Archives de catégorie : Histoire des lieux

Journées européennes du patrimoine 2015 : Savigny-sur-Orge, décor de dessin animé ?

L’édition 2015 des Journées européennes du patrimoine met à l’honneur le patrimoine du XXIe siècle, les créations architecturales et paysagères des quinze dernières années, symbolisant une « histoire d’avenir ». Faire table rase du passé étant une chose délicate, le concept ne peut se réaliser sans une once de référence au passé qu’il soit lointain ou proche.

Logements av. Jean Marsaudon - de Longjumeau

Savigny-sur-Orge, quartier de la Ferme de Champagne. Photographie extraite du site Internet : www.archi-guide.com. Architectes : Céleste et Blanc. © Archi-guide / Guide architecture, cliché pris le 24 décembre 2011. (3 bis)

Il est un secteur où le renouvellement « philosophique » des projets se rapproche aisément de l’ancien ou se met carrément en opposition avec l’ancien, c’est celui de l’urbanisme. De nombreux édiles révisent actuellement le plan local d’urbanisme (PLU) de leur commune pour la deuxième ou troisième fois (tel Juvisy-sur-Orge). Certains, à la traîne, ne sont encore que dans la phase d’élaboration (tel Savigny-sur-Orge). D’autres sont parfois plus hardis lorsqu’ils ont accepté de créer un schéma de cohérence territoriale (SCOT), document d’urbanisme déterminant un projet de territoire visant à mettre en cohérence l’ensemble des politiques d’habitat, d’aménagement commercial, de mobilité, d’environnement. Des élus, plus téméraires ou en avance sur leur temps, ont quant à eux franchi le pas du plan local d’urbanisme intercommunal (PLUI) afin d’harmoniser au mieux leurs aménagements urbains ou ruraux. Ainsi, une centaine d’intercommunalités s’est lancée dans un PLUI en 2015 – aucune en Essonne. (1)

VILLES ET COMMUNAUTÉS D’AGGLOMÉRATION AUJOURD’HUI, MGP DEMAIN : UNE SEULE ET MÊME POLITIQUE EN MATIÈRE D’URBANISME

Au 1er janvier 2016, la métropole du Grand Paris (MGP) absorbera les communes de la CALPE. Quatre compétences obligatoires seront transférées à la MGP : 1/ l’aménagement de l’espace métropolitain, 2/ la politique locale de l’habitat, 3/ le développement et l’aménagement économique, social et culturel, 4/ la protection et la mise en valeur de l’environnement et la politique du cadre de vie. Un seul PLU pour tout le territoire de la MGP (intégralité de la compétence transférée dès 2016, mais avec une gestion communale des PLU tant que le PLUI n’est pas élaboré). Un seul SCOT pour tout le territoire de la MGP (en réflexion dès 2016, élaboré à compter du 1er janvier 2017). (2)

Extrait synthese MGP loi NOTre

Métropole du Grand Paris. Mission de préfiguration, « Synthèse des dispositions relatives à la Métropole du Grand Paris. Article 59 de la loi NOTRe du 7 août 2015 », page 4.

Dès lors, on peut s’inquiéter de la gestion des patrimoines architecturaux et culturels anciens de la CALPE et, notamment de celui de Savigny-sur-Orge peu mis à l’honneur depuis 2010. Idem pour les programmes de constructions nouvelles dont le style architectural de ce XIXe siècle n’est souvent guère inspiré. Quel sera celui de la MGP ? Mystère… Celui des cabinets d’architecte à la mode, très certainement ! A Savigny-sur-Orge, il est un quartier où les aménagements contemporains se multiplient : celui de la Ferme de Champagne. En janvier 2015, un terrain de 8 817 m2 a été cédé à la ville par le ministère de la Justice afin de bâtir une soixantaine de logements dans la lignée de ceux construits en 2009 et 2010, avenue de Longjumeau et avenue Jean-Marsaudon, très cubiques. (3)

Logements avenue Jean Marsaudon

Savigny-sur-Orge, quartier de la Ferme de Champagne. Photographie extraite du site Internet : www.archi-guide.com. Architecte : TGT. © Archi-guide / Guide architecture, cliché pris le 24 décembre 2011. (3 ter)

Ces édifices ne vous rappellent-ils pas les maisons du quartier où vit la jeune Petite Fille à qui un vieil aviateur raconte l’histoire du Petit Prince dans le dessin animé réalisé par Mark OSBORNE, sorti au cinéma en juillet 2015 ? (4) Est-ce cette architecture très carrée, sans âme, terne, atone, uniformisée, que l’on souhaite laisser aux générations futures de Grands-Parisiens saviniens ?

Le Petit Prince Paramout Pictures 2015 Youtube

Le Petit Prince de Mark OSBORNE, © Paramount Pictures France. Sortie du film en salles de cinéma le 29 juillet 2015. Capture d’écran à partir d’un extrait vidéo publié sur Youtube, « En voiture », consulté le 19 septembre 2015. (4)

Au fait, la ferme de Champagne, qu’est-ce que c’était ? Retour vers le passé…

LA FERME DE CHAMPAGNE

Sis à Savigny-sur-Orge, le domaine de Champagne apparaît au XIIe siècle dans une charte du prieuré bénédictin de Marmoutiers comme lieu d’exploitation agricole. Le plateau calcaire, recouvert de limon très fertile, a donné le nom à la propriété. Elle appartient à Gace de Champagne, évêque de Laon, dont la demeure principale était située à l’endroit où le quartier de Clair-Village est construit.

En 1744, la ferme est la propriété de la famille Petit dont trois membres seront maires de Savigny : Charles Pierre (1800-1811), Jules Henri (1840-1843), enfin Charles Antoine (1869-1872). Sous la direction de ce dernier, le vaste domaine prospère et la polyculture intensive y règne. La célèbre maison Vilmorin s’y fournit en graines de betteraves et de blé dont la production pouvait atteindre jusqu’à trois tonnes de semences par jour. L’élevage est diversifié : 15 paires de bœufs, 250 moutons, dix chevaux, une basse-cour…

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Savigny-sur-Orge. Vue aérienne de l’exploitation agricole de Champagne prise dans les années 1950. Carte postale du fonds privé CAD/BM.

En 1854, avec l’aide d’Hugues Champonnois, Charles Petit crée une usine où sont réalisés les premiers essais de distillerie de betterave à sucre. Un imposant portail d’entrée donne accès à une immense cour, où se trouvent les bâtiments agricoles. La maison de maître fait face à la distillerie reconnaissable à sa grande colonne de distillation et à sa haute cheminée. Au-dessus, se trouvent les dortoirs des ouvriers agricoles saisonniers venus essentiellement du Morvan et de Belgique. Chaque jour, 24 tonnes de betteraves (cultivées sur près de 70 hectares) peuvent être distillées dans le laboratoire donnant près de 2 800 litres d’alcool. Sur les cartes postales anciennes se trouve une mare alimentée par un puits de 18 m de profondeur. Elle était destinée au lavage des betteraves.

FERMES ET CHATEAUX FdeC BS

Baronne STAFFE, « La ferme de Champagne », Fermes et Châteaux, p. 283 (Savigny-sur-Orge). Fonds privé CAD/BM. Cliquer sur l’image pour l’agrandir.

FERMES ET CHATEAUX FdeC BS 2

Baronne STAFFE, « La ferme de Champagne », Fermes et Châteaux, p. 284 (Savigny-sur-Orge). Fonds privé CAD/BM. Cliquer sur l’image pour l’agrandir.

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Savigny-sur-Orge. Une partie de l’étang de la distillerie de Champagne qui servait de bassin de lavage des betteraves en 1915. Carte postale du fonds privé CAD/BM affranchie en 1928.

C’est à la ferme de Champagne que les premiers tests de labourage avec une machine à vapeur tirant une charrue sont réalisés. En 1910, les hangars abritent le monoplan d’Émile Dubonnet. La Grande guerre achève le règne de la famille Petit. En 1916, Louis meurt au combat à Verdun laissant derrière lui de jeunes enfants. La ferme est vendue puis louée à une association ayant pour objectif la réinsertion des mutilés de guerre. La « Ferme des mutilés » est inaugurée par le Président Poincaré en octobre 1917.

ILLUSTRATION

Lucien FOURNIER, « La ferme des mutilés », L’Illustration, 20 octobre 1917, n° 3894, p. 404 (Savigny-sur-Orge). Fonds privé CAD/BM.

ILLUSTRATION 2

Lucien FOURNIER, « La ferme des mutilés », L’Illustration, 20 octobre 1917, n° 3894, p. 405 (Savigny-sur-Orge). Fonds privé CAD/BM.

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Savigny-sur-Orge. Entrée de la ferme de Champagne, champs de betteraves au premier plan. Carte postale du fonds privé CAD/BM affranchie en décembre 1915.

Le domaine est ensuite acquis par le ministère de la Justice qui envisage d’y installer un centre pour les mineurs délinquants. Au lendemain de la Libération, le Centre d’Observation Public de l’Éducation Surveillée (COPES) ouvre ses portes… Il prend le nom de Centre d’Action Éducative (CAE) de la ferme de Champagne cinquante ans plus tard. (5)

RÉFÉRENCES
1. Voir le dossier sur les plans locaux d’urbanisme du site Internet de la revue Le Courrier des maires et des élus locaux :  http://www.courrierdesmaires.fr/50175/104-plans-locaux-durbanisme-intercommunaux-plui-soutenus-financierement-par-letat/.
2. Nous aurons l’occasion de revenir sur le document suivant : Métropole du Grand Paris. Mission de préfiguration, « Synthèse des dispositions relatives à la Métropole du Grand Paris. Article 59 de la loi NOTRe du 7 août 2015 », 26 pages (pdf extrait du site Internet http://www.prefig-metropolegrandparis.fr/A-noter/Dernieres-publications) : Presentation MGP loi NOTRe.
3. Jérôme LEMONNIER, « L’État cède ses terrains pour la création de logement », www.essonneinfo.fr, 13 janvier 2015 (pdf) : Essonne : L’Etat cède ses terrains pour la création de logements.
3 bis. http://www.archi-guide.com/PH/FRA/IDF/SaviOrgLogCompagnonTGT.jpg.
3 ter. http://www.archi-guide.com/PH/FRA/IDF/SaviOrgLogCompagnonCeBlc.jpg.

4. Le Petit Prince de Mark OSBORNE, © Paramount Pictures France, 29 juillet 2015. Capture d’écran à partir d’un extrait vidéo publié sur Youtube, « En voiture », consulté le 19 septembre 2015.
5. Article revu et corrigé extrait de Mémoire en Images, Savigny-sur-Orge, Groupe d’étude sur l’histoire de Savigny-sur-Orge sous la direction de Sylvie MONNIOTTE-MÉRIGOT, Alan Sutton, 2e édition, 2008, pp. 121-123.

© Sylvie MONNIOTTE-MÉRIGOT, 19 septembre 2015.

 

La Savinière, la juste mémoire des Saviniens et de Savigny-sur-Orge (juin 1940)

Les cycles mémoriels offrent des occasions de réfléchir sur l’histoire des nations et des peuples. Les commémorations sont autant de transmission du souvenir des événements d’une génération à une autre que la célébration de la mémoire des lieux. Le 70e anniversaire de la fin de la Seconde Guerre mondiale célébré dans chaque commune ce 8 mai 2015 est un moment d’hommage aux générations ayant vécu les années sombres de 1939-1945 et aux hauts lieux qui incarnent la reviviscence du souvenir. A Savigny-sur-Orge comme ailleurs, « sans la mémoire du passé, il ne saurait y avoir d’intelligence du présent, ni prévoyance du futur ». (1) S’il est un lieu d’apprentissage de l’équilibre sociétal que la municipalité savinienne dirigée par le maire Éric MEHLHORN (UMP) devrait mettre à l’honneur aujourd’hui, au lieu de le fermer aux générations futures de Saviniens afin de sauver « l’avenir du service public municipal », c’est celui de La Savinière. (2)

Revenons au début de la Seconde Guerre mondiale. Après avoir ordonné de fermer les écoles le 8 juin 1940, le préfet recommande aux maires d’inciter les familles à faire partir rapidement les enfants en province. En Vendée, la colonie savinienne de La Tranche-sur-Mer a été réquisitionnée. Les routes sont encombrées par l’exode des réfugiés et la débâcle des soldats. Qu’importe, le 10 juin, la délégation spéciale municipale présidée par Auguste ANDRÉ, faisant office de maire, décide d’envoyer le délégué Gaston PHILIPPE et le trésorier de la Caisse des écoles WEYGAND à Nantes afin d’obtenir la levée de la réquisition. Le 12 juin, ces derniers annoncent par téléphone que les locaux sont prêts à recevoir les jeunes Saviniens. Aussitôt, les démarches sont effectuées afin de transporter par le train 150 enfants. Départ annoncé à 16 heures. Malheureusement, le réseau ferré trop endommagé par les bombardements récents est hors d’usage. Les employés du chemin de fer ferment la gare…

6. LS CP FACADE

Colonie scolaire de Savigny-sur-Orge à La Tranche-sur-Mer, début des années 1940. Collection privée CAD/BM.

La suite, on peut la découvrir sous la plume du président de la délégation ANDRÉ dans le Bulletin municipal de Savigny-sur-Orge publié en mai 1941, puis de celle du docteur Jean MORIGNY, ancien maire adjoint de Jean MARSAUDON, qui, à l’occasion du cinquantenaire de la Libération de Savigny, a retracé l’histoire de la commune pendant la Deuxième Guerre à l’aide de témoignages et d’archives.

1. Bulletin municipal de Savigny-sur-Orge, mai 1941 (pdf en note 3)
SSO BM Mai 1941 P5SSO BM Mai 1941 P6SSO BM Mai 1941 P13
2. La Libération de Savigny le 24 août 1944 (extraits) (pdf des 19 premières pages en note 4)

MORIGNY LIB SSO 1944 P11 MORIGNY LIB SSO 1944 P12 MORIGNY LIB SSO 1944 P13MORIGNY LIB SSO 1944 P19

« L’historien François HARTOG s’est interrogé, à la suite du philosophe Paul RICOEUR, sur ce que devrait être une « juste mémoire » se situant entre l’impossibilité d’une mémoire totale et l’impossibilité d’un oubli total. » (5) Où se trouve la juste mémoire d’un exécutif municipal lorsqu’il vote la fermeture d’un équipement public patrimonial, le centre permanent de La Savinière en l’occurrence, sans que cette décision ait fait l’objet de la moindre concertation avec celles et ceux qui en ont été les acteurs, et qui ont fait son histoire ? L’annonce de la fin d’une institution, qu’elle quelle soit, lieu d’éducation, lieu de loisirs, lieu de travail, est toujours un moment tragique.

Sources
1. Revue des deux mondes, décembre 1997, « La mémoire éclatée », p. 6.
2. La Lettre du maire de la ville de Savigny-sur-Orge, n°1, avril 2015, p. 3. (pour lire une analyse de ce document : https://oliviervagneux.wordpress.com/2015/04/28/les-mensonges-deric-mehlhorn-dans-sa-lettre-du-maire-n1/).
3. Bulletin municipal de Savigny-sur-Orge, n° exceptionnel, mai 1941, 16 p. Archives privées AM
(pdf : SSO Bulletin municipal de mai 1941, NB, le plan de Savigny-sur-Orge occupe les pages 8 et 9).
4. MORIGNY Jean, La Libération de Savigny le 24 août 1944, Savigny-sur-Orge, 1994, 118 p. Archives privées AM (pdf des 19 premières pages où est mentionnée la colonie de vacances de Savigny-sur-Orge à La Tranche-sur-Mer : MORIGNY J LA LIBERATION DE SSO 19 p).
5. MONNIOTTE-MÉRIGOT Sylvie, Coëx en remontant dans le passé, Maury Imprimeur, 2013, 200 p. Coëx est une ville vendéenne située à 71 km de La Tranche-sur-Mer.

© Sylvie MONNIOTTE-MÉRIGOT, 29 avril 2015.

 

La Savinière, un établissement modèle… qui ne l’est plus pour la municipalité savinienne !

Encore quelques semaines avant l’été 2015… Encore quelques classes saviniennes à La Savinière… Encore quelques riches heures d’aventure pour les enfants et les adolescents de Savigny… Encore quelques tâches à accomplir pour le personnel encadrant vendéen… Puis, sur décision du maire de Savigny-sur-Orge et de sa majorité lors du conseil municipal du 13 avril 2015, le rideau tombera définitivement. (1)

Retour sur un fleuron savinien fort apprécié des enfants, des adolescents, des parents, des enseignants, « un établissement modèle de classes de mer et d’éveil à la nature », comme le titrait Ouest-France en 1973 (2) :

1973 OF LS E MODELE

Document : « Un établissement modèle de classes de mer et d’éveil à la nature. Le centre permanent de la Savinière », Ouest-France, 7 juin 1973. Fonds privé AM.

Les employés du centre La Savinière ont appris la nouvelle de la fermeture comme tous les Saviniens : par la presse le 11 avril 2015. Aucune concertation avec le personnel vendéen, aucune rencontre organisée sur le sujet avec son homologue tranchais alors qu’il semblerait que le maire Eric MEHLHORN (UMP) se soit rendu à La Savinière la semaine précédant le vote de la délibération fatidique.

article_OuestFrance

Document : VAIRÉ Audrey, « La Savinière va fermer, 22 employés sont concernés », Ouest-France, 16 avril 2015. (3)

Les motifs avancés pour cette fermeture : le centre serait non seulement déficitaire, mais nécessiterait également des remises aux normes trop coûteuses pour les finances de la ville selon Eric MEHLHORN. Une poignée de notables conseillers municipaux et adjoints au maire – parmi eux une ancienne directrice d’école primaire à Savigny-sur-Orge – élus par une minorité de votants décident donc unilatéralement de mettre à bas le patrimoine des Saviniens. (4) Cette attitude n’est pas sans rappeler l’affaire du château de Grand-Val dans les années 1950-1960, voué à la démolition lors du passage de l’autoroute A6 parce que le maire de l’époque n’avait pas voulu l’acquérir (5). Or, à ce moment-là, il n’était pas question d’« écoute » et de « concertation » citoyenne, de « favoriser l’égalité des chances et l’accès aux loisirs pour tous », de « préserver « votre » cadre de vie », de transparence dans la gestion des affaires publiques inscrites dans la propagande du candidat aux élections municipales… (6)

Il est un fait que, depuis plusieurs décennies, de nombreux centres tel que celui de La Savinière ont fermé sur la côte Atlantique. Au fil du temps, les communes n’ont pas su investir, reconvertir et faire des projections économiques pour garder leur patrimoine délocalisé. Des tentatives ont été entreprises (exemple le camping de La Savinière). Elles n’ont pas été concluantes. Depuis les années 1990, les fermetures et les disparitions de centres de vacances ou de centres éducatifs sont légion. La Vendée et la Loire-Atlantique ont ainsi perdu plus de 60 % de leurs « colonies » implantées sur leur territoire entre 1880 et 2010. (7) Or, jusqu’à ce jour, La Savinière et la ville de Savigny-sur-Orge ont résisté à ce mouvement. Pourquoi défaillir maintenant sans aucun débat citoyen sur le sujet ? L’histoire de La Savinière, c’est l’histoire de La Tranche-sur-Mer et de Savigny-sur-Orge, l’histoire des Tranchais et des Saviniens. 

Sources
1. Voir article précédent sur le sujet : http://portes-essonne-environnement.fr/la-saviniere-et-savigny-sur-orge-apres-83-ans-dhistoire-damour-eric-mehlhorn-decide-une-separation-fatale/.
2. « Un établissement modèle de classes de mer et d’éveil à la nature. Le centre permanent de la Savinière », Ouest-France, 7 juin 1973. Archives privées AM (pdf : 1973 OF LS E MODELE).
3. VAIRÉ Audrey, « La Savinière va fermer, 22 employés sont concernés », Ouest-France, 16 avril 2015.
4. Voir article de Bernard MÉRIGOT : http://www.savigny-avenir.fr/2015/04/27/savigny-sur-orge-a-lheure-des-coupes-budgetaires-recits-de-politique-publique-locale-je-suis-la-creche-je-suis-la-maison-des-jeunes-et-de-la-culture-je-suis-la-saviniere-je-suis-sports/.
5. Groupe d’étude sur l’histoire de Savigny-sur-Orge sous la direction de Sylvie MONNIOTTE-MÉRIGOT, Mémoire en images. Savigny-sur-Orge, Alan Sutton, 2008, 128 p. Sur le château de Grand-Val, pp. 79-88.
6. La propagande électorale du candidat Eric MEHLHORN (UMP) lors des élections municipales de mars 2014, voir article de Bernard MÉRIGOT : http://www.savigny-avenir.fr/2014/03/12/decodage-type-dun-programme-pour-les-elections-municipales-eric-mehlhorn/. Le programme en pdf : Programme MEHLHORN -Bon Sens 2014 (« Cette brochure exprime nos engagements. Je vous invite à la conserver pour en vérifier la réalisation dans les 6 années à venir. », Éric MEHLHORN).
7. GRIMAUD Romain, Le patrimoine des colonies de vacances sur le littoral de Vendée et de Loire-Atlantique, 2009, 59 p. (pdf : GRIMAUD 2009 Etude patrimoine colonies vacances).

© Sylvie MONNIOTTE-MÉRIGOT, 27 avril 2015.

La MJC de Savigny-sur-Orge « crèvera ? Crèvera pas ? »

Au cours de la précédente chronique de PEE sur la Maison des jeunes et de la culture savinienne, il a été fait mention du soutien continu « alternatif » de la municipalité à la MJC. (1) Pour illustrer cette terminologie, un étrange article a été retrouvé dans les colonnes du 50e numéro du bulletin paroissial Grain d’Orge de 1975 ! Intitulé « Crèvera ? Crèvera pas ? », son auteur A.O. PLAZER décrit les dialogues de sourds entre la MJC et la municipalité dirigée par Raymond BROSSEAU (PCF), maire, conseiller général, et ancien vice-président de la MJC ! (2)

Quelques phrases clés de février 1975 :
« Je trouve regrettable qu’on en soit encore à se poser des questions sur la nécessité d’une MJC (…) » (Raymond BROSSEAU, futur candidat aux municipales de 1971)

– Raisons qui font que la MJC n’obtienne pas tous les moyens nécessaires à remplir sa vocation : « On allègue le bas étiage des finances, le poids des charges, la mauvaise volonté de l’Administration… » (A.O. PLAZER, auteur de l’article)
« Savigny somnolente, Savigny ville endormie (…) ses habitants-marmottes (…) » (A.O. PLAZER)
« On veut la mort du petit cheval » (A.O. PLAZER)

MJC GO FEVRIER 1975

Article « Crèvera ? Crèvera pas ? » au sujet de la MJC de Savigny-sur-Orge, publié dans Grain d’Orge, Courrier chrétien d’information de Savigny-sur-Orge, n° 50, février 1975, p. 7. Fonds privé AM.

Le lecteur jugera des similitudes avec la situation d’avril 2015 lorsque le maire Éric MEHLHORN décide de passer la subvention de 189 050 € (budget primitif 2014) à 0 € (budget primitif 2015) et de réintégrer en mairie le personnel communal mis à disposition sans aucune concertation et sans aucun dialogue avec le conseil d’administration et le directeur de la MJC.

Sources
1. Article « La MJC de Savigny-sur-Orge est-elle un équipement de luxe ? », publié le 25 avril 2015 : http://portes-essonne-environnement.fr/la-mjc-de-savigny-sur-orge-est-elle-un-equipement-de-luxe/.
2. Grain d’Orge, Courrier chrétien d’information de Savigny-sur-Orge, n° 50, février 1975, 8 p. Archives privées AM. (pdf : MJC GO FEVRIER 1975).

© Philippe TRENTY, 26 avril 2015.

 

La MJC de Savigny-sur-Orge est-elle un équipement de luxe ?

Cette question est d’actualité en ce mois d’avril 2015 où la Maison des jeunes et de la culture (MJC) de Savigny-sur-Orge vit des jours difficiles suite à la décision d’Éric MEHLHORN (UMP), maire, et de sa majorité de supprimer sans préavis sa subvention 2015, la condamnant purement et simplement à disparaître d’une façon immédiate.

1. Un soutien constant de la municipalité à la MJC, même s’il fut parfois « alternatif»

Dans les années 1971-1980, la MJC a déjà vécu des heures sombres. On observera toutefois que la municipalité lui a accordé annuellement une subvention de façon continue jusqu’à ce printemps 2015, un soutien parfois ponctué de remises en cause passagères mais réversibles.

MJC GO NOVEMBRE 1972

Annonce de la fermeture de la MJC de Savigny-sur-Orge, pour raison de sécurité, dans Grain d’Orge. Courrier chrétien d’information de Savigny-sur-Orge, n° 36, novembre 1972, p. 9. Fonds privé AM. (1)

MJC GO FEVRIER 1974

Réouverture de la MJC de Savigny-sur-Orge après 15 mois de travaux de remise aux normes faisant l’objet d’un reportage dans Grain d’Orge. Courrier chrétien d’information de Savigny-sur-Orge, n° 44, février 1974, p. 3. Fonds privé AM. (2)

Bulletin municipal SSO novembre 1975 MC

Pour aider la MJC de Savigny-sur-Orge, le conseil municipal a sollicité l’aide de l’État et notamment l’inscription de l’équipement au VIIe Plan (1976-1980). Sans succès. Savigny, Bulletin municipal officiel, n° 14, novembre 1975, p. 2. Fonds privé AM. (3)

MJC GO MAI 1977

Articles sur les activités de la MJC de Savigny-sur-Orge et les difficultés qu’elle rencontre depuis une décennie, publiés en mai 1977 dans Grain d’Orge. Courrier chrétien d’information de Savigny-sur-Orge, n° 63, p. 12 (fonds privé AM). En juin 1980, le conseil municipal décidera de prendre en charge une animatrice de la MJC. Par ailleurs, la construction d’un pôle culturel municipal dans la Grande-Rue permettra son implantation dans de nouveaux locaux en novembre 1982. (4)

2. La MJC, un équipement de luxe ?

Portes de l’Essonne Environnement (PEE), qui a pour objet de défendre le patrimoine matériel et immatériel, a retrouvé un entretien entre deux membres de la commission municipale d’information de 1977 (MM. MARTIN et PONSERRE, élus sous la mandature de Raymond BROSSEAU, sénateur-maire et conseiller général), le responsable du service municipal d’information (M. PEREZ) et trois membres de la MJC (MM. CADRECHA, vice-président, MORIGNY et PLATZER). Il a été publié dans Savigny. Bulletin municipal officiel, informations locales. (5) Cette question cruciale était déjà posée : la MJC de Savigny-sur-Orge « serait-elle un équipement de luxe ? »

PEE propose de relire l’article complet, riche d’enseignement sur ce que représente une MJC et sur les débats qu’elle suscite. On connaît son point faible : son financement dépend en quasi totalité d’une subvention municipale. Déjà en 1977, cette situation était regrettée par le vice-président de la MJC de l’époque. Doit-on pour autant condamner ce lieu de culture ? Nos anciens élus ont répondu par la négative puisque, 38 ans après la publication de cet article, la MJC François Rabelais incarne toujours un formidable « lieu de rencontre et d’échange ».

Quelques phrases fortes extraites :

  • L’ « apologie des restrictions et du rationnement conduit à rejeter tout équipement (…) » (Marc MARTIN, élu)
  • « Si le bénévolat est indispensable comme école de formation à la responsabilité, il est absolument insuffisant pour assurer l’activité d’une importante association comme la MJC. » (Jean-Pierre MORIGNY, administrateur de la MJC)
  • « Par essence, une MJC ne peut être un équipement de luxe : la culture ne peut être considérée comme un superflu, un luxe réservé à une élite. C’est au contraire un équipement d’une réelle utilité fonctionnant sans but lucratif. » (Jean-Pierre MORIGNY)
  • Une MJC est « un lieu de rencontre et d’échange. Elle contribue également au développement de la vie associative dans un cadre démocratique, en initiant ses adhérents à la pratique des responsabilités, en leur donnant la possibilité de gérer leur équipement et leur animation. » (Jean-Pierre MORIGNY)
  • « (…) le mode même de fonctionnement des MJC (…) amène les usagers à être non plus des consommateurs passifs de culture, mais les utilisateurs actifs de divers moyens d’expression. » (Michel PONSERRE, élu)
  • « La fonction socio-culturelle des MJC est émancipatrice. Elle permet à tous d’exercer des responsabilités de développer sa personnalité. Lieu de débats d’idées où le critère de rentabilité directe ne vient pas de premier chef, la MJC dérange comme toute association qui élargit le champ des connaissances et celui d’intervention des citoyens, par delà les diversités d’idées. » (P. PEREZ, responsable du service municipal d’information – SMI)
  • « Les MJC auraient un rôle de choix dans une France où la culture et la démocratie progresseraient de pair… » (Marc MARTIN) (6)
MJC SSO BM MAI 1977

Article « MJC » dans Savigny. Bulletin municipal officiel, informations locale, n° 2, mai 1977, p. 12. Fonds privé AM.

3. Non à la ville dortoir : la MJC, un investissement pour une commune vivante

Publié en décembre 1971, l’article de René CHÉRON, futur président de la MJC entre 1974 et 1986, intitulé « Brèves réflexions sur les loisirs et la culture » est aussi d’une actualité surprenante. Tout particulièrement les paragraphes conclusifs, panégyriques d’une MJC symbole d’une commune vivante. Extraits :

« J’ai lu avec intérêt, dans le bulletin municipal de juin-juillet que l’action culturelle, c’est aider à se constituer tout un réseau vivant d’associations, de groupements qui permettent à tout citoyen de réaliser ses potentialités dans un domaine qu’il a librement choisi.
Il est en effet nécessaire et grand temps que cette aide arrive. C’est un devoir pour la commune, par l’intermédiaire de ses représentants, de favoriser l’animation culturelle. Les jeunes et les moins jeunes aussi, ont besoin d’autres choses que la rue, les cafés, les flippers et les juke-boxes pour se distraire, se rencontrer et s’épanouir.
Il s’agit en définitive d’un investissement qui ne procurera pas de revenus financiers mais au bout duquel la commune toute entière trouvera son compte et deviendra une réalité vivante. » (6) (7)

MJC GO DECEMBRE 1971

Article de René Chéron sur les loisirs et la culture, publié dans Grain d’Orge. Courrier chrétien d’information de Savigny-sur-Orge, n° 31, décembre 1971, p. 9. Fonds privé AM.

 « Les Saviniens sont la MJC de Savigny-sur-Orge. »
« La MJC est Savigny-sur-Orge »

Sources
1. Grain d’Orge. Courrier chrétien d’information de Savigny-sur-Orge, n° 36, novembre 1972, 12 p. Archives privées AM.
2. Grain d’Orge. Courrier chrétien d’information de Savigny-sur-Orge, n° 44, février 1974, 8 p. Archives privées AM (pdf : MJC GO FEVRIER 1974).
3. Savigny. Bulletin municipal officiel, n° 14, novembre 1975, 12 p. Archives privées AM.
4. Grain d’Orge. Courrier chrétien d’information de Savigny-sur-Orge, n° 63, mai 1977, 12 p. Archives privées AM (pdf : MJC GO MAI 1977).
5. Savigny. Bulletin municipal officiel, informations locales, n° 2, mai 1977, p. 12. Archives privées AM (pdf : MJC SSO BM MAI 1977).
6. Les passages surlignés en caractères gras relèvent de l’appréciation de l’auteur du présent article.
7. Grain d’Orge. Courrier chrétien d’information de Savigny-sur-Orge, n° 31, décembre 1971, 12 p. Archives privées AM (pdf :  MJC GO DECEMBRE 1971).

© Philippe TRENTY, 25 avril 2015.