératifs de la démocratie : conduire un urbanisme collaboratif. Or, sur ce sujet, Olivier LECLERCQ remarque que les démarches participatives qui voient le jour sont embryonnaires : « elles sont loin de constituer un processus de fabrication de la ville ». Une évaluation sur le terrain s’impose. Les dispositifs publics qui se présentent comme participatifs le sont-ils réellement ?

Le projet de Zone d’Aménagement Concertée (ZAC) du quartier de la Gare et de la place Davout de Savigny-sur-Orge (Essonne). Éric MEHLHORN (LR), maire de Savigny-sur-Orge, conseiller départemental de l’Essonne, vice-président de l’Établissement public territorial (EPT) Grand Orly Seine Bièvre, en chemise blanche, présente sous une petite tente installée par la Mairie, devant le marché, le lancement des études concernant le projet de ZAC, le vendredi 29 juin 2018 à 18 heures 30. Derrière lui, une affiche, seul document présenté aux habitants sur le stand. © Photographie BM/CAD pour PEE.


L’aménagement urbain se définit comme le résultat de la mise en oeuvre, dans un espace défini, de l’ensemble des sciences et des techniques qui conçoivent (pour un quartier neuf), ou qui améliorent (pour un quartier ancien), l’organisation et la vie quotidienne des hommes, des femmes et des enfants,

  • qu’ils y habitent durablement, ou
  • qu’ils y résident temporairement (travail, études, loisirs, etc.).

Il concerne plusieurs disciplines (géographie, sociologie, histoire, architecture, anthropologie…) et associe de nombreux intervenants, aussi bien publics que privés. De nombreux textes  publics en vigueur fixent les obligations d’information et de concertation que les collectivités locales et les administrations doivent respecter vis à vis des citoyens sous peine de vices de forme et de décisions d’annulation par les tribunaux administratifs dans le cas où des citoyens ou des associations les saisissent.


Quelles formes les informations et les concertations à l’égard des citoyens prennent-elles ? Prenons l’exemple du conseil municipal de Savigny-sur-Orge : il vote le mercredi 20 juin 2018 des études portant sur une Zone d’Aménagement Concertée (ZAC) concernant le quartier de la Gare et la place Davout. Une semaine plus tard, le vendredi 29 juin 2018, à 18 h 30, Éric MEHLHORN (LR),  maire de Savigny-sur-Orge, conseiller départemental de l’Essonne, vice-président de l’Établissement public territorial (EPT) Grand Orly Seine Bièvre, se tient sous une tente installée par la mairie, place Davout.  Volontairement, un nombre restreint d’habitants a été informé de cette initiative.

Aucune mention n’a été faite sur le site Internet de la mairie. Quelques tracts seulement sont distribués dans quelques boîtes à lettres. Un seul document est présenté sous la tente. Il s’agit d’une affiche contenant peu d’informations. Avec ce minuscule attroupement de Saviniens devant, il n’est pas accessible et peu visible, scotché grossièrement avec du ruban adhésif d’emballage marron sur la toile plastifiée blanche de la tente. On est obligé de noter que le soin apporté par la Mairie de Savigny-sur-Orge pour diffuser une information « éclairante » à ses administrés en matière d’aménagement urbain est demeuré à un niveau minimal… On est loin des brochures en couleur, des PowerPoint et autres séquences vidéo diffusées en d’autres circonstances.


Zone d’Aménagement Concerté (ZAC) du quartier de la Gare et de la place Davout de Savigny-sur-Orge (Essonne). Affiche de la mairie, 29 juin 2018. © Photographie BM/CAD pour PEE.

Les objectifs de l’étude concernant cette ZAC, formulés par la municipalité, tels qu’ils figurent sur l’affiche, sont au nombre de quatre :

  • Donner un avenir à un quartier « historique » de la ville »,
  • Retrouver une diversité dans l’offre de commerces et de services de proximité,
  • Définir et organiser les déplacements de demain,
  • Harmoniser l’urbanisation et renforcer l’attractivité du quartier. 

Qui pourrait être en désaccord avec de tels énoncés, tant ils sont généraux ? Tout dépend du cahier des charges des études confiées à un cabinet spécialisé. Les études d’urbanisme sont comme la langue d’ÉSOPE : elles peuvent apporter de bonnes ou de mauvaises réponses, tout dépend des questions qui sont posées.

Il est à noter :

  • qu’aucune concertation n’a eu lieu préalablement à la délimitation de la zone de la ZAC,
  • qu’aucun autre document que l’affiche n’a été communiqué à ce jour,
  • qu’aucun cahier des charges concernant ces études n’est rendu public à ce jour,
  • que ces études doivent être financées et conduites, non pas par la commune, mais par l’Établissement public territorial Grand Orly Seine Bièvre, établissement public territorial regroupant 24 communes, qui détient à ce jour la compétence aménagement pour la commune de Savigny-sur-Orge.

Zone d’Aménagement Concerté (ZAC) du quartier Gare – place Davout de Savigny-sur-Orge (Essonne). Information aux habitants sur le lancement des études par le maire Eric MEHLHORN. Un stand sous tente a été installé place du marché Davout. Une quarantaine de personnes y sont présentes le vendredi 29 juin 2018 à 18 heures 30. © Photographie BM/CAD pour PEE.


La toute puissance de la légitimité des majorités en place est un problème.  Dans un conseil municipal, il y a une majorité qui a élu le maire, et une ou plusieurs minorités qui sont composées des têtes des listes battues lors des élections municipales. Alors que certaines décisions sont votées par consensus (tout le monde vote pour, ou bien la majorité vote pour et une minorité s’abstient), il y en a d’autres pour lesquelles les avis sont partagés. Lors des séances de conseil municipal, l’information de tous les membres siégeant est rarement égale, de nombreux documents publics détenus par la majorité étant cachés aux minorités. Il faut tenir compte que, durant un mandat municipal de six ans, la plupart des actes qu’un maire et sa majorité accomplissent ont pour objet d’obtenir le soutient d’une majorité d’électeurs susceptibles de les réélire lors des élections municipales suivantes. Ce manque d’égalité dans l’accès aux informations font qu’Il est difficile pour un conseiller municipal de se prononcer sur le lancement d’études concernant une ZAC alors qu’il n’est pas en possession de son cahier des charges. (2)

Qui est présent et qui n’est pas présent sur de tels stands présentant des aménagements urbanistiques ?  Les membres de la majorité du Conseil municipal se sont fortement mobilisés pour être présents sur le stand. On a ainsi pu noter la présence de Sébastien BENETEAU, adjoint au maire chargé des Finances ; Daniel GUETTO, adjoint au maire chargé de la Solidarité et du Monde combattant ; Daniel JAUGEAS, adjoint au maire chargé de la Sécurité, Joëlle EUGENE, adjointe au maire chargée de la Culture ; Mathieu FLOWER, adjoint au maire chargé des Sports et de la démocratie locale ; Nicolas FROGER, conseiller municipal ; Raymond GUYARD, conseiller municipal ; ainsi que Bernard BLANCHAUD, conseiller municipal minoritaire.

En revanche, la présence de Nadège ACHTERGAËLLE, première adjointe au maire chargée de l’Urbanisme, n’a pas été relevée, ce qui est inattendu. En effet, c’est elle qui a donné lecture, d’une façon assez laborieuse il est vrai, de la note de synthèse sur la délibération concernant la Zone d’aménagement concerté (ZAC) lors de la séance publique du conseil municipal du mercredi 20 juin 2018.

ZAC du quartier de la Gare et de la place Davout de Savigny-sur-Orge. Sébastien BENETEAU, adjoint au maire chargé des Finances devant l’affiche de la ZAC, vendredi 29 juin 2018. © Photographie BM/CAD pour PEE.


La participation directe de la population dans les décisions d’urbanisme a été expérimentée dans de nombreux pays européens (Civic Wise, cartographies participatives, Col-Urbs, Unlimited Cities…). Olivier LECLERCQ observe que tous les procédés développés misent sur la capacitation citoyenne. Ils s’appuient sur « une montée en compétence collective pour permettre d’exploiter l’intelligence d’un large public sur les questions du cadre de vie ». C’est ainsi que se met en pratique une gouvernance ascendante (bottom-up) par l’intervention effective, aux côtés des élus et des administrations locales et des urbanistes et architectes, et à égalité avec elles, de toutes les compétences locales de la société civile.

Il faut rappeler que l’évaluation d’un dispositif participatif ne peut en aucun cas être réalisé par les exécutifs (élus, administration communale, administration intercommunale, services de l’État…). On considère qu’il existe quatre paliers successifs : information, consultation, diagnostic partagé, co-décision. (3) Aucun pallier ne peut exclure la dimension conflictuelle qui lui est propre.

  • L’information est à flux unique depuis les porteurs du projet vers le public. L’objectif est d’expliquer le projet afin de tester l’adhésion ou le refus suscité par le projet. Ce palier autorise les participants à réagir et à se construire une opinion.
  • La consultation consiste à collecter tous les avis des participants. Ceux-ci sont rendus publics dans leur intégralité (éventuellement anonymisés, si la demande en est faite par les intéressés). Les décideurs en font un retour explicatif aux participants.
  • Le diagnostic partagé consiste à faire lister les dysfonctionnements du territoire urbain considéré.
  • La co-décision confère aux habitants un pouvoir effectif, par exemple dans le choix du programme ou des tâches de conception.

Tous les projets urbains appartiennent à la sphère publique (depuis la délivrance des permis de construire locaux, les ZAC, PLU, SCOT…). Ils doivent se dérouler « à dossiers ouverts » dans le cadre par d’un vaste Open data démocratique.

Zone d’Aménagement Concerté (ZAC) du quartier de la Gare de de la place Davout de Savigny-sur-Orge (Essonne). Pierre JACQUEMARD, ancien maire-adjoint, prend des notes sous la tente du stand de présentation le vendredi 29 juin 2018. © Photographie BM/CAD pour PEE.


RÉFÉRENCES

1. LECLERCQ Olivier, « L’urbanisme collaboratif n’est pas une option mais une nécessité », in Comment fabriquer la ville ?, Universités d’été de l’architecture, Paris, 2017. http://www.universites-architecture.org/lurbanisme-collaboratif-nest-option-necessite/
Olivier Leclercq est architecte et conseiller à l’Ordre des Architectes d’Ile-de-France.

2. GODIER Patrice, Fabrication de la ville contemporaine. Processus et actions, Thèse de doctorat de Sociologie, Université de Bordeaux II Victor Segalen, 2009, 322 p.

3. CHELZEN Hélène Chelzen et JÉGOU Anne, « À la recherche de l’habitant dans les dispositifs participatifs de projets urbains durables en région parisienne : les éclairages de l’observation participante », Développement durable et territoires, Vol. 6, n°2, septembre 2015. http://journals.openedition.org/developpementdurable/10896
DOI : 10.4000/developpementdurable.10896


LÉGENDES DES ILLUSTRATIONS

  • Le projet de Zone d’Aménagement Concerté (ZAC) du quartier de la Gare et de la place Davout de Savigny-sur-Orge (Essonne). Éric MEHLHORN (LR),  maire de Savigny-sur-Orge, conseiller départemental de l’Essonne, vice-président de l’Établissement public territorial (EPT) Grand Orly Seine Bièvre, en chemise blanche, présente  sous une tente installée par la Mairie devant le marché le lancement des études concernant le projet de ZAC, le vendredi 29 juin 2018 à 18 heures 30. Derrière lui, le seul document qui est affiché dans le stand. © Photographie BM/CAD pour PEE.
  • Zone d’Aménagement Concerté (ZAC) du quartier de la Gare et de la place Davout de Savigny-sur-Orge (Essonne). Affiche de la mairie. 29 juin 2018. © Photographie BM/CAD pour PEE.
  • Zone d’Aménagement Concerté (ZAC) du quartier Gare – place Davout de Savigny-sur-Orge (Essonne). Information aux habitants sur le lancement des études par le maire Eric MEHLHORN. Un stand sous tente a été installé place du marché Davout. Une quarantaine de personnes y sont présentes le vendredi 29 juin 2018 à 18 heures 30. © Photographie BM/CAD pour PEE.
  • ZAC du quartier de la Gare et de la Place Davout de Savigny-sur-Orge. Sébastien BENETEAU, adjoint au maire chargé des Finances devant l’affiche de la ZAC, vendredi 29 juin 2018. © Photographie BM/CAD pour PEE.
  • Zone d’Aménagement Concerté (ZAC) du quartier de la Gare et de la place Davout de Savigny-sur-Orge (Essonne). Pierre JACQUEMARD, ancien maire-adjoint, prend des notes sous la tente du stand de présentation le vendredi 29 juin 2018. © Photographie BM/CAD pour PEE.
  • Bernard BLANCHAUD, conseiller municipal minoritaire (à gauche sur la photo) était présent le vendredi 29 juin 2018 sur le stand de la ZAC du quartier de la Gare / Place Davout. © Photographie BM/CAD pour PEE.

Bernard BLANCHAUD, conseiller municipal minoritaire (à gauche sur la photo) était présent le vendredi 29 juin 2018 sur le stand de la ZAC du quartier de la Gare / Place Davout. © Photographie BM/CAD pour PEE.


DOCUMENT

Ville de Savigny-sur-Orge

ZONE D’AMÉNAGEMENT CONCERTÉ
Quartier de la Gare – Place Davout

La Ville travaille à la définition d’une ZAC pour

  • Donner un avenir à un quartier « historique » de la ville
  • Retrouver une diversité dans l’offre de commerces et de services de proximité
  • Définir et organiser les déplacements de demain
  • Harmoniser l’urbanisation et renforcer l’attractivité du quartier

Un projet concerté commençant dès aujourd’hui !

  • Mercredi 20 juin 2018
    Le Conseil municipal vote le lancement des études d’opportunité.
  • Septembre 2018
    Le Grand Orly Seine Bièvre qui assure la compétence aménagement engage les études
  • 1er semestre 2019
    Le Grand Orly Seine Bièvre adopte une délibération créant la ZAC et définit les règles de concertation des habitants et des forces vives du quartier.

RÉFÉRENCE DU DOCUMENT
COMMUNE DE SAVIGNY-SUR-ORGE,
« Zone d’aménagement concerté. Quartier de la Gare – Place Davout », Affiche format 59 cm x 24 cm, 30 juin 2018.


© Bernard MÉRIGOT. Mise en ligne de l’article : 1er juillet 2018, 16 heures. Modifié le 5 juillet, 18 heures.


COMMENTAIRE du 2 juillet 2018
Bernard BLANCHAUD, conseiller municipal de la minorité
L’article est bien fait. Il explique la manière avec laquelle les choses auraient pu être menées en matière d’aménagement urbain à la condition qu’il y ait eu la volonté de le faire.
Les nombreuses questions posées par le petit nombre d’habitants de la commune présent ce vendredi 29 juin à 18 h 30 n’avaient pas de lien direct avec le sujet qui demeure celui de la construction urbanistique. Mais elles prouvent les très fortes attentes des administrés et des administrées pour un nombre considérable de problèmes de vie quotidienne dans le quartier qui ne sont pas résolues à ce jour.

COMMENTAIRE du 5 juillet 2018

SAVIGNY-SUR-ORGE : UN PLAN D’ACTION POUR REDYNAMISER LE CENTRE-VILLE

Le conseil municipal vient d’adopter une délibération qui lance le dossier de réhabilitation du quartier gare/centre-ville.

Manque de stationnement, enclavement, commerces fermés et insécurité. Le quartier centre-ville de Savigny-sur-Orge et les abords de la gare RER sont clairement en souffrance. A l’image de la Grande-Rue, cœur historique de la ville, minée par les squats et les rideaux de fer éternellement baissés, le secteur n’est plus du tout attractif. Pour tenter de le redynamiser, la commune vient d’adopter une délibération en conseil municipal afin de lancer les premières réflexions sur le devenir du quartier.

La volonté de la municipalité est de créer une zone d’aménagement concertée (ZAC). Une option sur laquelle va maintenant devoir délibérer le Grand Orly Seine-Bièvre (GOSB) qui détient seul la compétence sur l’opportunité de création d’une ZAC. « Des études de faisabilité financées par le GOSB devraient démarrer en septembre », indique le cabinet du maire Eric Mehlhorn (LR). Par la suite, un aménageur sera désigné et des procédures de concertation lancées. Le calendrier de cette vaste opération de réhabilitation et de redynamisation s’annonce donc plutôt long.

« Cela ne se fera pas en six mois »

« Nous sommes sur des délais proches de celui du programme ANRU du quartier Grand-Vaux, prévient le maire. Cela ne se fera pas en six mois. Les premières réflexions doivent nous mener jusqu’à la fin de l’année 2019. Une fois l’aménageur désigné, le dossier pourra accélérer. » Ce dossier, l’un des principaux de sa fin de mandat, tient particulièrement à cœur à Eric Mehlhorn. « Nous souhaitons redonner à la ville un centre attractif, confie-t-il. Il faut retrouver une offre commerciale satisfaisante et diversifiée là où trop de fast-foods se sont installés par exemple. Entre la gare et les deux lycées implantés dans le quartier, le passage est très important mais il n’existe actuellement aucun lieu convivial de fixation pour ce public. »

Ces arguments n’ont pas convaincu le groupe d’opposition « Savigny, notre ville » qui s’est exprimé contre cette délibération. « Le périmètre choisi pour cette ZAC ne correspond pas à la réalité du quartier, rétorque Jean-Marc Defrémont, opposant EELV. La répartition est favorable aux intérêts des constructeurs mais pas à la cohérence du quartier. »

RÉFÉRENCE
DEGRADI Laurent, « Savigny-sur-Orge : un plan d’action pour redynamiser le centre-ville », Le Parisien, Édition Essonne, 5 juillet 2018, p. IV.

http://portes-essonne-environnement.fr
ISSN 2495-1161. Dépôt légal du numérique, BNF 2018

Genèse et implications d’un concept mondial. Qu’est-ce qu’une « ville apprenante » (Learning citie) ? (UNESCO)

Pourquoi la gouvernance mondiale a-t-elle besoin de concepts mondiaux ?

Comment pense-t-on localement la réalité présente de la mondialisation ? Avec quels concepts l’analyse-t-on ? Et comment pense-t-on son avenir ? Pour répondre, il convient de distinguer l’histoire de la mondialisation et l’histoire du concept de mondialisation (« Globalisation » en anglais). Il y a d’une part le phénomène, et d’autre part le mot qui le désigne. La mondialisation a commencé à exister avant que son concept moderne n’apparaisse à la fin du XXe siècle. Le temps des choses, des faits et des idées n’est pas le temps des mots. Deux temporalités sont mêlées. Durant des siècles, les moyens de communications et les échanges entre les pays du monde ont lentement évolués. Ils se sont perfectionnés jusqu’au moment où du fait de leur emprise grandissante, un modèle unique, économique, financier, social et culturel à commencé à s’ imposer.

La ville mondiale, la nuit, une ville semblable à toutes les villes du monde. « Street art » sur un mur de clôture en ciment. Il existe un imaginaire mondial des villes que des artistes anonymes représentent dans l’espace public. Oeuvre peinte Chemin de Grigny à Savigny-sur-Orge (Essonne), 6 novembre 2017. © Photographie BM/CAD pour PEE.

SOMMAIRE

INTRODUCTION. L’imaginaire fort de la ville mondiale
1. La gouvernance mondiale privée
2. La gouvernance mondiale publique
3. Les 7 savoirs nécessaires à l’éducation du futur
4. La gouvernance mondiale produit des concepts mondiaux
5. La ville globale, reflet de la complexité et de la dynamique du monde
6. Le réseau mondial des villes apprenantes de l’UNESCO
7. Villes intelligentes et villes apprenantes
CONCLUSION. Concept mondial. Citoyenneté mondiale. Citoyenneté effective. Éducation mondiale. Compréhension mondiale.


INTRODUCTION

La mondialisation est un phénomène qui n’est ni extérieur, ni lointain : elle est partout présente. Chaque territoire, aussi petit soit-il, aussi modeste soit-il, est une des parties du « monde mondialisé ». Aucune ville n’y échappe, et aucune vie ne peut exister en dehors d’elle. Chacun d’entre nous – que ce soit inconsciemment, en s’en défendant ou en le revendiquant – en est un acteur. Au début des années 2000, le sociologue et anthropologue Alain BERTHO constatait à propos des « affrontement urbains contemporains », que les banlieues étaient des « micros territoires » où se télescopaient des processus transnationaux. (Voir « Autres sources», en fin d’article).

La diffusion généralisée des phénomènes de la mondialisation ignore toute limite. Les interdépendances qui lui est liées n’échappe pas aux plus jeunes. Ils manifestent (au sens fort du terme) qu’il existe, dans chaque territoire, dans chaque banlieue, dans chaque cité, dans chaque fast food ou kebab shop, à chaque coin de rue… un imaginaire fort de la ville mondiale. (Voir « Autres sources», en fin d’article). Les productions de l’art urbain (Street art), dont les peintures à la bombe couvrent les murs des villes en sont la preuve. Il n’est pas anodin que des jeunes de Savigny-sur-Orge, représentent la ville mondiale, version locale du modèle circulant global, sur le mur d’enceinte du cimetière de la Matinière, chemin de Grigny, à Savigny-sur-Orge.

Les murs en ciment, qui entourent sur le côté le cimetière de la Martinière, chemin de Grigny, à Savigny-sur-Orge, offrent leur support à des peintures à la bombe, manifestation de l’Art street. 6 novembre 2017 © Photographie BM/CAD pour PEE.


La mondialisation impose un modèle unique au travers de plusieurs modalités.

1. Gouvernance mondiale publique ou gouvernance mondiale privée ? Aujourd’hui, comme hier, l’humanité est toujours confrontée à des crises et à des problèmes qu’elle n’arrive pas à résoudre comme la pauvreté, la faim, les catastrophes environnementales, l’injustice sociale, la prolifération des armes nucléaires… A partir des années 1990, cédant aux exigences des marchés financiers, une gouvernance mondiale privée s’est mise à concentrer de plus en plus les richesses : marchandisation des savoirs et des connaissances, contrats d’objectifs fondés sur la rentabilité, flexibilisation et la précarisation des personnels, soumission à la compétitivité et à la concurrence.

2. L’alternative à cette domination existe. C’est une gouvernance mondiale publique qui se fonde sur la connaissance, l’intelligence et l’expérience, c’est-à-dire sur des biens communs qui ont pour caractéristique de se multiplier en se partageant, en s’inscrivant dans une logique de mutualisation et de partage collectif et gratuit, et en ayant un seul projet : le progrès pour tous.

3. Les 7 savoirs nécessaires à l’éducation du futur. Federico MAYOR, directeur général de l’UNESCO de 1987 à 1999, écrit dans sa préface au rapport d’Edgar MORIN intitulé Les sept savoirs nécessaires à l’éducation du futur : « nous devons repenser la façon d’organiser la connaissance (…) abattre les barrières traditionnelles entre les disciplines et concevoir comment relier ce qui a été jusqu’ici séparé. » (1)

Les sept principes proposés par Edgar MORIN sont les suivants :

1. la lutte contre l’erreur et l’illusion qui parasitent le comportement et l’esprit humains,
2. les principes d’une connaissance pertinente, c’est-à-dire d’une pensée qui distingue et qui relie,
3. l’enseignement de la condition humaine,
4. l’enseignement de l’identité terrienne,
5. la conscience des incertitudes humaines et scientifiques et l’apprentissage des stratégies pour les affronter,
6. l’enseignement de la compréhension de soi et de l’autre,
7. l’éthique du genre humain.

4. La gouvernance mondiale produit des concepts mondiaux. Quand et comment les consensus entre les pays du monde se forment-ils ? Sur quels sujets ? Autour de quelles idées ? Avec quels mots ? Autant de questions qui se posent à l’égard de l’actualité des grandes organisations internationales : ONU, UNESCO, CNUCED, PNUD, HCR, PNUE, PAM, UNICEF, Haut-Commissariat aux droits de l’homme… Elles sont confrontées aux rapports entre puissances (bipolarité, multipolarité, pays émergents), aux transformations de la conflictualité (déclin de la guerre « clausewitzienne», à la multiplication des conflits intra-étatiques et des guerres asymétriques), aux nouveaux défis transnationaux (réchauffement climatique, pandémies), aux dynamiques de la globalisation (financiarisation, migrations, Internet), aux nouvelles normes d’action collective (sécurité humaine, développement durable, « responsabilité de protéger »). (2)

Une bibliothèque publique est un exemple d’équipement qui structure à la fois la ville et la société en leur conférant une « fonction apprenante ». Le site de la Bibliothèque nationale de France (BNF) à Paris, 13e arrondissement, « comme s’il était recouvert de neige et survolé par un drone ». Maquette de la ville de Paris exposée au Pavillon de l’Arsenal, 21 Boulevard Morland, Paris IVe, 22 janvier 1018. © Photographie BM/CAD pour PEE.

5. La ville globale est un reflet de la complexité et des dynamiques mondiales. Une ville « globale » peut-elle échapper aux logiques de la mondialisation ? Elle ne saurait se résumer à la seule projection au sol de sa propre globalisation. Saskia SASSEN et Richard SENNETT remarquent qu’elle est « le lieu où s’incarnent et deviennent visibles les conflits sociaux, les injustices sociales, la marginalisation et la construction de nouvelles identités. Elle est le reflet de la complexité contemporaine des dynamiques et des échanges de ses acteurs ». (3)

Comment « penser la ville globale » ? Dans un premier temps, on peut considérer les formes urbaines successives qu’elle a prises au cours des temps. Mais on ne saurait se limiter à cette étude. On est obligé d’examiner le jeu des pouvoirs politiques et économiques, publics et privés, ainsi que les dynamiques des reconnaissances ou des exclusions auxquels ses acteurs se livrent aujourd’hui. « (La ville globale) est ce que dessine l’urbaniste, mais aussi ce que produisent ses habitants, les intérêts publics et privés, les déplacements de population, les migrations ».

  • Comment penser la ville à l’heure des réseaux et d’Internet, à celle de la mobilité interne et internationale des acteurs ?
  • Comment comprendre l’organisation de l’espace, les transports, l’ouverture à la modernité, à la durabilité, au souci d’environnement, ou de démocratie ?
  • Peut-on éviter de la considérer autrement que sous l’angle de sa complexité, de ses ambivalences ?
  • Comment la penser en des temps de violences et d’inquiétudes sur notre capacité à vivre ensemble ?

6. Le Réseau mondial des villes apprenantes de l’UNESCO (Global network of learning Cities, GNLC) est né en 2013, à Pékin, lors de la tenue de la Première Conférence internationale sur les villes apprenantes, organisée par l’Institut de l’UNESCO pour l’apprentissage tout au long de la vie (Unesco Institute for Longlife learning, UIL) dont le siège est à Hambourg. Cette réunion, qui a rassemblé près de 500 maires et responsables locaux, a adopté la Déclaration de Pékin sur la création des villes apprenantes.

Une « Ville apprenante » (Learning Citie) est une ville qui mobilise ses forces pour assurer à ses citoyens un apprentissage de qualité tout au long de la vie, depuis l’éducation de base jusqu’à l’enseignement supérieur, en y intégrant toutes les autres formes d’éducation informelle et de formation de ses habitants.

« Cadre des principales caractéristiques des villes apprenantes », extrait de « Réseau mondial des villes apprenantes. Documents d’orientation », UNESCO, 2015, p. 13.

Les objectifs du réseau des « villes apprenantes » sont de réunir, de par le monde, les collectivités désireuses de :

  • promouvoir un apprentissage intégrateur, pour l’emploi et le travail, dans les systèmes d’enseignement ;
  • favoriser une culture de l’apprentissage tout au long de la vie ;
  • autonomiser les individus et promouvoir la cohésion sociale, en les incitant et en leur donnant les moyens de participer activement à la vie publique ;
  • soutenir le développement économique et la prospérité culturelle en soutenant l’accès, à la culture, aux technologies et aux loisirs ;
  • promouvoir le développement durable, en changeant nos façons de penser et d’agir grâce à l’éducation ;
  • stimuler la mobilisation et l’utilisation des ressources, l’échange des idées et encourager les citoyens à partager leurs talents et savoirs ;
  • renforcer la volonté et l’engagement politique dans les stratégies de construction des villes apprenantes.

7. « Ville intelligente » et « ville apprenante ». La notion de « ville apprenante » peut être considérée comme une évolution de celle de « ville intelligente » : la ville apprenante intégrerait une dimension « plus humaine et sociale que celle de ville intelligente, en introduisant un droit à l’erreur (« On apprend de ses erreurs ») ». (5) Sans entrer dans la définition de ce que l’on doit entendre par « intelligence », soulignons que l’« intelligence » est un processus individuel et collectif complexe. L’intelligence n’est jamais linéaire, elle n’existe qu’au travers de constructions sociales, toujours élaborées à un moment donné, dans un lieu donné, et chaque fois recomposées à un autre moment, dans un autre lieu.

La reconnaissance du droit à l’erreur ne doit pas aboutir à une culture du fatalisme de l’erreur qui aboutirait à une excuse généralisée de toutes les conséquences des politiques publiques en les excusant par avance.  Les politiques publiques font l’objet de « révisions » périodiques. Ce qui apparaissait à un moment historique donné comme une bonne solution, ne présentant que des avantages, se révèle – un autre moment historique – comme ayant négligé des inconvénients majeurs. L’erreur publique ne doit pas devenir un Droit à l’erreur, faite de « on ne savait pas », « on ne pouvait pas savoir », « les choses étaient différentes ».

« Nous nous sommes complétement trompés en construisant les grands ensembles d’habitation » : un tel jugement émis par des urbanistes en 1990 sur ce qu’ils ont réalisé en 1960, trente ans plus tard, résonne comme une remise en cause radicale des certitudes publiques qui ont présidées à la réalisation d’équipements structurants des villes. Il est évident que l’intelligence territoriale de 1990, n’est pas la même que celle de 1960, avec ses contraintes et ses moyens du moment, avec ses rapports entre l’État, les collectivités et les habitants. La seule curiosité qu’il est urgent d’avoir ne concerne pas tellement les erreurs collectives qui sont faites aujourd’hui, mais celle qui seront faites demain, parce qu’elles auront des conséquences après-demain.

La véritable nouveauté de la ville apprenante ne saurait résider de façon limitative dans la reconnaissance tardive des erreurs passées. La Déclaration de Pékin sur les villes apprenantes de l’UNESCO (2015), en reconnaissant la place des apprentissages c’est-à-dire les savoirs, les connaissances… fondées sur un libre accès à toutes les informations publiques, fixe trois objectifs :

  • « améliorer la qualité de la vie,
  • transmettre aux citoyens la capacité d’anticiper et de relever les nouveaux défis,
  • édifier des sociétés meilleures et plus durables ». (p. 5)

Nous retiendrons les idées suivantes extraites du Préambule :

  • La viabilité des sociétés.  « Nous constatons que nous vivons dans un monde complexe en perpétuelle évolution, dans lequel les normes sociales, économiques et politiques sont redéfinies en permanence.
    La croissance économique et l’emploi, l’urbanisation, l’évolution démographique, les avancées scientifiques et technologiques, la diversité culturelle et la nécessité de maintenir la sécurité humaine ainsi que la sécurité publique constituent quelques-uns des défis posés à la gouvernance et à la viabilité de nos sociétés. »
    (Préambule 1)
  • L’autonomisation des citoyens. « Nous affirmons que, si nous voulons autonomiser les citoyens – c’est-à-dire tous les résidents des villes et des communautés – nous devons faire notre possible pour leur donner l’accès à un vaste choix d’opportunités d’apprendre tout au long de leur vie, et pour les encourager à les exploiter. » (Préambule 2)
  • Rôle des apprentissages. « Nous sommes convaincus que l’apprentissage améliore la qualité de la vie, transmet aux citoyens la capacité d’anticiper et de relever les nouveaux défis, et contribue à édifier des sociétés meilleures et plus durables. » (Préambule 3)
  • L’accélération de l’urbanisation. « Nous constatons que la majorité de la population mondiale vit aujourd’hui dans des villes et régions urbaines, et que cette tendance s’accélère. Par conséquent, les villes et les régions urbaines jouent un rôle toujours plus important dans le développement national et mondial. » (Préambule 6)
  • Rôle des communautés apprenantes et des villes apprenantes dans le développement durable. « Nous savons que les villes assument un rôle de premier plan dans la promotion de l’inclusion sociale, de la croissance économique, de la sécurité publique et de la protection de l’environnement.Les villes doivent par conséquent être à la fois les architectes et les exécutants des stratégies qui favorisent l’apprentissage tout au long de la vie et le développement durable. » (Préambule 7)
  • La citoyenneté active. « Nous anticipons que les villes apprenantes faciliteront l’autonomisation des individus, établiront la cohésion sociale, favoriseront la citoyenneté active, développeront la prospérité économique et culturelle et poseront les fondements du développement durable. » (Préambule 11)

Salle de classe d’école primaire, années 1930-1950. Reconstitution. Musée d’Histoire locale, Fréjus (Var), 2 janvier 2018. © Photographie BM/CAD pour PEE.


CONCLUSION

A la date du 31 décembre 2017, 105 villes du monde ont adhéré au réseau des villes apprenantes de l’UNESCO. Le cas du concept de « ville apprenante » (Learning Citie), appartient à deux domaines distincts qui sont évidemment liés :

  • domaine des actions des institutions internationales (UNESCO), des programmes que celles-ci développent, et des accords internationaux qu’elles élaborent,
  • domaine de la recherche académique sur les concepts utilisés dans ces actions, et sur les pratiques des programmes qui les mettent en œuvre, sur leurs effets, sur leurs évaluations.

L’examen du statut de concept mondial (Global concept) amène à conclure qu’il n’est pas possible de penser, d’agir, et de faire des recherches sans prendre en compte la citoyenneté mondiale. Celle-ci se définit comme étant la :

« citoyenneté implicite et légitime des citoyens du monde qui estiment que tous les habitants de la Terre forment un même peuple commun, avec des droits et des devoirs communs qui dépassent les clivages nationaux en plaçant l’intérêt de l’humanité au-dessus des intérêts nationaux ».

Se pose alors la question de la citoyenneté effective (Effective citizenship), c’est-à-dire de la citoyenneté vécue localement et quotidiennement. Aux États-Unis, pour le Conseil national des sciences sociales (National Council for Social Studies, NCSS), le but des sciences humaines et sociales (Humanities and social Sciences) consiste à :

« enseigner aux élèves la connaissance du contenu, des compétences intellectuelles, et les valeurs civiques nécessaires pour remplir les devoirs de la citoyenneté dans une démocratie participative. ». (6)

Le but de la recherche en sciences humaines et sociales est de contribuer à la réalisation d’une démocratie participative par une « éducation globale ».

Cette éducation globale doit inculquer une « compréhension globale ». (7) Elle consiste à faire comprendre, et faire reconnaître par tous – et notamment aux élèves – que leur point de vue personnel sur les problèmes du monde ne sont pas nécessairement partagés par les autres.


RÉFÉRENCES DE L’ARTICLE

1. MORIN Edgar, Les sept savoirs nécessaires à l’éducation du futur, Rapport à l’UNESCO, 1999.
2. NAY Olivier, PETITEVILLE Franck, « Éléments pour une sociologie du changement dans les organisations internationales », Critique internationale, 2011/4 (n° 53), p. 9-20. DOI : 10.3917/crii.053.0009. URL : https://www.cairn.info/revue-critique-internationale-2011-4-page-9.htm
3. SASSEN Saskia et SENNETT Richard,
« Villes globales », Chaire Ville globale, Collège d’études mondiales Fondation Maison Sciences de l’Homme, 2017-2018. URL : http://www.fmsh.fr/fr/college-etudesmondiales/24280
4. « La Déclaration de Pékin sur la création des villes apprenantes »,
UNESCO, 21-23 octobre 2013 », p. 5 et 6, in Apprentissage tout au long de la vie pour tous : inclusion, prospérité et pérennité dans les villes, Institut pour l’apprentissage tout au long de la vie /UIL, Hambourg (Allemagne), 2015, 23 p. UIL/2015/ME/H/SRev.
5. « La ville apprenante », Géoconfluence, 12 mai 2017. URL : http://geoconfluences.ens-lyon.fr/actualites/veille/ville-apprenante
6. « About National Council for the Social Studies ». The National Council for Social Studies (NCSS), URL : http://www.socialstudies.org/about [archive], 2009.
7. HANVEY Robert, « An Attainable Global Perspective, Theory into Practice », Vol. 21, No. 3, Global Education, 1982, pp. 162-167.
ANDERSON Charlotte, «Global Education in the Classroom, Theory into Practice, Vol. 21, No. 3, Global Education, 1982, pp 168-176.

Autres sources

  • BERTHO Alain, « Penser la « ville monde » », Socio-anthropologie, 2005. URL : http://journals.openedition.org/socio-anthropologie/430
  • « A kebab shop is a quick service food establishment quick service specialising in various fast food and street foods dishes, primarily Döner kebb Döner and related sandwiches. Kebab shops are commonplace throughout most of the European continent with recent growth in countries like the United States, Canada, and Australia. »
  • GUIGNARD Virginie, « La gouvernance urbaine des villes apprenantes », 7 mai 2017.
    L’article interroge la manière dont les administrations urbaines peuvent jouer un rôle moteur dans l’émergence d’une ville apprenante, quitte à résister aux échelons supérieurs en jouant le rôle de « refuges sociétaux » (par exemple pour régulariser des sans-papiers).
  • DURIEZ Frédéric, « Quand ce sont les villes qui apprennent de leurs habitants », 6 mai 2017.
    L’expérience citadine implique une somme importante d’apprentissages en termes de comportements, de motilité, de maîtrise du temps. L’article se demande comment le big data peut tirer parti de ces savoirs, en soulignant les limites possibles de ces outils.
  • LE LUHERNE Nicolas, « Enclavée ou connectée quels enjeux pour la commune rurale de demain ? », 11 mai 2017.
    Et si les bourgs ruraux pouvaient devenir des « smart villages » ? Le territoire apprenant doit s’accorder le droit à l’erreur pour acquérir les compétences indispensables du monde numérique.
  • ROBERGE Alexandre, « Les bibliothèques, centres urbains de création », 7 mai 2017.
    Autrefois « gardiennes urbaines des livres », les bibliothèques ont été des lieux d’accès à la culture numérique avant la démocratisation de l’accès à internet. Et maintenant ? En Amérique du Nord, des bibliothèques deviennent des lieux de création et d’expression.

RÉFÉRENCES DES ILLUSTRATIONS

  • La ville mondiale, la nuit est semblable à toutes les villes du monde. Street Art sur mur en ciment. Sentier de Grigny à Savigny-sur-Orge, le 6 novembre 2017. © Photographie Bernard MÉRIGOT/CAD pour PEE.
  • Une bibliothèque publique est un exemple d’équipement qui structure à la fois la ville et la société en leur conférant une « fonction apprenante ». Le site de la Bibliothèque nationale de France (BNF) à Paris, 13e arrondissement, « comme s’il était recouvert de neige et survolé par un drone ». Maquette de la ville de Paris exposée au Pavillon de l’Arsenal, 21 Boulevard Morland, Paris IVe, 22 janvier 1018. © Photographie Bernard MÉRIGOT/CAD pour PEE.
  • « Cadre des principales caractéristiques des villes apprenantes », extrait de « Réseau mondial des villes apprenantes. Documents d’orientation », UNESCO, 2015, p. 13.
  • Salle de classe d’école primaire, années 1930-1950. Reconstitution. Musée d’Histoire locale, Fréjus (Var)., 2 janvier 2018. © Photographie Bernard MÉRIGOT/CAD pour PEE.

DOCUMENT

DÉCLARATION DE PÉKIN DE L’UNESCO
SUR LA CRÉATION DE VILLES APPRENANTES
Apprentissage tout au long de la vie pour tous, inclusion, prospérité et pérennité dans les villes
23 octobre 2015

Extraits du préambule

Préambule 1. La viabilité de nos sociétés
« Nous constatons que nous vivons dans un monde complexe en perpétuelle évolution, dans lequel les normes sociales, économiques et politiques sont redéfinies en permanence.

La croissance économique et l’emploi, l’urbanisation, l’évolution démographique, les avancées scientifiques et technologiques, la diversité culturelle et la nécessité de maintenir la sécurité humaine ainsi que la sécurité publique constituent quelques-uns des défis posés à la gouvernance et à la viabilité de nos sociétés. »

Préambule 2. L’autonomisation des citoyens
« Nous affirmons que, si nous voulons autonomiser les citoyens – c’est-à-dire tous les résidents des villes et des communautés – nous devons faire notre possible pour leur donner l’accès à un vaste choix d’opportunités d’apprendre tout au long de leur vie, et pour les encourager à les exploiter. »

Préambule 3. Rôle des apprentissages
« Nous sommes convaincus que l’apprentissage améliore la qualité de la vie, transmet aux citoyens la capacité d’anticiper et de relever les nouveaux défis, et contribue à édifier des sociétés meilleures et plus durables. »

(…)

Préambule 6. L’accélération de l’urbanisation
« 
Nous constatons que la majorité de la population mondiale vit aujourd’hui dans des villes et régions urbaines, et que cette tendance s’accélère. Par conséquent, les villes et les régions urbaines jouent un rôle toujours plus important dans le développement national et mondial. »

Préambule 7. Rôle des communautés apprenantes et des villes apprenantes dans le développement durable
« Nous savons que les villes assument un rôle de premier plan dans la promotion de l’inclusion sociale, de la croissance économique, de la sécurité publique et de la protection de l’environnement.Les villes doivent par conséquent être à la fois les architectes et les exécutants des stratégies qui favorisent l’apprentissage tout au long de la vie et le développement durable. »

(…)

Préambule 11. Favoriser la citoyenneté active
« Nous anticipons que les villes apprenantes faciliteront l’autonomisation des individus, établiront la cohésion sociale, favoriseront la citoyenneté active, développeront la prospérité économique et culturelle et poseront les fondements du développement durable. »

RÉFÉRENCES DU DOCUMENT
UNESCO,
« Déclaration de Pékin sur la création des villes apprenantes. Pékin 21-23 octobre 2013 », p. 5 et 6, in Apprentissage tout au long de la vie pour tous : inclusion, prospérité et pérennité dans les villes, Institut pour l’apprentissage tout au long de la vie /UIL, Hambourg (Allemagne), 2015, 23 p. UIL/2015/ME/H/SRev. URL :
https://uil.unesco.org/fr/apprendre-au-long-vie/villes-apprenantes


© Sylvie MÉRIGOT-MONNIOTTE, 22 juin 2018, 23 heures.

ISSN 2495-1161. Dépôt légal du numérique, BNF 2018
http://portes-essonne-environnement.fr

Mondialisation. La logistique métropolitaine de la ville de New York. Le documentaire de Toby Beach

New York : 8 500 00 habitants sur 1 214 kilomètres carrés. Quelle est la logistique métropolitaine qui est déployée chaque jour pour permettre à la ville de vivre ? C’est à cette question que répond le documentaire  « Décollage pour l’Amérique : New York » (« Aerial America. Shows A Day in The Life of New York City »). (1)

Smithsonian Channel to Premiere All-New Installments of Iconic Series AERIAL AMERICA Beg. 6/4

« Aerial America. Shows A Day in The Life of New York City ». Extrait de l’article « Smithsonian Channel to Premiere All-New Installments of Iconic Series Aerial America », https://www.broadwayworld.com/bwwtv/article/Smithsonian-Channel-to-Premiere-All-New-Installments-of-Iconic-Series-AERIAL-AMERICA-Beg-64-20170516

Quelle est la logistique métropolitaine de la ville de New York ?  La logistique désigne l’ensemble des activités qui ont pour objet la gestion des flux matériels et immatériels qui répondent aux besoins de ceux qui habitent, qui travaillent, qui étudient, ou qui séjournent temporairement dans une ville. Il peut s’agir de matières premières, de marchandises, de fourniture d’énergie, de services, de moyens de transports, de données, d’accès à des réseaux…

Par  logistique métropolitaine, on doit entendre la forme particulière de logistique territoriale qui est mise en oeuvre dans le cas particulier d’une grande ville.


La construction du documentaire

Les auteurs de l’épisode de Aerial America consacré à New York ont construit leur documentaire à partir de deux composants : une enquête filmée et un récit.

  • l’enquête « filmée » doit être considérée comme une véritable enquête de terrain portant un regard « venant du ciel ». Les auteurs ont fait le choix de n’utiliser qu’un seul type de prises de vues réalisées toutes  depuis un hélicoptère.
    Ils portent non pas un regard vertical, mais un regard latéral. Non pas un regard statique, mais un regard « qui fait le tour  » d’objets signifiants (sites, bâtiments, infrastructures routières ou ferroviaires, bateaux, activités humaines…) occupant le sol et qui appartiennent – de façon pérenne ou temporaire – aux espaces survolés.
    Parce qu’un espace survolé est un espace distinct de celui qui est perçu depuis le sol.
    Ce n’est plus un territoire plat, cartographique, mais un territoire qui possède une épaisseur, une pluralité de niveaux qui inscrivent une histoire.
    Ce n’est pas l’histoire qui s’inscrit dans le sol, c’est le sol qui enregistre tous les événements qui s’y sont produits. Le survol des emplacements des deux tours du World Trade Center – les Twin Towers – détruites le 11 septembre 2001, est à ce titre, saisissant.
  • le récit qui accompagne les images donne un sens à la vision proposée. Le texte du commentaire ne double pas l’image. Il la suscite.  Son propos, énoncé dans l’introduction se donne pour objet de « montrer une journée ordinaire d’une ville extraordinaire ».

Texte de l’introduction du documentaire Aerial America

« New York vue du ciel est une ville renversante. Ses tours immenses semblent flirter avec les étoiles. Ses habitants ont une façon bien à eux de vivre, de travailler et de se divertir.

Pour alimenter cette ville qui ne dort jamais, il faut une logistique hors du commun.

Partout à New York, des hommes et des femmes accomplissent l’impensable tous les jours. Ils creusent à des dizaines de mètres sous terre dans le substrat rocheux. Ils travaillent à des altitudes vertigineuses. Ils risquent leur vie suspendus aux tours les plus hautes des États-Unis.

De cette ville déchirée par la tragédie, les plus courageux doivent s’entraider d’arrache-pied, tandis que d’autres patrouillent jour et nuit au-dessus de Manhattan.

Il semble ne pas y avoir de limite à l’ingéniosité et aux efforts humains qui permettent à New York de prospérer.

Les infrastructures qui rendent cette ville habitable fonctionnent 24 heures sur 24. Les rues animées jusqu’au bout de la nuit brillent de mille feux pour les visiteurs venus du monde entier.

Et les tours gigantesques se font concurrence pour être la plus belle dans le ciel nocturne.

Voici une journée ordinaire dans une ville extraordinaire, la plus grande ville des États-Unis, New York.».


Principales séquences

  • la construction des gratte-ciel
  • les accès routiers pour atteindre Manhattan
  • la prise de service ces ouvriers qui creusent les tunnels surnommés les « Sandhogs »
  • les travaux d’entretien d’un pont suspendu
  • le centre de formation des pompiers de la ville de New York
  • les plages de Long Island,
  • le dépôt de trains desservant les différents quartiers
  • l’usine de traitement des eaux usées
  • l’imprimerie du journal The New York Times
  • l’évacuation des ordures ménagères.

La ville et ceux qui la construisent

Aerial America insiste sur les ouvriers qui bâtissent la ville (le grutier en haut des gratte-ciels, les ouvriers qui creusent les tunnels qui sont surnommés les sandhogs.

Sandhogs est le surnom qui a été donné aux ouvriers qui  ont travaillé et qui travaillent sur les chantiers des nombreux tunnels routiers ou ferroviaires existants à New York. Il est composé de deux mots : Sand (sable) et Hog (Porc, cochon, pourceau, babiroussa, pecari, tatou, goret…). Ces hommes travaillent dans des conditions difficiles, généralement dans la boue. Plusieurs études (articles, livres, émissions de radio, documentaires…) leur sont consacrées.

Eighty years ago, New York City needed another tunnel under the Hudson River. The Holland Tunnel and the George Washington Bridge could no longer handle the mounting traffic between New Jersey and Manhattan. Thus began construction of the Lincoln Tunnel. But this is not a story about the Lincoln Tunnel. This is about the men who made it : the Sandhogs.

Sandhogs were the urban miners who worked on a variety of underground excavation projects in New York City. They worked in tight, small chambers that held back water and silt, and they breathed condensed air.

Digging a tunnel was not only uncomfortable, it was dangerous, and there was a high likelihood that workers could get decompression sickness also known as the bends. In fact, during the construction of the Pennsylvania Railroad tunnels, the bends claimed the lives of fifty Sandhogs.

RÉFERENCE
« Sandhogs », 31 mars 2015, https://99percentinvisible.org/episode/sandhogs/

  • DERRICK Peter, Tunneling to the Future: The Story of the Great Subway Expansion That Saved New York.. Documents the importance of underground expansion due to the vast population of New York City
  • MACKAY Donald A., The Building of Manhattan: How Manhattan Was Built Overground and Underground, from the Dutch Settlers to the Skyscrapers.

Le point de vue adopté par la série Aerial America

La série télévisée américaine est diffusée sur Smithonian Chanel. Chaque épisode est une visite aérienne d’un état américain. Ils sont composés de scènes filmées en utilisant un système de caméra gyro-stabilisée Cineflex V14HD monté sous un hélicoptère qui survole aussi bien les zones naturelles (comme les parcs nationaux) ou les maisons des zones urbaines. Elle a débuté en 2010 et comprend en 2017 un total de 68 épisodes.
En 2015, le programme Aerial America a été nominé pour un Webby Award dans la catégorie «meilleur site de télévision».

La chaine de télévision « Smithsonian Channel » fait partie de la Smithsonian Institution qui est un organisme public de recherche scientifique dont la vocation est à la fois muséographique, pédagogique et éducative. Elle gère un complexe de dix-neuf musées et de neuf centres de recherche principalement situés à Washington (D.C.).
Son nom vient de James SMITHSON (1765-1829), chimiste anglais, qui a légué à sa mort sa fortune, estimée à l’époque à 100 000 Livres Sterling, au gouvernement des États-Unis d’Amérique pour créer une institution qui se consacrerait à promouvoir la science. Son vœu se réalisa en 1846.

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« Aerial America. Shows A Day in The Life of New York City »

Le miroir aérien de la condition urbaine

On ne peut s’empêcher de s’interroger sur ce qui constitue la particularité du regard aérien. Il existe un « miroir aérien de la condition urbaine ». Quelle place les vues aériennes occupent-elles dans notre culture visuelle ? Dans son étude portant sur les relations entre les villes et leurs aéroports, Nathalie ROSEAU relève l’inscription dans une histoire culturelle des conditions même de l’ « aérianisation » de l’espace. (1)

Le fantasme icarien n’est pas seulement le rêve d’un simple vol, mais l’entrée de l’humanité dans l’époque de l’apesanteur et de l’élévation. L’approche culturaliste aborde la verticalité comme une aspiration avant d’être une construction, rejoignant ainsi les études de Denis Cosgrove (2001), Albrecht Koschorke (1990) Patrice Flichy (2009). Il existe une histoire des vues aériennes. (2)

Avec la cartographie, les navigateurs, les chefs militaires, les aviateurs, des urbanistes… ont approché et se son sont appropriés une perception du monde vu d’en haut. Une nouvelle culture visuelle s’est mise en place à partir du XIXe siècle, faisant apparaître simultanément deux choses : la terre comme un tout, et les villes comme étant des systèmes complexes susceptibles d’une lecture aérienne. Des études ont montré l’impact de la photographie et la cinématographie aérienne sur l’édition et sur la géographie. Pour Guillaume MONSEAINGEON cela souligne la fécondité du regard oblique « qui échappe aux simplifications du regard horizontal comme du regard vertical ». (3)

RÉFÉRENCES

1. ROSEAU Nathalie, Aerocity : quand l’avion fait la ville, Marseille, Parenthèses, 2012, p. 286.
2. DORRIAN Mark Dorrian et POUSIN Frédéric
(dir.), Vues aériennes : seize études pour une histoire culturelle, Genève, MétisPresses, 2012.
3. MONSEAINGEON Guillaume, « En apesanteur : la ville au prisme de l’aéroport », Métropolitique, 1er février 2013. http://www.metropolitiques.eu/En-apesanteur-la-ville-au-prisme.html


DOCUMENT

AERIAL AMERICA TURNS ITS BIRD’S EYE ON NEW YORK

« One of the most visually adventurous shows on television is the Smithsonian Channel series “Aerial America,” (1) and it returns on Sunday, June 4, with an expanded mission that begins in New York. The series builds its episodes entirely with aerial photography, a technique that it has been using to tour the United States one state at a time. But its new episodes go both local and international: Future subjects include Ireland and New Zealand.

The episode is structured as a 24-hour cycle, starting with predawn commuters, winding through the workday and finishing with striking imagery of the city after dark. The camera is nothing if not eclectic, showing bird’s-eye views of group yoga in Bryant Park; Fire Department training exercises on Randalls Island; the eerily beautiful Newtown Creek Wastewater Treatment Plant (2) in Greenpoint, Brooklyn, at night; and workers on the 1 World Trade Center spire. As the narrator says, “There’s always someone doing a fascinating job somewhere in New York City.”»

RÉFÉRENCES DU DOCUMENT
GENZLINGER Neil,
“Aerial America’ Turns Its Bird’s Eye on New York”, The New York Times, June 1, 2017. https://www.nytimes.com/2017/06/01/arts/television/aerial-america-smithsonian-new-york-city.html

1. SMITHONIAN CHANNEL, « Aerial America, See the USA in a new way ». https://www.smithsonianchannel.com/shows/aerial-america/701

2. NUWER Rachel, « Wastewater Is for Lovers », The New York Times, February 12, 2017. https://green.blogs.nytimes.com/2013/02/12/wastewater-is-for-lovers/


RÉFÉRENCES GÉNÉRALES DE L’ARTICLE

1. « Décollage pour l’Amérique : New York », Documentaire de Toby BEACH, Production : Off The Fence / Tusker Television / Smithonian Channel, 2014, 50 minutes. Diffusion sur TV5 le 1er décembre 2017. Version française de : « Aerial America. Shows A Day in The Life of New York City ».

Avec près de 9 millions d’habitants, New York est la plus grande ville des Etats-Unis et une des métropoles les plus dynamiques et cosmopolites du monde. Survol durant 24 heures de ce colossal organisme urbain, à la découverte de ses lieux les plus emblématiques mais aussi des rouages qui assurent son fonctionnement quotidien.

Photographie illustrant l’article
« Aerial America. Shows A Day in The Life of New York City ». Extrait de l’article « Smithsonian Channel to Premiere All-New Installments of Iconic Series Aerial America », https://www.broadwayworld.com/bwwtv/article/Smithsonian-Channel-to-Premiere-All-New-Installments-of-Iconic-Series-AERIAL-AMERICA-Beg-64-20170516

© Sylvie MÉRIGOT-MONNIOTTE, 5 décembre 2017, 11 heures.

ISSN 2495-1161. Dépôt légal du numérique, BNF 2017
http://portes-essonne-environnement.fr